Avant-Premire Comics VO: Review Detective Comics #1000

30 mars 2019 Non Par Xavier Fournier

Le 80me anniversaire de Batman s’appuie cette semaine sur la parution du 1000me numro de la revue qui l’a vu natre. a n’arrive pas tous les jours (le seul prcdent, chez DC (1), c’est Action Comics avec Superman, l’anne dernire) et pour l’occasion DC Comics a bien sr invoqu une liste de collaborateurs stars, qu’il s’agisse d’auteurs actuels bien connus ou de vtrans. Mais la formule a ses limites…

Detective Comics #1000Detective Comics #1000 [DC Comics]
Scnario de Scott Snyder, Tom King, Warren Ellis, Kevin Smith, etc.
Dessins de Greg Capullo, Steve Epting, Noelle Jones, Neal Adams, etc.
Parution aux USA le mercredi 27 mars 2019

Il y a 80 ans, avec la parution de Detective Comics #27, le dessinateur Bob Kane fanfaronnait dans les bureaux de DC Comics, fier de ce hros nocturne qu’il venait – disait-il – de crer tout seul, « oubliant » de parler l’diteur du vrai scnariste de l’histoire, Bill Finger et dmarrant ainsi une injustice qui allait s’tendre sur plusieurs dcennies. Finger lui-mme ne se doutait sans doute pas qu’il avait crit quelque chose de « spcial » et qu’on parlerait encore de « The Batman » quatre-vingts ans plus tard. Kane comme Finger n’imaginaient sans doute pas qu’il y aurait ce genre d’anniversaire. Nous, lecteurs, sommes l’autre bout de cette logique puisque pour la plupart d’entre nous (si quelqu’un, parmi vous, tait l quand Detective Comics #1 et #27 sont sortis il a toute notre sympathie) sommes devenus lecteurs de comics une poque o Batman tait dj clbre de puis un bail et o il tait dj vident, naturel et normal, pour ne pas dire « norm », de fter l’anniversaire de la cration du justicier de Gotham. L’auteur du prsent article se souvient encore de l’poque (« au dbut des 80 » dirait IAM) o il achetait un autre anniversaire, Detective Comics #500, sans raliser qu’il verrait un jour le #1000. Mais du coup, il faut bien le dire, les anniversaires de Batman ou de l’anthologie qui l’a vu natre en 1939 sont devenus une formule. Et de manire surprenante sans doute encore plus que pour Superman. Parce que ce dernier, selon les dcennies, les reboots ou les continuits rtroactives, se retrouve rarement au mme endroit. Action Comics #1000, tout en reposant sur le mme personnage, n’tait pas le mme « animal » que Superman #400. Batman ? Batman, c’est une autre paire de manche car si le personnage a connu quelques reboots, ils n’ont jamais t si « violents » que ceux de Superman. C’est toute la problmatique de Detective Comics #1000, qui fait assurment le job, qui runit bien des stars des comics et nous donne des histoires la porte diverse.

« Welcome to the Guild »

Batman est hant depuis des annes par sa plus ancienne enqute, un jeu de piste qui le rend fou et qui l’amne une nouvelle socit secrte qui existait sous son nez sans qu’il l’ait jamais remarqu… Pas de doute, on sait ds les premires pages qu’on est dans un rcit de Scott Snyder (runit avec Greg Capullo) qui, fort de son succs depuis la Cour des Hiboux, n’en finit plus de rajouter des choses histoire de montrer que son Batman c’est un peu le Sergent Schultz de l’univers DC : il n’a « rien vu, rien entendu » et il est entour de forces qui se jouent de lui. Heureusement cette fois la socit en question n’est pas malfique et elle introduit de faon symbolique la porte anthologique du numro (on peut imaginer que ce Batman lit les rcits qui suivent). Mais involontairement Snyder trahi le ct fig de la chose. Mis part une rfrence The Question, son rcit fait allusion aux autres personnages dont les aventures sont parues dans Detective jusque dans les annes 80 et pas les plus rcents. En gros, pour ceux qui connaissent, on a l’impression de voir l’anniversaire de l’anniversaire, d’une redite du #500, comme si les apports plus modernes n’existaient pas (quid de Batwoman, qui a t un temps la vedette principale de la srie ?). Et l’impression se propage un peu sur le reste du numro, mme s’il y a parfois des choses trs intressantes et trs sympathiques. Par exemple le rcit de Kevin Smith et Jim Lee, sur le rapport de Batman avec les armes feu. Paul Dini et Dustin Nguyen apportent du neuf avec le mystre d’un homme de main sans importance apparente, qui a le chic pour travailler pour les mauvaises personnes Gotham. L’ide est simple, lgre mais efficace. Les talents de Warren Ellis et Becky Cloonan nous donnent une histoire jolie mais plus banale. Puis l’effet « anniversaire d’anniversaire » revient en force, avec un rcit qui est la suite de Detective Comics #457 (1976), dans lequel Batounet revenait chaque anne Crime Alley pour la date anniversaire de la mort de ses parents. Dennis O’Neil est tout fait lgitime dans cet exercice (aprs tout pourquoi seul Miller aurait le droit de faire des suites ?), la mise en image de Steve Epting est absolument superbe mais… cela encourage cette ide qu’au lieu de fter l’anniversaire du hros ou de sa srie, on fte un peu l’anniversaire des bougies.

« I’m trapped in this place and all I do is haunt the living. »

Par la suite on oscille entre le dispensable (l’histoire illustre de faon brouillonne par Neal Adams, qu’on a connu bien meilleur), le dj vu (Geoff Johns et Kelley Jones revisitent les « futurs alternatifs » de Batman tels qu’on les pratiquait dans les fifties, James Tynion et Alvaro Martinez rajoutent une scne l’origine de Robin) mais seuls Brian Michael Bendis et Alex Maleev font quelque chose qui sort du lot. Sur la fin quelqu’un, quand mme, se souvient que l’univers de Batman a volu depuis les annes 80. Tom King, Tony Daniel et Jolle Jones bourrent in extremis un maximum de membres modernes de la Bat-Familly (Signal ou Batwoman ont droit leurs petites cases), le tout s’achevant sur la mise en place de l’Arkham Knight de Peter Tomasi et Doug Mahnke, qui va animer les pisodes venir de la srie. C’est normal, naturel, qu’un anniversaire appelle un aspect rtrospectif. Mais vous ne fates pas la fte de la mme manire selon qu’on clbre vos cinq ans ou le passage la vingt-cinquime ou la cinquantime anne. C’est beau en plusieurs endroits, mais cela reste trs conventionnel, plus qu’Action Comics #1000 l’an dernier. Ce #1000 n’est pas mauvais. Mais ce n’est pas du « jeunisme » que de penser qu’il aurait gagn mettre un peu plus en avant des personnages tels que Damian ou Signal, qui nous auraient vit l’impression de redite, d’avoir dj vu cet anniversaire. On pourrait dire que c’est une impression qui ne peut toucher que les lecteurs de longue date, que le public plus rcent ne sera pas touch… mais dans leur cas il n’est pas certain que tout ce ct nostalgique leur corresponde. Quelqu’un qui n’a jamais lu « No Hope In Crime Alley » ne va pas forcment capter grand-chose la suite (et se demander pourquoi Leslie cet ge).

En un sens, Detective Comics #1000 souffre de la comparaison avec des numros spciaux tels que Detective Comics vol.2 #27 (en 2014, pour les 75 ans du personnage) qui avait un il sur le classique mais aussi vers l’avenir. Son line-up d’auteurs et le fait qu’on ne voit pas des #1000 tous les jours ( quand le prochain ?) lui assure un beau succs. La fte n’est pas gche, le champagne a juste le got de la routine et l’anniversaire aurait pu avoir plus de tonus.

[Xavier Fournier]

(1) l’histoire est souvent crite par les « vainqueurs » mais rappelons que Detective Comics et Action Comics ne sont pas les premires revues passer le cap du 1000me numro. Cet honneur revient probablement Four Color Comics, chez le dfunt diteur Dell Comics, dont le #1000 est paru… en 1959. La revue s’est arrte en 1962 au #1354, ce qui laisse encore une certaine marge Batman et Superman avant de franchir ce cap.