Avant-Première VO: Review DC Universe Rebirth #1[FRENCH] Il faut sauver le soldat DC, parti à la dérive ces derniers temps. Et pour l’occasion Geoff Johns convoque sa bande de dessinateurs fétiches pour partir dans un véritable métacommentaire de ce qui manque à la plupart des séries DC actuelles. Son avatar commence alors à explorer ce monde, commentant à voix haute ce qu’il y trouve. Comme un parfum de Crisis, de Flashpoint (ou plus exactement de Flashpoint à l’envers) et de quelques figures auxquelles Johns nous a habitué dans sa carrière mais qui sont diablement nécessaires dans le contexte actuel.

DC Universe Rebirth #1DC Universe Rebirth #1 [DC Comics]
Scénario de Geoff Johns
Dessins d’Ethan Van Sciver, Gary Frank, Ivan Reis, Phil Jimenez
Parution aux USA le mercredi 25 mai 2016

Ayant jeté par-dessus bord son historique en 2011, DC Comics a perdu, par la même occasion, un des éléments qui fidélisaient les lecteurs aux séries et finalement une bonne partie de sa notion d’univers… Quand les personnages, entre eux, ne semblent plus se reconnaître, difficile pour le lecteur d’éprouver de l’empathie pour eux. DC Universe Rebirth commence avec un véritable « témoin », conscient de ce qui manque dans cet univers et qui doit impérativement faire passer le message avant de disparaître pour de bon. Commence alors un certain nombre de « visites » qui ne sont pas sans rappeler ce que faisait Barry Allen dans la première Crisis quand, à l’aube de sa propre mort, il tentait de prévenir les gens en remontant dans le temps. Et ce n’est sans doute pas un « hasard » si le témoin de Johns se dépêche d’aller voir Batman, personnage dont il n’est pas spécialement proche mais qui était, dans Crisis, l’un des premiers à qui le « fantôme » d’Allen rendait visite. Batman rumine, lui, les révélations récentes de Darkseid War, dans Justice League et commence ainsi une sorte de cocktail entre orientations nouvelles et réinjection… peut-être pas d’un passé au sens littéral mais bien d’une âme, de quelqu’un qui se souvient comment les choses devraient être. Techniquement le Superman de Convergence et sa famille étaient déjà en mesure de le faire, mais ici la manière et l’emphase changent beaucoup de choses. On a le sentiment d’un point d’orgue. Je l’avais noté dans différents numéros de Comic Box mais Johns faisait de la « résistance passive ». Dès qu’il le pouvait, il revenait en arrière (par exemple l’annulation des pouvoirs organiques de Captain Cold en trois cases). Cette fois, il agit au grand jour. Par exemple quand on parle d’Atom, pas question de le montrer dans son armure façon Lemire/TV Show. On revient au canon classique. Le métacommentaire de Johns va loin, se demandant même ouvertement, à un moment, s’il en est la cause à travers Flashpoint, avant de trouver de manière oblique un autre responsable, dont l’identité fera sans doute couler beaucoup « d’encre numérique ». Mais si DC Universe Rebirth tient de Crisis ou de Flashpoint, il s’approche aussi de ces élans vers le futur que Johns glissait dans ses publications phares, au moment de Sinestro War ou du lancement de Justice Society of America, quand il était capable d’annoncer qu’à un ou deux ans de là, telle menace se préciserait.

« How could I ever forget you ? »

Ce qui est vrai, c’est que DC Universe Rebirth n’est pas un coup de baguette magique qui règle tout d’un coup. C’est au contraire l’énoncé d’un problème et le début d’une solution. Johns ramène le concept de génération, s’intéresse au passé oublié mais aussi au futur à réclamer (pas toujours de manière subtile d’ailleurs, comme lorsque deux personnes passent pour folles dans deux scènes qui se suivent). Et ça marche. Il y a de l’élan. Il y a beaucoup de promesse dans les signes, les véritables bouts de prophétie passés en revue dans ces pages (on comprend en particulier que pour ce qui est des différents Superman les choses ne s’arrêtent pas à l’escamotage de l’un d’entre eux mais qu’elles cachent quelque chose de plus profond). Certaines ne sont qu’ébauchées. Des personnages prennent conscience que quelque chose ne tourne pas rond et, pour que Rebirth remplisse véritablement son contrat, il va falloir que dans l’année ou l’année et demi à venir une véritable quête se mette en place. Vu comment les choses sont tournées, Johns a l’air de vouloir quelque chose qui, sans être tout à faire ce qui existait en 2011 s’en approcherait vraiment (la manière de faire cohabiter le souvenir des Titans avec ce qu’ils sont maintenant est un bon exemple). Du coup c’est sans doute la même chose pour la dernière partie du numéro, qui laisse augurer que la responsabilité des évènements incombe à un personnage bien connu et inattendu, personnifiant dans l’esprit de Johns un certain cynisme. Je n’ai pas réellement d’avis sur la question car, comme je le disais, DC Universe Rebirth donne l’impression que l’on ne voit que la face cachée de l’iceberg. D’ici à ce que la réalité soit très différente de ce qu’elle semble être… Le personnage qui rend visite à Superman a un nom bien particulier, par exemple, qui évoque un autre nom tiré de la même œuvre que le responsable apparent. Donc d’ici à ce qu’il y ait une machination dans la machination… En dehors du fait d’utiliser ces personnages-là et de les pousser au-delà d’une fin qui pourtant faisait l’unanimité, je ne suis pas forcément de l’avis de Johns sur le côté « personnification du cynisme », pour moi le « coupable apparent », tel qu’on le connaissait jusqu’ici, était plutôt l’incarnation d’une certaine apathie, le contraire d’un interventionniste. Mais en un sens peu importe. Son identité servira sans doute surtout à attirer l’attention. Reste à savoir ce que vaudra Rebirth, c’est à dire non pas le spécial mais l’opération globale. Car à la différence d’un Sinestro War annoncé deux ans en avance, cette fois on sait que le scénariste, appelé du côté cinéma, ne sera pas là – au moins dans un premier temps – pour garder le cap. Cela dit la manière dont cela s’articule de façon très « organique » avec le récent Titans Hunt me laisse à penser que sur plus d’une série l’élan devrait se faire ressentir. Rien que la dernière double page, avec certains personnages qu’on retrouve dans des postures familières, en bonne compagnie, avec un nouveau un « lien », laisse beaucoup d’espoir.

[Xavier Fournier]