Blue Beetle #18 (Nov. 1987)[FRENCH] C’est une règle que les fans de comics connaissent bien : Tant qu’on n’a pas vu le corps (parfois même si on l’a vu), une mort de super-héros n’est pas confirmée. Et le cas de Dan Garret (le premier Blue Beetle) ne fait pas exception. Bien que disparu des années plus tôt dans un éboulement, voici le héros qui refait surface pour menacer la vie de son successeur (Ted Kord) et révéler quelques secrets du scarabée mystique.

Blue Beetle #18 (Nov. 1987)Dans les comics, les personnages ne restent jamais morts pour toujours. Tout au moins il suffit de laisser le temps au temps pour finir par assister à leur inévitable retour. Et Dan Garret, celui qui fut Blue Beetle jusque dans le milieu des années 60) ne déroge pas à la règle. Le voici qui revient surpuissant dans cet épisode écrit par Len Wein (avec un coup de main de Randy & Jean-Marc Lofficier) en 1987. Un simple éboulement aurait achevé ce super-héros quelques années plus tôt ? C’était oublier un peu vite que son scarabée mystique donnait à ce Blue Beetle des pouvoirs proches de ceux de Superman. 20 ans après sa disparition, le super-héros originel réapparaît donc et fait face à celui qui l’a remplacé. Entretemps, le titre Blue Beetle a une fois encore changé de main. Après avoir été lancée en 1939 chez Fox, avoir été publiée également dans la presse, été reprise sous forme de comics par Holyoke puis revenue chez Fox avant de passer chez Charlton, la série Blue Beetle a été relancée chez DC. A l’occasion de Crisis On Infinite Earths, Ted Kord (celui qui est Blue Beetle depuis la fin des années 60) ainsi que les principaux super-héros Charlton ont été intégré à l’univers DC. Et dans la foulée Blue Beetle est redevenu l’objet d’une série régulière, supposée être un contrepoids à l’ambiance « Dark n’Gritty » (Dark Knight, Watchmen…) de cette seconde moitié des années 80. Blue Beetle version Ted Kord n’est donc pas un héros névrosé ou particulièrement pessimiste, à plus forte raison parce qu’en 1987 Blue Beetle vient en prime de rejoindre les rangs de la « funny » Justice League de Giffen, DeMatteis & Maguire, dont BB deviendra un des symboles. Malheureusement ce coup de projecteur ne se répercutera pas sur les ventes de sa propre série mensuelle, qui n’a alors plus que quelques mois devant elle. En définitive peu importe. Il suffit de dire qu’entre ce mensuel condamné et le spotlight offert par sa présence au sein de la JLI, Blue Beetle/Ted Kord a alors été totalement adopté par l’univers DC. Ce n’est pas franchement le moment où l’on imaginerait revoir l’autre Blue Beetle, Dan Garret, tombé au champ d’honneur deux décennies plus tôt. Et pourtant Blue Beetle #17 s’achevait sur un coup de théâtre. En bas de l’immeuble occupé par Kord, c’était bien un Dan Garret furieux qui apparaissait. Pourquoi ? Comment ? Blue Beetle #18 contient toutes les nécessaires explications…

Dan Garret dans un costume modifié...Du haut de son loft, Ted Kord n’en croit pas ses yeux. En bas, dans la rue, son défunt mentor Dan Garret est en train de tout détruire. Kord l’avait laissé pour mort il y a des années de cela (dans les méandres des cavernes de l’île Pago) et, se sentant en partie responsable, avait assuré la relève en devenant le nouveau Blue Beetle. Or, voici que quelqu’un ressemblant à Garrett et portant une version modifiée de son costume est en train de ravager cette partie de la ville. En tant que super-héros, Ted Kord n’a pas besoin d’une autre motivation. Même s’il s’était agît d’un anodin super-villain, Kord se serait élancé au secours des victimes potentielles. Si en plus la menace a, de manière inexpliquée, l’apparence de celui qui fut son modèle, Kord en fait une affaire personnelle. En se remémorant les circonstances qui ont fait de lui le Blue Beetle (l’occasion d’un flashback pour synchroniser les pendules de tous les lecteurs mais dans votre cas il vous suffit de lire le « Oldies But Goodies » publié sur ce site samedi dernier), Ted enfile sa propre tenue de super-héros et s’élance au devant du danger, convaincu d’être face à un imposteur.

Le « hic » de la situation, c’est que pour Dan Garret, l’imposteur c’est l’autre. A savoir le jeunot qui se fait appeler Blue Beetle à sa place. Garret espérait bien le débusquer en se manifestant de manière si publique et quand il voit arriver Kord en costume, il ne décolère pas. Ted, lui, n’en revient pas. Même de près, il doit bien reconnaître que la ressemblance entre ce mystérieux individu et le vrai Garret est impressionnante.

Les deux Blue Beetle face à face...A part un détail de taille (que ne relève pas Ted) : le costume n’est pas le même que celui du BB originel. Si le haut de sa tenue ressemble à la version classique, la taille (avec un symbole en forme de scarabée) et les jambes incorporent d’importantes zones de rouge. Kord ne le relève pas car cette modification a sans doute deux raisons d’être qui n’ont rien à voir avec la continuité du récit. La première est la plus évidente : avec deux personnages partageant les mêmes teintes de bleu, il aurait sans doute été difficile de s’y reconnaître dans la mêlée. L’autre cause est plus occulte. DC a racheté les super-héros Charlton tels qu’ils étaient au moment de leur dernière apparition. Ted Kord, tel qu’originellement designé par Steve Ditko, est donc désormais intégralement la propriété de DC. Mais le personnage et le costume de son mentor (qui est en prime passé par différentes versions et éditeurs dont nous avons déjà parlé) présente alors un certain flou au niveau légal. Dans le doute, la version présentée ici par DC incorpore ses propres variantes de manière à ce qu’aucun des ayant-droits des différentes variantes de Dan Garret ne puisse prétendre qu’il s’agisse de la sienne. C’est donc bien le Dan Garret archéologue (avec ses pouvoirs distinctifs obtenus grâce à un talisman égyptien) que nous avons-là, mais son costume a été changé en toute connaissance de cause. Mais malgré cette différence technique Ted va graduellement le reconnaître. Non seulement l’autre a le physique et la voix de Dan, mais il a les mêmes pouvoirs… en encore plus puissants !

Garret, lui, est furieux de s’être fait voler sa réputation par cet avorton moins puissant que lui. Mais il n’a pas l’air de savoir que le nouveau Blue Beetle est Ted Kord. Et avec ses pouvoirs surhumains, Dan a vite fait de prendre l’avantage. Il s’apprête à écraser un énorme rocher sur la tête de Kord quand il marque une pause. Au dernier moment possible, il hésite à prendre une vie. Il faut dire aussi que ce comportement colérique pour une simple affaire de nom est assez atypique pour le personnage. Rapidement cependant on va comprendre ce qui se passe : Garret est en constante discussion télépathique avec le pharaon-fantôme qui lui avait offert le scarabée à ses débuts. Et c’est cette apparition qui le pousse à détruire le nouveau Blue Beetle. L’hésitation de Dan et sa discussion interne avec l’esprit du pharaon donne à Ted l’instant de diversion dont il avait besoin. Il arrive à monter à bord de son vaisseau multi-usages (le Bug) et fait mine de prendre la fuite. Garret, lui, devant la possibilité de laisser fuir son opposant, est complètement repassé sous la coupe du pharaon. Il traverse la vitre du vaisseau, prêt à battre à nouveau Ted. Avec sa ruse et son agilité, ce dernier va cependant promener Dan à travers la ville tout en continuant de s’étonner de la ressemblance avec Dan. Jusqu’au moment où, à force, Ted va tenter un coup. Puisque Dan Garret tenait ses pouvoirs du scarabée mystique qu’il possédait, Ted lance un grappin pour priver son opposant de sa source de pouvoir.

Le scarabée mystique échappe des mains d’un Blue Beetle pour tomber dans celles d’un autre… Et immédiatement Ted entend la voix du pharaon… ou plutôt de l’entité qui habite le scarabée : quand elle est vue par Kord, elle n’a en effet rien d’un pharaon et ressemble plutôt à un Celestial tel que les dessinait Kirby dans la série Eternals. L’entité s’est lassée de Dan Garret, trop vieux et trop usé. Elle veut faire de Ted son nouvel hôte et on en déduira que « ce combat pour le nom » n’avait d’autre objectif que d’amener le scarabée dans les mains du nouveau Blue Beetle. Le problème pour cette « intelligence étrangère » c’est qu’elle n’a pas prise en compte la présence dans la foule d’un inconnu aux capacités empathiques. Il s’agit d’une autre intrigue liée à la série Blue Beetle donc ne perdons pas de temps à décrire le quidam. Le fait qu’il soit là perturbe l’influence du scarabée sur Ted et même sur Dan. Ce dernier, après avoir essayé une dernière fois de tuer Ted, réalise soudain qu’il est sous la domination de son talisman depuis des années.

Le vrai visage de l'extra-terrestre habitant le scarabée...Il arrive à briser l’emprise de l’entité qui se révèle alors telle qu’elle est : Un extra-terrestre, sans doute piégé sur Terre depuis l’antiquité, aux faux-airs de pieuvre, avec un œil en son centre (une sorte de « cousin » visuel de Starro, ennemi extra-terrestre de la Justice League). Dan se rebelle tellement contre l’entité que le « scarabée » entre dans ce qu’on pourrait appeler une surchauffe et explose en un million de fragments. Dan est touché de plein fouet par l’explosion et blessé mortellement. Mourant, Dan a alors une nouvelle occasion de faire jurer à son successeur qu’il continuera la lutte en son nom…

La seconde mort de Dan ?Est-ce pour autant fini pour Dan Garret ? Pas tout à fait. D’abord la validité même de l’épisode est sujette à caution puisque bien plus tard, au moment de la mort de Ted Kord (dans Countdown To Infinite Crisis) il possédait le scarabée – toujours entier – et n’avait pas l’air de penser que ce talisman pouvait avoir autre chose que des capacités magiques. Visiblement, dans la continuité récente de DC (disons post-Zero Hour) le scarabée n’avait jamais explosé et Ted Kord n’avait pas l’air de croire qu’il était habité par une entité extra-terrestre. Mais alors si cet épisode de Blue Beetle n’avait jamais existé, si les deux BB ne s’étaient jamais croisés dans ces conditions et si on n’avait jamais retrouvé le corps de Dan, d’où sortait le scarabée ? Si dans Dan n’est pas mort une seconde fois dans Blue Beetle #18 tout reste possible. Mieux : tout EST possible et cela fera l’objet d’un futur « Oldies But Goodies »… Car il nous reste encore (au moins) une halte dans la destinée de Dan Garret…

[Xavier Fournier]