Noël approche et nous avons décidé de vous proposer un calendrier de l’avent avec un « Top 10 » des albums à (re)découvrir ou à offrir. Une fois n’est pas coutume, les ouvrages proposés sont en version française. Pour conclure ces coups de cœur 2020, nous terminons par l’édition collector de Doomsday Clock.

Doomsday Clock – Édition Collector [Urban Comics]
Scénario de Geoff Johns
Dessin de Gary Frank
Parution en France le 27 novembre 2020

Dire que cette saga a été attendue est un euphémisme. Initiée en mai 2016 à travers le numéro spécial DC Universe: Rebirth #1, Doomsday Clock est une maxi-série de douze épisodes. Malgré un succès à son lancement en 2011, le reboot de l’univers DC, appelé le « New 52 » et effaçant au passage presque soixante-dix ans de continuité, enchaînait les erreurs et avait du mal à convaincre les lecteurs de la première heure. Sous l’impulsion de Geoff Johns, DC lança une « renaissance » pour corriger toutes ces erreurs de continuité entre les diverses séries. Dans le one-shot de 2016, on apprenait que Flash (Barry Allen) n’était pas le seul responsable de la continuité New 52. Un être omnipotent avait « annulé » plusieurs années et avait changé l’existence de plusieurs héros, en supprimant notamment les héros du Golden Age, comme la Justice Society of America, ou des héros « doublons » comme Wally West. Ce dernier revient en force dans les dernières pages de ce numéro. Wally est l’un des symboles de l’héritage DC. D’abord acolyte de Flash/Barry Allen, il prend la suite au décès de son mentor pour devenir Flash pendant presque 30 ans. Un an plus tard vint le crossover « The Button » entre les séries Batman et Flash. Les deux héros tentaient de résoudre le mystère d’un mystérieux badge apparu dans la Batcave à la fin de DC Universe: Rebirth #1. Les lecteurs avaient reconnu le badge du Comédien, héros du comic book Watchmen. On comprenait que les personnages du récit d’Alan Moore et Dave Gibbons jouaient un rôle dans les changements apportés à l’univers DC. Doomsday Clock est donc la consécration de tous ces événements. Les Watchmen rencontrent les héros DC. Vont-ils améliorer ou empirer les choses ?

« Mieux vaut tard que jamais. »

Le récit de Geoff Johns est complexe. Amoureux des héros « classiques », le scénariste a à cœur de les ramener au sein des comics DC. Son affection pour Superman, en particulier, est présente à travers chaque page. Surtout dans le dernier chapitre, où l’Homme d’Acier est plus pro-actif. Il est l’âme de DC pour bien des raisons… Une constante, qui malgré des multiples « reboot », demeure essentielle. Considéré comme une suite à Watchmen (même si cette déclaration vient de l’ex-éditeur en chef de DC, Dan Didio, et non de Johns lui-même)  les petits écueils de cette aventure ne seront pas du goût des fans des « Gardiens ».

Graphiquement, c’est le comparse de Johns, Gary Frank qui s’y colle… et c’est à cause de lui que la maxi-série a connu bien des retards. Du coup, lors de sa sortie aux USA, ces retards à répétition ont entraîné une perte d’intérêt. Surtout quand on sait qu’entre temps ont été diffusés les premiers épisodes de la série TV Watchmen sur HBO, offrant une suite bien plus intéressante à l’aventure d’Alan Moore. Heureusement, cette version collector d’Urban Comics a deux avantages. D’abord, le lecteur peut découvrir l’intégralité de Doomsday Clock sans avoir à attendre des mois. Ensuite, ce format « prestige » grand format permet de contempler tous les détails des planches du dessinateur. Avec son style droit et précis, on retrouve l’ambiance visuelle de Dave Gibbons sur Watchmen. Le découpage en neuf cases sur de nombreuses pages renforcent ce sentiment. Mais ce sont les couleurs de Brad Anderson qui amènent cette œuvre dans la modernité. Chaleureuses et explosives, elles donnent un sentiment positif, jusqu’à exploser dans les dernières doubles pages. En bonus, les différentes couvertures alternatives. Pas de croquis ou de making-of. On s’en consolera tant l’ouvrage est massif et impressionnant.

[Pierre Bisson]