[FRENCH] Et si cette fois nous allions explorer les secrets de l’Allée du Crime ? C’est l’endroit où les parents de Batman sont morts. Et vingt ans plus tôt, sur un autre monde (Terre 2), les parents d’un autre Batman ont été tués dans des circonstances similaires. Mais ce soir d’autres Wayne sont en danger. Dans un troisième monde la tragédie pourrait recommencer.

« To Kill A Legend » (Detective Comics #500) se déroule 20 ans après que Bruce Wayne soit devenu orphelin. Ce soir-là les parents Wayne ont été assassinés par le gangster Joe Chill, acte qui allait mener à la création de Batman. D’ailleurs, vingt ans après ces faits, Bruce Wayne se réveille en sursaut, après avoir rêvé de l’assassinat, ce qui pourtant ne lui était pas arrivé depuis des années, depuis qu’il a vengé ses parents en retrouvant Chill. N’arrivant pas à dormir, Bruce enfile son costume de Batman et part en patrouille dans les rues de Gotham City. Mais en poursuivant un malfrat, il a la surprise de se retrouver dans Crime Alley, l’allée dans laquelle ses parents ont été tués. Seul problème: Batman sait bien que cette rue se trouve à l’autre bout de la ville par rapport à l’endroit où il est supposé être. Et Robin (Dick Grayson) ne peut pas lui en dire beaucoup plus… Puisque Robin a pris l’avion pour l’Europe ce matin-même et que, normalement, il ne devrait pas être là. Mais même Robin n’a aucune idée « du pourquoi du comment » il peut se trouver cette nuit en plein Gotham et en costume. Les deux héros sont donc perplexes quand arrive… Le Phantom Stranger, l’énigmatique personnage qui intervient souvent dans l’univers DC quand il s’agît de choses mystiques.

C’est le Phantom Stranger qui s’est arrangé pour qu’ils se retrouvent dans cette rue fatidique. Il leur explique alors que l’assassinat de Thomas et Martha Wayne est une forme de constante qui se reproduit sur chaque terre parallèle, avec un décallage de 20 ans. Dans le monde de la Justice Society (Terre 2), le double meurtre s’est déroulé il y a 40 ans. Sur la terre du Batman habituel, cet événement s’est produit vingt ans en arrière. Et ce soir ? Ce soir les mêmes événements risquent de se produire sur un troisième monde. Mais le Phantom Stranger sait que Batman ne s’est jamais pardonné cette mort. Aussi il lui propose de lui donner une seconde chance: ce soir s’il le veut, Batman peut traverser les brumes de Crime Alley et se retrouver dans le troisième monde, arrivant à temps pour essayer d’empêcher le meurtre. Robin veut accompagner Batman mais ce dernier refuse. Comme Robin sait néanmoins que son mentor perd tout recul dès qu’il s’agit de ses parents, Robin s’incruste néanmoins dans ce voyage à travers les dimensions.

Sur l’autre monde, Batman et Robin arrivent dans le port de Gotham, où ils surprennent un gang de voleurs. Bien sûr les deux super-héros interviennent… Et sèment la terreur parmi leurs adversaires. Car c’est la première fois que ces gens voient des héros costumés sur ce monde. Pire encore, comme Batman & Robin ne vont pas tarder de s’en rendre compte, aucune littérature n’y a été jamais consacrée au mythe de l’héroïsme. Pas d’Odyssée, pas de Robin des Bois. Sur ce monde qui manque cruellement d’imagination, on ne pratique pas l’héroïsme au-delà d’un certain sens du civisme. Il y a heureusement des policiers et même un lieutenant Gordon mais comme c’est, pour eux aussi, la première fois qu’ils voient un super-héros. Du coup Batman est pourchassé et ne peut pas compter sur leur soutien.

Les deux héros pensent alors bien faire en se basant sur ce qu’ils savent du meurtre des Wayne sur leur propre terre. Ils vont voir l’employeur de Joe Chill, le préviennent qu’ils sont au courant de ses plans d’assassinat. Mais involontairement ils accélèrent les choses. Le gangster n’a pas encore embauché Joe Chill mais leur visite le pousse à accélérer ses plans, avec un autre assassin dont cette fois ils ignorent tout. Batman et Robin n’ont alors d’autre choix que de surveiller la famille Wayne en attendant que la tentative se produise. Quand le tueur potentiel arrive, il n’est pas de taille devant Batman. Il n’y aura pas de meurtre ce soir-là dans Crime Alley. Tout au plus les Wayne sont terrifiés par la vision de ces personnages costumés incompréhensibles. Batman et Robin disparaissent alors (ramenés sur leur propre Terre par le Phantom Stranger), tout en se demandant ce que deviendra le petit Bruce Wayne dans ce monde où ses deux parents sont vivants. Cet épisode (écrit par Alan Brennert et dessiné par Dick Giordano) s’achève cependant sur un épilogue où l’on montre le jeune Bruce changé par cette brève rencontre avec Batman. Il décide alors de commencer à s’entraîner et à lire des livres de criminologie (y compris Sherlock Holmes, en contradiction avec l’élément qui voulait qu’aucune littérature héroïque n’existe en ce monde). Et la voix du conteur termine en expliquant que sur ce monde Bruce Wayne prendra une décision dans quelques années, une décision qui ne devra rien à la volonté de revanche.. Et l’ombre du gamin est celle de Batman, indiquant que ce monde aussi aura, en temps utile, son protecteur.

Il aurait été assez facile pour le scénariste de nous dire que ce récit se passait sur la vraie Terre (ou Terre Prime) puisque les super-héros n’y existent pas. Au lieu de cela il a préféré dresser le portrait d’une Terre où l’héroïsme est une sorte d’impossibilité intellectuelle et ne fait pas partie de la culture (les gangsters tombent dans les pommes quand ils croisent Batman). On s’étonne aussi de la chronologie de cet épisode-anniversaire célébrant le 500ème numéro de Detective: En 1981 le Phantom Stranger explique que le Batman de Terre 1 est devenu orphelin 20 ans auparavant (ce qui donnerait 1961) mais surtout le Batman de l’Age d’Or est supposé avoir perdu ses parents… En 1941. Le temps de s’entraîner et tout ça, on voit mal comment Bruce Wayne aurait pu devenir Batman avant la fin des années 40, ce qui pose quand même problème…Néanmoins Detective Comics établit pour la première fois de manière formelle que Crime Alley est une constante dans le multivers (là où jusque-là on pouvait penser à une coïncidence limitée à Terre-1 et Terre-2), une sorte de portail à créer des incarnations différentes de Batman. Hommage ou hasard, c’est la même logique qui sera reprise quelques années plus tard dans le Authority/Batman de Warren Ellis.

[Xavier Fournier]