C’est ce vendredi 15 janvier que la première série télévisée Marvel Studios arrive sur Disney+ partout dans le monde (et ça veut dire aussi en VF). WandaVision est d’ailleurs une série doublement télévisée puisque les personnages principaux semblent prisonniers du petit écran. Disney nous a permis de regarder en avant-première les premiers épisodes (les deux diffusés ce vendredi et celui de la semaine prochaine. Notre opinion sur cet exercice de style qui détonne par rapport aux précédentes productions du studio.

MA SORCIÈRE (ROUGE) BIEN AIMÉE ?

Wanda Maximoff et l’androïde Vision sont un couple de jeunes mariés… ou pas. Ils ne souviennent pas de depuis combien de temps ils sont mariés. Ils ne souviennent pas où ils habitaient avant d’arriver dans une petite banlieue aux codes figés. Ils ne souviennent même pas de ce que veut dire le cœur marqué sur le calendrier. Ils savent qu’ils sont heureux et cela leur suffit. Mais il leur faut, bien sûr, cacher à tout le voisinage que Vision est un androïde et que Wanda a des super-pouvoirs…

« WANDA ! VISION ? »

L’an dernier la série Falcon & Winter Soldier était supposée marquer dans l’été l’arrivée du Marvel Cinematic Universe chez Disney+ et la toute première série télévisée « Marvel Studios » (les shows comme Marvel’s Agents of S.H.I.E.L.D. ou Jessica Jones ayant été produits sous l’égide d’une autre branche, feu Marvel Television). La COVID et les confinements ayant eu raison des plannings de tournage, c’est donc finalement cette semaine WandaVision qui ouvre le bal. On se gardera donc bien de voir une intention dans la forme. Cependant le message « méta », quand bien même involontaire, tombe plutôt à propos. Les deux premiers personnages du MCU à arriver sur Disney+ sont donc… deux individus piégés dans un univers qui fait référence à la télévision d’hier, au point de reprendre le format 4:3, le noir et blanc, les éclairages et même le jeu des acteurs des années cinquante/soixante. L’allusion à des séries comme Ma Sorcière Bien Aimée est assumée (au point d’en retrouver des échos dans la bande son) mais aussi, de manière plus subtile, à des shows plus anciens comme I Love Lucy. Ça, en tout cas, c’est la surface des deux épisodes diffusés cette fin de semaine (avant que la situation évolue un peu).

RÉFÉRENTS

On avait laissé Wanda dans les dernières minutes d’Avengers: Endgame, en 2019, pleurant toujours la destruction de son androïde chéri, Vision, un film plus tôt. L’impression que donnaient les bandes annonces c’était donc que la « Sorcière Rouge » avait utilisé ses pouvoirs pour se créer un monde idéal où son chéri existerait toujours. Les premiers épisodes de WandaVision nous livrent une situation beaucoup plus complexe, où les deux héros n’ont pas l’air totalement conscients de leur identité et de leur passé, ne maîtrisant pas grand-chose. Qui plus est certains voisins, sympathiques mais envahissants, ont l’air eux aussi d’avoir quelques secrets. Passée l’allusion à des séries télévisées vintage, le démarrage de WandaVision nous fait penser un comic-book qui n’est pas édité par Marvel : le Black Hammer de Jeff Lemire, chez Dark Horse, où des super-héros se retrouvent prisonniers d’un « univers de poche » et obligés de vivre un semblant de normalité. Plus exactement WandaVision nous évoque quelque chose à mi-chemin entre ce Black Hammer, le film Blue Velvet de David Lynch ou encore Truman Show.

« NOUS VENONS DE… »

Même si WandaVision intègre un certain nombre de références plus ou moins avouées, plus ou moins accidentelles, n’en déduisez pas que la série fait passer à l’arrière les racines « comics » des personnages. Au contraire on peut trouver, déjà, référence à la maxi-série Vision & Scarlet Witch de 1985, où les deux héros tentaient déjà de s’installer dans une petite banlieue (encore que ce ne soit pas la même ville). Les scénaristes sont même allés jusqu’à glisser quelques personnages secondaires de cette maxi. Le générique de fin intègre de son côté des effets de brique qui nous évoquent la matérialisation des pouvoirs à l’époque de House of M. Les gages de respect de la nature des personnages sont là pour qui sait les reconnaître. Reste à comprendre exactement ce qui se passe. Et c’est là où la série pique l’intérêt du spectateurs. À travers plusieurs indices visuels (notamment des coupures pubs au milieu de chaque épisode), tout le monde ira de son hypothèse. Kevin Feige et Jac Shaeffer (la showrunneuse) sont assez malins pour ne pas faire de clins d’oeil qu’aux fans de la première heure. Tout le monde est servi, que vous soyez lecteurs de comics, spectateurs des productions Marvel Studios (ou les deux à la fois) et même si vous rencontrez les héros pour la première fois. Bien sûr, chacun n’aura pas la même référence mais l’aspect « mystère » permet d’entretenir le suspens (du moins pour ces trois premiers épisodes).

DU GLAM ET DE L’ILLUSION

Marvel Studios ne choisit pas une approche « facile » pour lancer la série. Si on compare avec une autre série Disney+, à la fin du premier épisode on avait les bases de la problématique de la série, le chasseur de prime décidant de prendre soin d’un enfant. Là, le but du jeu semble être de… deviner les règles du jeu. Les fans de comics sont d’une certaine manière avantagé sur ce terrain. Encore que cela ne permet pas obligatoirement de trancher. Ils peuvent à ce stade aussi bien imaginer que Wanda et Vision sont prisonniers de quelqu’un, que Wanda a reconstruit une partie du monde selon ses souhaits ou bien, allez savoir, qu’on est dans quelque chose qui tient du Pleasant Hill de Nick Spencer (dans Avengers Standoff). Le téléspectateur fan des dérivés télévisés de Marvel aura tout le loisir de se demander si la situation n’est pas proche de la saison 4 d’Agents of S.H.I.E.L.D, avec quelque chose de similaire au « framework » (la mention d’un collègue de Peter Parker pourrait aller en ce sens, mais c’est peut-être un leurre).

« C’EST SI… SOKOVIEN »

L’approche n’est pas « facile » non plus car elle n’est pas rapide, pas hyperactive et, disons-le franchement, une fois qu’on a compris le catalogue d’allusions, les deux premiers épisodes avancent très lentement. Il y a bien, à chaque fois, une progression, mais elle est mineure au début et les deux premiers épisodes auraient gagné à être comprimés en un seul épisode. En ce sens, Disney+ a raison de les diffuser ensemble, d’un coup, ce vendredi. Même si cela n’effacera pas quelques longueurs, on arrive ainsi à un changement de situation important pour le couple. Le rythme ne s’accélère qu’au troisième épisode. Pour pousser encore plus loin la ressemblance avec la sitcom, les acteurs ont joué devant un public pour le premier épisode. Les rires qu’on entend sont donc (en partie) de vrais rires. Mais on ne fait pas que rire dans WandaVision. Chaque épisode connaît un moment « étrange » où la réalisation bascule. Comme si nous étions avec les personnages dans un mauvais rêve…

ÉTRANGE LUCARNE

WandaVision s’impose comme une série barrée et baroque, avec deux personnages prisonniers d’une réalité qu’ils ne maîtrisent pas vraiment. Elle est, sur ce plan, un peu à classer avec Legion ou certains épisodes de Doom Patrol mais, on l’a dit, avec un rythme beaucoup plus lent à ce stade (ceci dit il faut souligner que les épisodes durent une demi-heure, cultivant le parallèle avec la Sitcom, et que ce format explique aussi le rythme). Se pose aussi la question de savoir quel est le public visé. Les jeunes spectateurs qui s’attendent à voir deux super-héros balançant des rayons dans des combats façon les films des Avengers risquent d’être surpris, d’autant que les allusions à des séries TV vieilles d’une soixantaine d’années risquent de les laisser froid. À moins d’en faire un exercice familial où les plus vieux expliqueront les easter eggs aux plus jeunes. Visuellement, le noir et blanc des premiers épisodes aura de quoi surprendre. On se demande même où est passé le budget tant les décors sont simples et les effets spéciaux peu nombreux. Il faut attendre le troisième épisode pour comprendre l’ampleur de la production. La série repose donc avant-tout sur son duo d’acteurs, parfaits à chaque situation. WandaVision nous done un démarrage très lent et on se gardera bien d’avoir un avis définitif à ce stade.

[Xavier Fournier & Pierre Bisson]

WandaVision – À partir du vendredi 15 janvier sur Disney +