Enfin, il est là… Le Graal de nombreux fans : la nouvelle version du film Justice League, tel que l’avait imaginé Zack Snyder. Un parcours du combattant qui aura demandé des années avant de voir le jour. Le réalisateur propose une version longue de quatre heures, pour rectifier les erreurs du long-métrage sorti en 2017. Nous avons eu la chance de le voir quelques heures avant sa sortie aujourd’hui. Alors, l’âge des héros est-il de retour ?

« SOMETHING DARKER »

Le réalisateur Zack Snyder (300, Watchmen, Man of Steel, Batman v Superman) avait officiellement été crédité pour le film Justice League sorti en 2017. Malheureusement, il n’avait pas été maître du montage final et des choix de dialogues apportés par Warner Bros. Iil avait dû quitter la production, suite au suicide de sa fille, Autumn. Pour le remplacer, Joss Whedon (Avenger, Buffy, Firefly) s’imposait. Il était déjà présent sur le plateau pour réécrire des dialogues (à la demande des dirigeants de la Warner) et y injecter un peu de « Marvel Way ». Résultat, le réalisateur remplaçant décide de retourner une grosse partie du film. Au final, un « mash-up » d’anciennes scènes (dont les couleurs ont été rehaussées) mélangées à de nouvelles, avec des acteurs qui ont depuis changé (Affleck est plus bouffi, Cavill porte une moustache retouchée numériquement). Échec au box office. S’en suit une campagne pour réhabiliter le film et les rumeurs d’un « Snyder Cut » vont bon train. Certains n’y croient pas, d’autres affirment l’avoir vu (notamment Jason Momoa, l’interprète d’Aquaman). Zack Snyder lui-même balance de temps à autres des images ou des courtes vidéos sur l’application Vero. Au final, ce sont les fans qui se mobilisent. À l’occasion de conventions comme le Comic Con de San Diego, des campagnes de pubs sont lancées, via des récoltes de fans. Une partie de cet argent est aussi reversé à une fondation contre le suicide… Le hastag #ReleaseTheSnyderCut est lancé. Après plusieurs années, l’annonce tant attendue arrive en mai 2020 : le Snyder’s Cut verra le jour en 2021 sur HBO Max, la plateforme de streaming de Warner. Doté d’un budget de 70 millions de dollars, Snyder a l’occasion de retourner des scènes avec les acteurs principaux et de modifier les effets spéciaux. C’est donc un film nouveau de quatre heures qui attend le spectateur. L’histoire reste la même : suite au décès de Superman (Henry Cavill), Batman (Ben Affleck) et Wonder Woman (Gal Gadot) veulent recruter une équipe de super-héros pour lutter contre la menace à venir : Darkseid et son bras droit Steppenwolf. À la recherche des « Mother Box », des ordinateurs vivants, les créatures de la planète Apokolips ne reculeront devant rien pour conquérir la Terre. Découvrez les origines de Victor Stone/Cyborg (Ray Fisher), Barry Allen/Flash (Ezra Miller) et d’Arthur Curry/Aquaman (Jason Momoa).

« THE AGE OF HEROES »

Est-ce que le montage de Snyder vient corriger l’affront du Justice League de 2017 ? Oui, mais il n’en reste pas moins qu’une grande partie de l’histoire reste la même. Deux personnages sortent grandis de cette version : Cyborg et Flash. Le premier existe, tout simplement. Il est le lien entre le spectateurs et le monde surnaturel que l’on découvre tout au long du film. Émouvant, puissant, Cyborg montre qu’il n’est pas qu’un simple acolyte des grandes figures comme Superman et Batman. On comprend donc mieux pourquoi Ray Fisher s’est brouillé avec Warner ces dernières années. Il a le plus pâti des reshoots de Joss Whedon. Visuellement, il n’est toujours pas au top mais ce n’est pas très grave. Barry Allen, lui, reste l’élément comique le plus marqué du film. Si certains auront encore du mal avec Ezra Miller (amené pourtant à être le héros de son propre film en 2022), il faut bien avouer que les dialogues qu’on lui donne ne le mette pas en valeur. Par contre, Snyder met en avant ses pouvoirs et les capacités incroyables que possède le « speedster ». À plusieurs moments, il est même l’élément clé pour faire avancer les choses. L’autre recrue est Aquaman. Mais ce dernier a eu le temps en quatre ans de bénéficier de sa propre aventure solo. Le côté « bad ass » du perso est toujours omniprésent, preuve que Snyder avait donné une orientation pour le héros. Batman et Wonder Woman sont peu affectés par les changements. Moins de tension sexuelle entre eux, ils fonctionnent plus comme le papa et la maman de cette équipe.

« CHANGE MACHINE »

Visuellement, Zack Snyder a pris plusieurs choix intéressants. Le ratio de l’image est 1:33, à savoir le format d’un film projeté en IMAX. On se retrouve avec deux bandes noirs sur les côtés. Un peu étrange à l’ère du 16:9. La palette de couleurs est aussi moins criarde que sur la précédente version. On est vraiment dans l’ensemble visuel initié par Man of Steel et Batman v Superman. Et que dire de la marque de fabrique du réalisateur : des ralentis à n’en plus finir ? Oui, oui, ils sont bien là ! Mais rassurez-vous, ce n’est pas pour ça que le film est si long. Parfois, à force, c’est un peu redondant mais dans pour plusieurs séquences, cela colle parfaitement (oui, Flash, c’est de toi qu’on parle). Snyder a demandé à Junkie XL, le co-compositeur de Batman v Superman, de venir finaliser la partition qu’il avait créé pour le film de 2017… avant d’être tout simplement remplacé par Danny Elfman. Le mythique compositeur avait été décrié pour avoir « recycler » ses anciens thèmes, comme par exemple celui de Batman, ou d’avoir emprunté celui de John Williams pour Superman. La musique est totalement différente. On regrettera que Junkie XL veulent constamment remplir le fond sonore. Le chant des Amazones intervient constamment dès que Wonder Woman entre en action et ça en devient lassant ! Malgré tout, on y retrouve l’ambiance des précédents opus DC de Snyder et donc une cohérence dans cette « trilogie ».

« EPILOGUE »

Car oui, au départ, Zack Snyder avait en tête une vraie trame narrative pour plusieurs longs métrages, en commençant par Man of Steel et conclure avec un troisième volet de Justice League. Mais la Warner a vite freiné ses ambitions en lui accordant un Justice League en deux parties, après un crossover Batman/Superman. Mais les mauvaises critiques de Batman v Superman ont modifié les plans : un premier Justice League et on verra ensuite ! L’histoire a fait le reste. Il n’en reste pas moins que dans Zack Snyder’s Justice League, les pistes d’une suite sont largement mis en avant. Le monde d’Apokolips est bien plus développé. La mythologie de Darkseid semble demandée bien des développement. Le réalisateur a eu l’occasion de tourner une dizaine de minutes supplémentaires et la plupart d’entres elles se trouvent dans le dernier chapitre. Largement dévoilé dans les divers bandes-annonces, ces petits extras révèlent pourtant des surprises. Et on voit qu’à l’époque, le DCU se destinait à bien d’autres projets ambitieux. Le Batman de Ben Affleck est clairement « teasé » ici. Pour autant, on ne reste pas sur un énorme cliffhanger (comme pouvait l’être la fin de Avengers : Infinity War). Une vraie conclusion est là. Mais des pistes sont évoquées, une éventuelle réunion des héros pour contrer un avenir bien sombre. Doit-on s’attendre à une suite sur HBO Max ? L’arrivée aujourd’hui du « Snyder’s Cut »prouve qu’il ne faut jamais dire « jamais ». Mais cela demanderait bien des moyens et Warner ne semble pas enclin à valider la vision d’un créateur, qu’ils avaient auparavant rejetée. Snyder a évoqué la piste d’une séquelle au format comic book. Jim Lee ayant collaboré avec lui sur les storyboards de ces trois Justice League avortés. Une façon de boucler la boucle ? En tout cas, le hastag #ReleaseTheSnyderVerse vient de faire son apparition…

[Pierre Bisson]

Zack Snyder : Justice League – Réalisé par Zack Snyder – Disponible le 18 mars en achat digital en VOST et VF sur iTunes & Apple TV, Amazon Prime Video (dans la boutique), Google Play / YouTube, Sony Playstation, Microsoft Xbox, Rakuten TV, Orange, Bbox VoD, Canal VoD, SFR VoD, Filmo TV, UniversCiné et Vidéofutur