Oldies But Goodies: Pep Comics #1 (Jan. 1940) [Part 1]

30 août 2008 Non Par Comic Box

[FRENCH] Pep Comics #1 est resté dans l’histoire pour contenir la première apparition du précurseur de Captain America, le Shield. Mais il y a plus dans ce personnage qu’une simple antériorité sur un héros plus célèbre. Même ses auteurs ont sous-estimé la puissance du concept au point de lier leur création à l’Histoire sans mesurer la richesse du choix.

D’abord un petit avertissement : Exceptionnellement  la configuration de cet Oldies But Goodies est un peu différente car il y avait tout simplement trop de choses à dire sur ce numéro de Pep Comics. J’ai donc fait le choix d’en faire un article en deux parties, dont vous aurez la suite ici. Ce qui ne veut pas dire que vous aurez aujourd’hui seulement une moitié d’article. Disons que ce week-end la rubrique est « double-size ». Maintenant passons sans plus attendre au sujet du jour, à savoir Pep Comics #1, paru en janvier 1940 chez l’éditeur MLJ (par la suite connu sous le nom d’Archie Comics). Dans ce numéro on fait la connaissance du Shield (le Bouclier), un personnage au costume bariolé selon les couleurs du drapeau américain. On nous le présente rapidement dès la première page, sans perdre de temps à nous montrer ses origines. Elles sont racontées dans un encart de texte, dans la première case. Joe Higgins est le fils d’un homme tué par des agents étrangers (nous y reviendrons plus bas). Joe décide de devenir une sorte de Bouclier protégeant à lui seul toute la nation américaine et comme il a la fibre scientifique, il s’est inventé un costume à l’épreuve des balles et des flammes, qui augmente sa force et sa rapidité. Dans sa vie « non costumée », Higgins est agent du FBI, travaillant directement sous les ordres du directeur du bureau fédéral.

Comme le Shield est en quelque sorte le prototype de Captain America, on a souvent tendance à insister sur les ressemblances entre leurs origines (tous les deux sont le résultat d’une expérience destinée à créer un homme parfait, mais hélas l’inventeur de la formule est mort, assassiné par des espions étrangers). A postériori on a donc souvent l’impression que, comme Captain America, le Shield est un personnage qui, à sa façon, anticipait de quelques années l’arrivée de la seconde guerre mondiale. Or, ceux qui s’intéressent au Shield oublient souvent que son origine «classique» n’est pas tout à fait celle qui avait été établie en janvier 1940. Oh, ce n’est pas une origine très longue puisque les auteurs ne se donnent même pas la peine de la représenter. C’est dans un encart de texte qu’on nous apprend qui est le Shield et pourquoi il existe : le scénariste précise de façon presque subliminale que le père de Joe Higgins est mort dans la «fameuse explosion de Black Tom» pendant La guerre mondiale. LA guerre mondiale parce qu’à l’époque on n’en avait connu qu’une et personne ne se doutait qu’elle ne serait que la première. Et là, il nous faut rouvrir les livres d’histoire car l’explosion de Black Tom n’a rien d’un événement fictif. Le 30 septembre 1916, des agents allemands ont fait sauter des stocks de munitions sur Black Tom Island (à proximité de New York) pour s’assurer que l’Amérique n’enverrait pas ces armes aux Alliés, en Europe. La déflagration fut suffisante pour briser les vitres sur une distance de 40 kilomètres, on estime généralement sa force à 5,5 sur l’échelle de Richter et l’explosion endommagea la Statue de la Liberté au point que depuis la visite du bras et de la torche du bâtiment en soit interdit. Bien que moins meurtrière (les sources parlent de 4 ou 7 morts) l’explosion de Black Tom fut, en terme de symbole, aussi forte qu’un Pearl Harbor ou que l’attentat du 11 septembre. Et comme en prime c’est après Black Tom Island qu’on transforma le Bureau d’Investigation en FBI, l’événement est doublement bien choisi pour expliquer la genèse d’un super-héros patriotique travaillant pour ce même FBI. Il est même étonnant – en un sens – que d’autres scénaristes ne soient pas plus inspirés de Black Tom pour justifier l’origine de tel ou tel super-héros. En un sens seulement car en même temps on ne peut que s’étonner de l’initiative de Harry Shorten de baser l’origine de son héros sur un événement vieux de 24 ans au moment de la parution de Pep Comics. Non pas que l’opinion publique avait totalement oublié Black Tom mais il est probable que pour les lecteurs (assez jeunes à l’époque), 24 ans c’était un peu comme un autre siècle. Peut-être est-ce pour cela que par la suite l’éditeur s’employa à oublier la mention de Black Tom dans les origines de son patriote masqué. Ca n’a l’air de rien mais cette mention mineure de Black Tom est aussi une des premières mentions du monde réel dans une aventure de super-héros et elle trace la voie pour des allusions plus directes aux conflits. Dans cette référence à un attentat de la première guerre mondiale il y a déjà la petite graine menant bien des mois plus tard à la couverture de Captain America #1, où Cap casse la figure à Hitler.

Mais le Shield n’est pas qu’un Captain America avant Captain America. Historiquement on pourrait même dire que cette ressemblance avec celui qui l’a en partie copié a souvent faussé le regard des historiens des comics. Ce n’est pas qu’un héros patriote indestructible mais aussi un héros chimiste, capable (en tout cas dans les premières années) de faire grandir son arsenal au fur et à mesure des missions. On sent alors une sorte de rapprochement avec Batman. Encore que là aussi il faut souligner que les épisodes où Batman transforma sa Batcave en laboratoire – lui permettant de forger de nombreux gadgets – sont parus bien plus tard. Dans la pratique, le Shield peut , lui, se rajouter des superpouvoirs à la demande : Dans Pep Comics #1, le directeur du FBI demande à Higgins d’infiltrer un réseau d’espions étrangers qui sont venus aux USA pour y préparer des attentats (bien sûr c’est un nouveau écho fait aux événements de Black Tom). Sauf que le scénariste n’est visiblement pas trop chaud pour accuser les allemands, deux ans avant l’entrée de l’Amérique dans la seconde guerre mondiale. Du coup les agents étrangers sont identifiés comme des «Stokians» (dans les numéros suivant le Shield affrontera aussi des Mosconians, allusion évidente à des Soviétiques).

Higgins se rend à l’Hôtel Braganza, où se trouvent les espions mais on lui refuse l’accès de l’ascenseur. Il ne peut accéder aux étages. Il ne lui reste donc qu’une solution, enfiler son costume de super-héros et profiter de ses nouvelles capacités, en particulier pouvoir… adhérer aux murs. Et si on fait abstraction du style désuet du dessin, le Shield commence alors à ramper sur les parois de l’Hôtel Braganza