« La fin est là ! » comme sur le panneau des prédicateurs d’apocalypse. L’univers central de DC et celui des Watchmen en arrivent à un clash entamé deux ans plus tôt, impliquant leurs principaux surhommes. Superman contre Doctor Manhattan ! Rien que ça ! Mais au-delà de cette « affiche », il s’agit de décider de l’avenir (et du passé) des personnages. Au moins, c’est l’idée.

Doomsday Clock #12Doomsday Clock #12 (DC Comics)
Scénario de Geoff Johns
Dessin de Gary Frank
Parution aux USA le mercredi 18 décembre 2019

Geoff Johns et Gary Frank arrivent au terme d’une démonstration plaisante qui aura duré deux ans, posant la question est-ce que dans les comics le cynisme doit l’emporter sur l’optimisme. Un petit indice, Johns c’est celui qui, en son temps avait organisé le crossover Blackest Night, avec plein de zombies surpuissants, pour mieux préparer Brightest Day, qui tournait autour de beaucoup de héros ressuscités de manière plus positive. Attendez-vous donc que l’héroïsme l’emporte, d’ailleurs avec une petite scène qui pourrait s’apparenter avec celle des « portails » dans Engdame (mais la scénographie est bien le seul point commun). Comme à son habitude, Johns profite de cette conclusion pour ramener dans le giron de DC certains personnages que d’autres auteurs avaient mis de côté depuis des années. On n’est pas vraiment surpris par l’identité des groupes concernés mais peut-être plus par les « versions » de certains personnages mineurs, qui reviennent non pas sous l’apparence de ce qu’ils étaient juste avant 2011 mais dans la formule qu’on leur connaissait au moment de Crisis. Comment tout cela s’articule avec la Justice League de Scott Snyder qui ramène certains de ces personnages d’une autre manière et qui semble, à coup de Perpetua, préparer un reboot dans son coin ? Bah, allez savoir. Et en un sens le message que dégage Doomsday Clock #12 c’est « peu importe ». Johns ramène des personnages et les présentes en indécrottables garants de ce qui s’est passé et de ce qui sera. Avec quelques points d’humour, il envisage même tous les crossovers possibles, au point de faire une sorte de clin d’œil à la concurrence. Et le fan de longue date a donc son petit moment d’émotion. Oui, mais voilà, l’exercice a ses limites et en semblant nous promettre que l’âme de DC survivra à tous ces reboots, Johns nous promet aussi des reboots à n’en plus finir pour les années et les décennies à venir. Du coup tout ça tourne un peu au supplice de Sisyphe, condamné à regrimper en boucle la même montagne.

« No matter how many times Superman’s existence is attacked… »

Quelques mois en arrière, Doomsday Clock #11 nous avait semblé être un trou d’air dans la série, avec une tension qui redescendait comme un soufflé oublié au four un peu trop longtemps. L’ultime épisode de cette saga qui aura duré deux ans (plus, si on compte les préliminaires au moment de DC Universe Rebirth) remonte heureusement une bonne partie de la pente. La fin du récit de Geoff Johns et de Gary Frank n’est pas désastreuse. Elle a même ses points d’orgue, ses accélérations émotionnelles. Mais elle se heurte à quelques écueils. Le premier, en lui-même, est totalement extérieur à Doomsday Clock. Simplement, entre le #11 et le #12, la série télévisée Watchmen est arrivée et est repartie, pulvérisant « le game ». Elle a démontré, si besoin était, que pour s’installer dans le prolongement des vrais Watchmen (ceux de Moore et de Gibbons), il faut chercher une pertinence sociale et politique. Certes, Doomsday Clock a fait quelques allusions à la Syrie ou à Poutine dans les derniers numéros et (en un sens) c’est plus de références directes à notre monde que le tout venant des comics nous propose ces derniers temps. Mais manier la référence ou avoir un sens politique sont deux choses différentes. Et là où les Watchmen d’HBO utilisent des masques pour mieux se transformer en parabole de notre société, Doomsday Clock, finalement, ne fait que se regarder dans le miroir, en ramenant certes plein de personnages dont nous avons été privés depuis des années. Mais en restant dans un premier degré omniprésent.

« Sorry we’re late, son. »

« Est-ce que la batterie de puissance d’Alan Scott retrouvera son propriétaire d’origine ? » a presque autant d’importance que « est-ce qu’on sauvera le monde ? ». Et l’homme de la rue, lui, est tenu à l’écart. Le comic-book a connu de chouettes moments. Il lui arrive de retomber pas loin de certaines décisions de la série TV et on serait curieux de savoir si tout ce petit monde se coordonnait ou pas. Mais Doomsday Clock, reste au bout du compte, un sparadrap sur la jambe de bois de l’univers DC, alors qu’on a la sensation qu’il aurait pu être tellement. Difficile, aussi, de s’enlever l’impression qu’entre le début de Rebirth et la fin de cette série les objectifs n’ont pas changé. Il faudrait reprendre les décisions totalement arbitraires de Manhattan en 2016 pour voir comment ils « marchent ». Les meurtres brutaux de Metron et Pandora, par exemple, alors que dans Doomsday Clock, Manhattan n’a besoin de « tuer » personne, il lui suffit de souhaiter qu’ils n’aient jamais exister. Pourquoi, aussi, Lex Luthor ferait-il surface d’un coup pour s’en prendre à un seul personnage (alors que les autres aussi sont des menaces potentielles) ? Le niveau général de la série est plutôt bon, mais on a l’impression qu’on a enclenché le pilote automatique. Dommage.

[Xavier Fournier]