King Thor #4 referme la minisérie consacrée au Thor du futur mais conclue également un cycle que le scénariste Jason Aaron a entamé voilà sept ans sur le titre. Aaron a trituré l’héritage de Thor de toutes les manières possibles. Au point qu’on se dit que passer derrière lui ne sera pas une chose aisée. Mais bizarrement, Aaron lui-même, en quittant Thor, affiche une foi inébranlable dans l’avenir du personnage.

King Thor #4King Thor #4 (Marvel Comics)
Scénario de Jason Aaron
Dessin de « Esad Ribic, Ive Svorcina & The Asgard All-Stars »
Parution aux USA le mercredi 18 décembre 2019

On pourrait résumer ce dernier numéro de King Thor au fait que le roi Thor et Loki se battent au milieu de… rien… contre une menace désincarnée (et qui est donc inexistante) et que donc Esad Ribic ne s’est pas beaucoup embêté avec les décors. Mais ça, ce serait un constat cynique car c’est au contraire tout le reste qu’il faut regarder. Quel reste puisqu’il n’y a plus rien ? Et bien justement le fait qu’Aaron et Ribic arrivent à raconter quelque chose d’épique, la quasi-fin de l’univers, à partir de pas grand-chose. Les personnages y sont réduits à leur plus simple expression, sans artifice, sans diversion. Et en quelques pages Aaron arrive à raconter comment Thor, qu’il a montré comme un dieu faillible, se dépasse dans l’héroïsme. On avait déjà remarqué que le Thor d’Aaron, avec ses différentes incarnations, le marteau qui passe de main en main et même un « War Thor » pouvait se comparer à Doctor Who. Cette fois non seulement c’est manifeste mais c’est plus précis. Au-delà du folklore nordique et des règles du mythologie Marvel, ces dernières pages d’Aaron portent un sentiment à la « I don’t want to go », façon finale du 10ème Docteur…

« We still have one last story to tell »

Du côté de Ribic, parfois un peu attaqué pour l’aspect figé de certains de ses personnages, le dénuement des premières pages fait que lui aussi doit raconter avec peu de choses une histoire, démontrant du coup son talent de narrateur. Aaron, Ribic et leurs amis et collaborateurs envoient un message clair et net : pour lutter contre l’entropie et l’effondrement, rien ne vaut le fait de raconter des histoires. Elles contiennent notre capacité d’émerveillement, notre imagination et une force qui nous fait aller de l’avant. Coïncidence, Aaron termine le numéro avec une astuce scénaristique assez similaire à celle de Geoff Johns dans Doomsday Clock #12 cette même semaine, en promettant d’autres « incarnations » de Thor dans les années à venir. Mais la vibration est différente car Johns résonne comme quelque chose de contractuel, une sorte de carcan dont les personnages devront s’émanciper de façon cyclique. Aaron, lui, invente des versions théâtrales (dont une revisite qui un peu sa série Thors de Secret Wars). C’est la petite critique qu’on peut faire à ce numéro, certaines de ces versions ressemblent plus à des parodies et à quelque chose qu’on s’attendrait à trouver dans un « What the ? ». Mais tout le sens du propos de l’auteur est d’avoir prouvé et de continuer de dire que Thor est une idée qu’on peut réinventer sans limite. Tout ça sans écraser le passé. Comme le dit l’un des personnages, les livres ne vont pas disparaître. Comme fin de la minisérie King Thor, ce dernier numéro peut sembler une suite d’accélérations, de fins à tiroirs. Mais comme conclusion d’un run de sept ans, cela sonne comme la lettre d’amour d’un scénariste à son personnage. Une lettre d’amour totalement « worthy ».

[Xavier Fournier]