Après une brève apparition durant le crossover Elseworlds l’hiver dernier, Batwoman a enfin le droit à sa propre série. Petit retour en arrière pour découvrir les origines de Kate Kane et sa transformation en justicière. Un épisode pilote bien maîtrisé qui arrive à capter l’attention et donne envie d’en voir plus.

« YOU TAKE AFTER YOUR COUSIN »

Quand les spectateurs ont découvert Kate Kane (Ruby Rose) dans Arrow l’année dernière, elle était déjà pleinement accompli dans son rôle de Batwoman. Les showrunners Greg Berlanti (superviseur du Arrowverse) et Caroline Dies (Vampire DiariesSmallville) ont choisi de revenir aux sources et de montrer comment Kate en est venue à enfiler le masque de son cousin. Car oui, la jeune femme est la cousine de Bruce Wayne, alias Batman. Elle a perdu sa soeur et sa mère dans un tragique accident de voiture dans sa jeunesse. Elle s’oriente ensuite vers une carrière militaire, mais son homosexualité n’est pas bien vu au sein de l’armée et elle est renvoyée avant d’avoir été diplômée. Son père, Jacob Kane (Dougray Scott), ancien militaire, dirige l’agence de sécurité CROWS. Depuis la mystérieuse disparition de Batman, Kane dirige la sécurité de Gotham City, la police n’étant pas capable de gérer seule. Une nouvelle criminelle dénommée Alice (Rachel Skarsten, ex-Dinah Drake de Birds of Prey) s’en prend aux CROWS et capture Sophie (Meagan Tandy), la protégée de Jacob et l’ex de Kate. Il n’en faut pas moins pour ramener cette dernière à Gotham. Partie s’entraîner pour espérer intégrer les CROWS, Kate va trouver une autre voie en découvrant les secrets de sa famille. Elle sera aider par Luke Fox (Camrus Johnson), le « petit génie » de Wayne Entreprises.

« I NEED YOU TO FIX HIS SUIT »

Ce premier épisode balance beaucoup d’infos qu’il va falloir « absorber » pour comprendre chacun des personnages. Si en général les « pilotes » sont plutôt laborieux, il n’en est rien ici. Les protagonistes sont présentés de façon clair. Certes, des points de scénarios restent en suspens mais il faut bien tenir sur 22 épisodes ! On se doute que la raison de l’absence de Bruce, les raisons de l’accident de Kate et sa famille dans son enfance, l’origine exacte d’Alice seront explorées tout au long de la saison. La trame mélange plusieurs moments dans la vie de Kate. Par exemple, l’accident, son renvoi, sa rencontre avec Alice sont des éléments provenant des histoires de Greg Rucka, co-créateur de l’héroïne, dans Detective Comics. Par contre, son « partenariat » avec Luke Fox, Jacob en leader des CROWS font plus penser à l’ère Detective Comics par James Tynion IV. Et tout ça se mélange sans mal.

CHICAGOTHAM

Pour le pilote, les producteurs ont choisi de tourner le maximum de scènes extérieures à Chicago. Les séries du Arrowverse (Supergirl, Flash, Arrow, Legends) sont habituellement tournées à Vancouver, en studio et en extérieur. Il est donc courant de s’apercevoir que une rue de Central City ressemble beaucoup à une allée de Star City… Dans Batwoman, les scènes en studio sont également tournées à Vancouver (pratique pour les crossovers par exemple). Mais pour les extérieurs, la ville de Chicago offre un tout autre point de vue. Le choix de cette ville n’est pas anodin puisque que c’est là que Christopher Nolan a tourné sa trilogie Batman. Du coup, on ne peut s’empêcher de penser à certaines scènes marquantes de la trilogie, comme la scène de poursuite dans Dark Knight. On retrouve ici des rues et des bâtiments qui évoquent tout de suite Gotham City dans l’imaginaire du spectateur. D’ailleurs, le dernier acte avec Alice et ses terroristes réfugiés dans un immeuble en construction est un parallèle évident avec l’affrontement final de Dark Knight et le combat entre la vilaine et la justicière évoque celui de Heath Ledger et Christian Bale dans le long métrage. Le choix de Luke Fox évoque aussi Morgan Freeman interprétant Lucius Fox (le père de Luke) dans TDK. Comme dans toutes les séries du Arrowverse, il faut un « geek de service » pour aider le héros avec les nouvelles technologies. Il a donc des emprunts à Felicity de Arrow ou Cisco de Flash. D’autres éléments visuels rappellent la trilogie de Nolan, comme l’ascenseur dans la tour Wayne, le pistolet grappin… Même si le costume de Batman fait lui penser à celui de Batgirl dans Batman & Robin de Joel Schumacher. Il est d’ailleurs étrange que les pectoraux du Chevalier Noir soient autant mis en avant sur sa tenue… Comme si il se disait déjà qu’une femme le revêtirait un jour (on n’est pas loin des « bat-tétons » des années 90).

« SO I HAVE THIS THING WITH RULES »

L’un des thèmes abordés dans la série est bien entendu la sexualité de son héroïne (le contraire serait incompréhensible, puisque cela fait partie d’elle). On attendait au tournant de voir comment les créateurs de la série allaient aborder ce sujet. Ils choisissent de ne pas trop insister. Kate est gay. Ce n’est pas tabou ou juste montré par des allusions. La jeune femme est renvoyée de l’armée pour avoir ouvertement flirté avec une camarade mais ce n’est pas un point qui revient sans cesse dans le scénario. Certains diront que c’est l’une des caractéristiques principales de la personnalité de Batwoman et qu’il faut insister dessus. D’autres trouveront cela normal de ne pas confiner le personnage à cause de son orientation sexuelle. Faisons un parallèle avec James Bond : Bond a une identité sexuelle qui fait partie de ses aventures, qui en devient même un trait de caractère. Mais Bond reste un agent secret. Là, la « bat-balance » est en train de se mettre en place. L’héroïne ne vas certainement pas s’excuser ou se cacher de mener sa vie comme elle l’entend (ce serait une trahison). Mais par ailleurs elle reste une justicière totalement compétente et une forte tête. Un premier épisode plein de promesses. Une réalisation soignée même si le manque d’action laisse un sur sa faim (en comparaison avec Arrow, par exemple). Ruby Rose se défend très bien dans le rôle et semble bien plus à l’aise que dans le crossover. Si après cet épisode de mise en place la série trouve plus de tension, elle aura atteint un rythme de croisière intéressant.

[Pierre Bisson]