Avant-Premire VO: Review DC Universe Rebirth #1

24 mai 2016 Non Par Xavier Fournier

[FRENCH] Il faut sauver le soldat DC, parti la drive ces derniers temps. Et pour l’occasion Geoff Johns convoque sa bande de dessinateurs ftiches pour partir dans un vritable mtacommentaire de ce qui manque la plupart des sries DC actuelles. Son avatar commence alors explorer ce monde, commentant voix haute ce qu’il y trouve. Comme un parfum de Crisis, de Flashpoint (ou plus exactement de Flashpoint l’envers) et de quelques figures auxquelles Johns nous a habitu dans sa carrire mais qui sont diablement ncessaires dans le contexte actuel.

DC Universe Rebirth #1DC Universe Rebirth #1 [DC Comics] Scnario de Geoff Johns
Dessins d’Ethan Van Sciver, Gary Frank, Ivan Reis, Phil Jimenez
Parution aux USA le mercredi 25 mai 2016

Ayant jet par-dessus bord son historique en 2011, DC Comics a perdu, par la mme occasion, un des lments qui fidlisaient les lecteurs aux sries et finalement une bonne partie de sa notion d’univers… Quand les personnages, entre eux, ne semblent plus se reconnatre, difficile pour le lecteur d’prouver de l’empathie pour eux. DC Universe Rebirth commence avec un vritable « tmoin », conscient de ce qui manque dans cet univers et qui doit imprativement faire passer le message avant de disparatre pour de bon. Commence alors un certain nombre de « visites » qui ne sont pas sans rappeler ce que faisait Barry Allen dans la premire Crisis quand, l’aube de sa propre mort, il tentait de prvenir les gens en remontant dans le temps. Et ce n’est sans doute pas un « hasard » si le tmoin de Johns se dpche d’aller voir Batman, personnage dont il n’est pas spcialement proche mais qui tait, dans Crisis, l’un des premiers qui le « fantme » d’Allen rendait visite. Batman rumine, lui, les rvlations rcentes de Darkseid War, dans Justice League et commence ainsi une sorte de cocktail entre orientations nouvelles et rinjection… peut-tre pas d’un pass au sens littral mais bien d’une me, de quelqu’un qui se souvient comment les choses devraient tre. Techniquement le Superman de Convergence et sa famille taient dj en mesure de le faire, mais ici la manire et l’emphase changent beaucoup de choses. On a le sentiment d’un point d’orgue. Je l’avais not dans diffrents numros de Comic Box mais Johns faisait de la « rsistance passive ». Ds qu’il le pouvait, il revenait en arrire (par exemple l’annulation des pouvoirs organiques de Captain Cold en trois cases). Cette fois, il agit au grand jour. Par exemple quand on parle d’Atom, pas question de le montrer dans son armure faon Lemire/TV Show. On revient au canon classique. Le mtacommentaire de Johns va loin, se demandant mme ouvertement, un moment, s’il en est la cause travers Flashpoint, avant de trouver de manire oblique un autre responsable, dont l’identit fera sans doute couler beaucoup « d’encre numrique ». Mais si DC Universe Rebirth tient de Crisis ou de Flashpoint, il s’approche aussi de ces lans vers le futur que Johns glissait dans ses publications phares, au moment de Sinestro War ou du lancement de Justice Society of America, quand il tait capable d’annoncer qu’ un ou deux ans de l, telle menace se prciserait.

« How could I ever forget you ? »

Ce qui est vrai, c’est que DC Universe Rebirth n’est pas un coup de baguette magique qui rgle tout d’un coup. C’est au contraire l’nonc d’un problme et le dbut d’une solution. Johns ramne le concept de gnration, s’intresse au pass oubli mais aussi au futur rclamer (pas toujours de manire subtile d’ailleurs, comme lorsque deux personnes passent pour folles dans deux scnes qui se suivent). Et a marche. Il y a de l’lan. Il y a beaucoup de promesse dans les signes, les vritables bouts de prophtie passs en revue dans ces pages (on comprend en particulier que pour ce qui est des diffrents Superman les choses ne s’arrtent pas l’escamotage de l’un d’entre eux mais qu’elles cachent quelque chose de plus profond). Certaines ne sont qu’bauches. Des personnages prennent conscience que quelque chose ne tourne pas rond et, pour que Rebirth remplisse vritablement son contrat, il va falloir que dans l’anne ou l’anne et demi venir une vritable qute se mette en place. Vu comment les choses sont tournes, Johns a l’air de vouloir quelque chose qui, sans tre tout faire ce qui existait en 2011 s’en approcherait vraiment (la manire de faire cohabiter le souvenir des Titans avec ce qu’ils sont maintenant est un bon exemple). Du coup c’est sans doute la mme chose pour la dernire partie du numro, qui laisse augurer que la responsabilit des vnements incombe un personnage bien connu et inattendu, personnifiant dans l’esprit de Johns un certain cynisme. Je n’ai pas rellement d’avis sur la question car, comme je le disais, DC Universe Rebirth donne l’impression que l’on ne voit que la face cache de l’iceberg. D’ici ce que la ralit soit trs diffrente de ce qu’elle semble tre… Le personnage qui rend visite Superman a un nom bien particulier, par exemple, qui voque un autre nom tir de la mme uvre que le responsable apparent. Donc d’ici ce qu’il y ait une machination dans la machination… En dehors du fait d’utiliser ces personnages-l et de les pousser au-del d’une fin qui pourtant faisait l’unanimit, je ne suis pas forcment de l’avis de Johns sur le ct « personnification du cynisme », pour moi le « coupable apparent », tel qu’on le connaissait jusqu’ici, tait plutt l’incarnation d’une certaine apathie, le contraire d’un interventionniste. Mais en un sens peu importe. Son identit servira sans doute surtout attirer l’attention. Reste savoir ce que vaudra Rebirth, c’est dire non pas le spcial mais l’opration globale. Car la diffrence d’un Sinestro War annonc deux ans en avance, cette fois on sait que le scnariste, appel du ct cinma, ne sera pas l – au moins dans un premier temps – pour garder le cap. Cela dit la manire dont cela s’articule de faon trs « organique » avec le rcent Titans Hunt me laisse penser que sur plus d’une srie l’lan devrait se faire ressentir. Rien que la dernire double page, avec certains personnages qu’on retrouve dans des postures familires, en bonne compagnie, avec un nouveau un « lien », laisse beaucoup d’espoir.

[Xavier Fournier]