[FRENCH] Suite directe de notre article d’hier car nous n’avions pas terminé d’éplucher le cas de Pep Comics #1. Non content de présenter les débuts d’un héros (le Shield) qui est bien plus que le modèle de Captain America, cette revue de l’éditeur MLJ (futur Archie Comics) vit également démarrer l’ancêtre d’un autre super-héros majeur de la Marvel.

Nous avons déjà détaillé dans la première partie de cet article les débuts du Shield et les caractéristiques oubliées de ce personnage. Nous aurions pu nous en tenir là mais ce n’est pas la seule pépite que contient ce comic book de soixante huit ans d’âge. En effet, une fois terminée l’histoire du Shield, la page suivante nous présente… The Comet. Et comme dans le cas du Shield on ne perd pas de temps à nous détailler pendant des pages les origines du bonhomme. Là aussi, tout est raconté de manière compacte dès la page de présentation : John Dickering est un scientifique qui a découvert un gaz 50 fois plus léger que l’hydrogène. Encore plus fort: il a aussi découvert qu’en s’injectant ce gaz dans les veines, il est capable de faire des bonds de géant. Bon bien sûr là aussi les enfants il nous faut souligner que s’injecter du gaz dans les veines c’est totalement dangereux et inconscient et qu’on reste songeur aux circonstances qui ont fait qu’un scientifique ait une idée si incongrue (« Tiens, et si je m’injectais un gaz ?« ). Dans les faits, la première vignette qui montre John Dickering en train de sauter au dessus des gratte-ciels est une allusion évidente au Superman de cette époque (le héros Kryptonien ne volait pas encore mais se déplaçait en sautant par dessus les immeubles). On pourrait aussi presque faire un parallèle avec Jay Garrick, le premier Flash, qui devint super-rapide en inhalant un gaz. Mais il n’y a pas grand risque que les origines de Comet soient inspirées de celle de Flash. Et pour cause : Pep Comics #1 et Flash Comics #1 sont tous les deux sortis en janvier 1940. On est donc dans le registre du hasard…

Nous n’en avons pourtant pas terminé avec les origines de Comet car dès la seconde case on nous rajoute une précision importante : L’accumulation des injections de gaz dans son sang (ah! vous voyez, je vous avais bien dit que c’était dangereux!) ont eut un effet secondaire inattendu. Désormais ses yeux irradient une énergie destructrice : tout ce qu’il regarde est immédiatement désintégré. Là aussi on serait tenté de faire un rapprochement avec la vision calorifique de Superman mais, comme dans le cas de Jay Garrick, il est trop tôt pour que Comet s’en soit inspiré. A l’époque, le Superman de 1940 en est encore aux balbutiements de ce qui deviendra sa super-vision. Il n’utilise pas encore de rayons destructeurs surgissants de ses yeux. Les rayons de Comet sont plus plausiblement inspiré des romans de SF de la première moitié du 20° siècle.

Mais vous aurez sans doute aperçu dès la première image présentée la pièce manquante pour totalement susciter l’intérêt des marvelophiles, élément rajouté dès la troisième image : Comme son regard est devenu un danger pour qui le croise, Comet s’est construit… une visière qui régule le flot meurtrier d’énergie. Dickering a en effet remarqué que la seule chose résistant au laser sortant de ses yeux c’est le verre. Et de fait aussi bien ce pouvoir que la dite visière ressemblent furieusement à ce que sera bien plus tard le Cyclope des X-Men. A plus forte raison le Cyclope des débuts puisque dans les premiers épisodes des X-Men, les costumes des mutants étaient pratiquement noirs, donnant à Scott Summers un masque identique à celui de Comet. En à peine trois cases, Comet vient d’éveiller votre curiosité, non ? John Dickering détruit sa formule de peur que quelqu’un d’autre obtienne ses pouvoirs meurtriers et devient super-héros à plein temps.

Nous entrons alors dans le vif de l’aventure. Dans le Chicago de 1940, un gang rackette les habitants en les menaçant grâce à des éprouvettes contenant le virus de la Fièvre Typhoïde. Bien sûr, menacer quelqu’un qu’on connait de le contaminer avec ce genre de maladie est à peu près aussi idiot que s’injecter du gaz dans les veines mais un ami de John Dickering prend la menace très au sérieux et lui téléphone pour lui demander de l’aide. Sans perdre de temps Comet vole jusqu’à Chicago (ne me demandez pas pourquoi, dans la première case il ne faisait que sauter et dans le reste de l’épisode il se déplace avec l’aisance de quelqu’un qui vole). Là, il s’attaque aux racketteurs et détruit même leur maison avec son laser oculaire. Puis il repart pour essayer d’empêcher les gens qu’ils ont menacé de contracté la typhoïde. Mais restés derrière, les bandits s’aperçoivent que dans les ruines de la maison la seule chose encore entière c’est le verre des fenêtres (on se souviendra que le rayon de Comet ne traverse pas le verre). Le reste du gang tapisse donc de verre son QG, en haut du Tri-State Building… Quand Comet apprend enfin que les criminels s’y cachent, il s’envole, désintègre du regard le mur mais alors qu’il s’élance comme un missile pour entrer dans l’édifice, il s’écrase contre… une plaque de verre qui se trouvait derrière la paroi. Bon, en théorie on nous avait dit que le verre était la seule chose arrêtant le rayon des yeux de Comet mais à l’évidence cette matière transparente réussit aussi, pour une raison obscure, à arrêter net un homme d’un poids normal, lancé à la vitesse d’une fusée. Elle a intérêt à être épaisse leur plaque de verre !

Là où les choses deviennent vraiment saugrenues, c’est quand les gangsters, se félicitant d’avoir ainsi arrêté Comet, le traînent à l’intérieur de leur QG pour l’abattre. Quelle idée ! A l’intérieur de la pièce, ils ne sont en effet plus protégés du tout par le point faible du héros. Sans plaque de verre, il peut les désintégrer à souhait. On notera au passage que si Comet a des superpouvoirs dignes de Superman ou d’un des X-Men, niveau moralité il est plutôt du côté du Punisher. Ca ne lui pose pas trop de problème de conscience de désintégrer ses ennemis sans autre forme de procès. D’ailleurs pour bien illustrer ce point, Comet remonte la piste du docteur qui fourni la Typhoïde aux gangsters. S’emparant de lui, il l’emmène dans les airs mais le docteur, terrifié, lui demande de le lâcher. Pas de problème, Comet s’exécute: « De toute façon le monde a déjà trop de gens comme vous » et il le lâche en plein ciel, le laissant tomber vers une mort certaine. On ne rigolait pas avec les criminels chez le Archie Comics des années 40. On ne rigolait d’ailleurs pas non plus avec les super-héros : Comet serait le premier super-héros de l’Histoire à mourir au combat, tué par des malfaiteurs dans Pep Comics #17 (1941) et ramené dans le domaine des vivants seulement 25 ans plus tard. Mais à l’évidence c’est la ressemblance Comet/Cyclope qui frappe. A priori on ne voit pas de raison pour laquelle Stan Lee et Jack Kirby auraient pu vouloir récupérer le gimmick d’un personnage disparu 22 ans avant l’invention de Cyclope. Si influence il y a, elle serait alors plutôt de l’ordre du subconscient plutôt que le résultat d’une intention. A voir comment le Shield a influé sur le costume de Captain America, il est certain que les gens de Timely/Marvel ont lu attentivement Pep Comics #1. Peut-être qu’il leur restait aussi une sorte de souvenir subliminal du héros évoluant dans la deuxième histoire du même numéro…

[Xavier Fournier]