[FRENCH] Si Charles & Daniel Knauf étaient mal castés pour chroniquer les aventures d’Iron Man (ou s’accommodaient mal des incessants crossovers qu’on leur filait dans les pattes), ils sont visiblement plus à l’aise sur Eternals. En une poignée d’épisodes ils se sont emparés de la série (alors que passer derrière Neil Gaiman impliquait une certaine pression). Eternals #4 ne ralentit pas le rythme, avec des guest-stars, de l’action, du mystère. Bref, tout ce qu’il faut !

Eternals #4 [Marvel] Scénario de Charles & Daniel Knauf
Dessin de Daniel Acuna
Sortie aux USA le 4 septembre 2008

Ils vivent parmi nous depuis des millénaires mais peu d’auteurs ont vraiment mesuré les implications de la présence des Eternals dans l’Histoire de l’univers Marvel. Visiblement les Knauf ont décidé d’amener petit à petit la question sur le tapis, comme le prouve le flashback qui ouvre cet épisode. Il y est question d’un homme en armure attaquant Sersi et ses semblables il y a quelques dizaines siècles et là où je pensais qu’on allait nous en apprendre sur Gilgamesh (suite à la conclusion de l’épisode du mois dernier), j’ai eu l’agréable surprise de découvrir un ennemi bien connu des X-Men. En parallèle des événements récents d’Uncanny X-Men qui ont vu converger les mutants dans la ville qui abrite le Dreaming Celestial, tout ça converge de manière assez organique et pourrait même, qui sait ?, nous préparer un crossover en bonne et due forme.

Ce quatrième épisode consiste en une suite de scènes qui continuent de creuser la mentalité rénovée de chaque Eternal. Jusqu’ici les deux scénaristes ont fait le choix de ne pas trop exposer Ikaris (l’Eternel le plus charismatique dans les séries Eternals d’avant Gaiman) et cela permet aux autres de briller. Sersi confronte donc Tiamut pour savoir ce qu’il fait à son amant et cela va donner une discussion brève mais lourde de sens, où l’on découvre que Makkari n’est pas le seul à avoir un rôle dans les événements à venir. Et par extension peut-être que tous les Eternals ont un rôle préprogrammé ? Trop tôt pour le dire mais la perspective est intéressante. Plus « humaine » est la discussion impliquant Zuras, Makkari et Joey, le fils de Théna. Zuras évolue visiblement vers le rôle de papy gâteau après pourtant avoir mis Théna en garde devant la folie d’avoir des enfants mortels. Cela dit ça ne sonne pas comme une contradiction mais plus comme une réaction d’un grand-père qui, après avoir fait la tête à sa fille pour le choix de son mari, fini par se faire attendrir par son petit-fils. Plus dure sera sans doute la chute d’ici quelques temps…

Daniel Acuna continue d’être excellent sur ce titre (à mon sens mieux utilisé que dans ses Flash, alors que pourtant j’y aimais bien sa prestation) et dessine avec la même aisance les diverses factions d’Eternals que les occasionnels guest-stars. Ici, il a droit à Iron Man et au S.H.I.E.L.D., cet épisode montrant bien que Tony Stark n’en a pas fini avec les héros de la série et qu’il tolère mal l’idée d’une « menace » telle que le Dreaming Celestial dans son Amérique si bien cadrée par l’Initiative. Là aussi ce genre de scène continue d’asseoir la place des Eternals dans l’univers Marvel et ce n’est pas plus mal. Je sais qu’il existe certains puristes de Kirby qui voudraient que cette série existe en dehors des canons habituels de l’éditeur, sans crossover, mais Kirby lui-même avait choisi d’utiliser dès la première page d’Eternals vol.1 #1 le même professeur Damian qui avait découvert la Sentry Kree des années plus tôt dans Fantastic Four. Il me semble donc que le King avait tranché dès le début et que tenir les Eternals dans leur coin, à s’occuper seulement d’histoires d’Eternels, finirait par les asphyxier. Si la Terre entière est en danger, c’est quand même mieux si on a la preuve que d’autres citoyens du même monde sont concernés. Et vue la scène, on n’a sûrement pas vu Iron Man pour la dernière fois dans cette série…

Reste alors de revenir aux conséquences de la fin du dernier épisode et à Gilgamesh qui, du coup, n’est l’ami d’aucune des deux factions en place. Sa première rencontre « moderne » avec ses semblables est pour le moins musclée puisque ce gars est au bas mot du même niveau que Hulk (ou le Red Hulk ?). Ceux qui viennent le voir en auront pour leur argent, c’est certain et continueront de souffrir même après le message d’annonce du numéro suivant (d’ailleurs la scénographie des deux cases finales est assez humoristiques). La série continue d’être aussi captivante et son intrigue s’étale sur au moins quatre fronts différents. Si rien n’est véritablement « Eternel » on espère que ce titre pourra s’installer dans la durée avec la même équipe créative car pour l’instant le résultat est tout à fait convainquant et on voudrait bien plusieurs dizaines d’épisodes du même tonneau. Allez, tavernier, on reprendra la même…

[Xavier Fournier]