French Collection #6[FRENCH] Blue Beetle est l’un des super-héros de comic qui a eu le plus d’incarnations. Initialement publié chez le Fox Feature Syndicate jusqu’en 1950 (soit bien après que la mode des comics de super-héros est été passée) rien ne prédisposait ce personnage à une telle carrière. Les premiers épisodes sont d’un niveau très faible (dessins comme scénario). Mais le personnage est un succès qui bénéficiera même d’un comic strip injustement sous-estimé (NDLR: voir aussi notre cycle Blue Beetle de 2008 qui détaillait les différentes incarnations du Blue Beetle à travers les âges: page 1 / 2 / 3 / 4 / 5 / 6 ).

Blue Beetle par Kirby...Blue Beetle est l’un des personnages les plus paradoxaux du comic field. A la fois important dans l’histoire du Comic, en tant que medium, mais très mineur en tant que personnage à proprement parlé. Il a en effet traversé la quasi totalité de l’histoire du Comic et peut par certains cotés même être comparé aux plus grands.

Blue Beetle est le deuxième personnage de l’histoire du Comic à avoir eu un magazine à son nom débutant au numéro 1 (juste après Superman et Amazing-Man, en sachant que le magazine de ce dernier ne commença pas au numéro 1 mais au numéro 5). Il est l’un de ceux qui a été le plus longtemps publiés (de 1939 à nos jours avec quelques périodes d’interruption) à l’instar de Superman, Batman et Wonder Woman. Il est l’un des rares personnages de comic à avoir eu sa propre émission de radio (comme Superman) et son propre comic strip (comme Superman, Batman et Wonder Woman). C’est d’ailleurs à ce support que nous allons nous intéresser et ceci pour deux raisons.

Si Blue Beetle est resté un personnage mineur, c’est en partie à cause de la faiblesse artistique des publications dans lesquelles il est apparu en premier. Malgré qu’il soit l’un des personnages vedettes du Fox Features Syndicate (avec The Flame et Samson notamment) il dut se contenter d’artistes de second ordres et de scénarios indigents et sans aucune continuité. Ceci à cause des faibles tarifs offerts par Victor Fox et encore lorsqu’il honorait ses engagements vis à vis des artistes.

Hurrah n°251Une exception se dégage cependant de la production « habituelle » de Blue Beetle. En effet, bien que signé du nom de dessinateur maison « Charles Nicholas », le comic strip publié dans The Boston Evening Transcript est indubitablement l’œuvre du jeune Jack Kirby (qui rencontra d’ailleurs durant son bref passage chez Fox son compère Joe Simon), ce qui est la première raisons de notre intérêt.

La deuxième vient du fait que l’intégralité de l’épisode du comic strip de Blue Beetle dessiné par Jack Kirby (et malheureusement fini par Louis Cazeneuve) a été publié en français avec une particularité très agréable par rapport à la version américaine. C’est dans le numéro 251 de l’hebdomadaire Hurrah ! du 24 mars 1940 qu’apparaît pour la première fois Blue Beetle en France. Il s’agit d’un numéro spécial vacances de pâques qui ne contient pas 8 pages comme habituellement mais 16 pages. C’est dans ces pages supplémentaires qu’apparaît Blue Beetle sous le nom du « Fantôme d’acier ». Il a même l’honneur de voir son arrivée annoncée dans un bandeau de la première page au coté d’un autre super-héros (Amazing-Man de Centaur Publications qui a été renommé Le Surhomme pour l’occasion). Une affiche promotionnelle vantant les qualités du personnage a même été distribuée aux kiosquiers.

Le numéro 251 de Hurrah ! marque un tournant dans l’histoire des traductions françaises de super-héros, celui de la diversité. En effet, jusqu’à cette date le seul super-héros traduit en langue française était Superman (sous l’appellation de « Marc l’hercule moderne » dans Le Journal de Spirou et « Yordi » dans l’hebdomadaire Aventures de la S.A.G.E. tous les deux depuis mars 1939 des deux côtés du Quiévrain). Il y a fort à parier que c’est en parti le succès de Superman en France qui a poussé le groupe des Editions Mondiales (de l’éditeur Cino Del Duca) à éditer des bandes « concurrentes » de super-héros.

Le Fantôme d'Acier

Il ne marque malheureusement pas un tournant dans la fidélité au nom des personnages. Comme nous l’avons déjà indiqué (French Collection #1) les traducteurs de comic avait les plus grandes difficultés avec les noms des personnages. Blue Beetle n’échappa pas à la règle en étant rebaptisé le « Fantôme d’acier ». Notons que les traductions ne sont pas nécessairement cohérentes d’une livraison à l’autre. C’est ainsi que le « Fantôme d’acier » devient « Le Scarabée Bleu » dans les numéros 253 et 254 de Hurrah !. Le numéro 255 voit apparaître le nom originel du personnage (Blue Beetle) avant de retrouver son appellation de « Fantôme d’acier » du numéro 259 à la fin.

Blue Beetle par Jack Kirby

Blue Beetle apparaît pour sa première livraison dans les pages « supplémentaires » de l’hebdomadaire. Contrairement au cahier « normal » elles sont uniformément en N & B. Mais cet état de fait change avec le numéro suivant. Non seulement Blue Beetle est conservé pour les numéros « normaux » mais il bénéficie d’une page couleur. Et c’est là qu’intervient la particularité de la parution française par rapport à son pendant américain. Aux Etats-Unis, le comic strip de Blue Beetle est un daily qui paraît en bas de page à raison de quelques cases par jour. Et non dans les suppléments du dimanche, les célèbres Sunday Pages qui bénéficient de la couleur. Cela signifie donc que ce sont les équipes du studio mondiales qui ont effectuées la colorisation des comic strips originaux qui était livrés via « l’agence française de presse » (l’une des sociétés spécialisées dans l’achat et la revente des comic strips américains).

almanach-de-tarzan-1949b

Cette aventure de Blue Beetle a fait l’objet de deux rééditions après guerre aux Editions Mondiales. Une première fois seulement partiellement dans le Récit Complet « Le Fantôme d’Acier » (Numéro de Dépôt Légal n° 135 du 2ème trimestre 1946) de la Collection « Les Grandes Aventures » et malheureusement en N & B. Une deuxième fois mais cette fois-ci dans son intégralité, mais en N & B avec malheureusement des retouches sur certaines cases, dans L’almanach de Tarzan de 1949.

[Jean-Michel Ferragatti]