[FRENCH] Vous pensiez que le S.H.I.E.L.D. n’était qu’une super agence de contre-espionnage ? Faux : ce n’était que la partie visible de l’iceberg. Le Shield existe depuis l’aube des temps, sorte de confrérie des grands esprits de l’humanité dédiée à protéger la Terre à des époques où aucun super-héros ne pouvait s’en charger…

S.H.I.E.L.D. #1 [Marvel] Scénario de Jonathan Hickman
Dessin de Dustin Weaver
Parution aux USA le mercredi 7 avril 2010

Jonathan Hickman (Secret Warriors, Fantastic Four…) a transformé l’idée du S.H.I.E.L.D. en une sorte de confrérie séculaire qui a réunit les plus grands génies (Léonard de Vinci et quelques autres) pour s’assurer que la Terre survivrait coute que coute aux attaques de menaces comme les Broods ou Galactus. Par extension, tout inventeur ayant réellement existé est susceptible d’apparaître dans cette série, armé d’une sorte de gadget « steampunk » qui servira à repousser la fin du monde. Le moins qu’on puisse dire est que cette série est exotique. Déjà, le dessin de Dustin Weaver s’y emploie, zappant de style et d’ambiance selon les époques évoquées. Ensuite il y a bien entendu la palette des époques concernées, qui donne du grain à Hickman pour tisser sa toile. A la lecture de ses Secret Warriors ou de ses Fantastic Four, il semble évident qu’Hickman est une sorte de scénariste-cartographieur. Mis à part un épisode des FF où il a mis à mal la Terre parallèle de la Fantastic Force, le reste du temps il s’arrange toujours pour que chaque arc ou même épisode soit marqué par l’apparition d’une cité oubliée ou d’une organisation secrète. Avec S.H.I.E.L.D. (ça va être « pratique » pour ne pas confondre avec la série The Shield de DC), Hickman a donc l’outil idéal pour tisser sa trame. On vient, en gros, de lui donner la main mise sur tout le passé de l’univers Marvel. Et ce n’est sans doute pas une mauvaise chose. En un sens il y a même dès ce premier épisode un sens « cartographique », le sentiment d’une direction, qui manque par exemple à une série comme The Marvel Project (encore que je me demande si S.H.I.E.L.D. ne finira pas par en absorber des aspects, car il me parait difficile de croire que ce Shield rétroactif n’aurait pas joué un rôle dans la création de Captain America). J’apprécie aussi la référence aux parents Stark et Richards, déjà mentionnée dans le passé dans des séries comme Conspiracy ou Citizen V. Il y a donc une texture très riche…

Hickman est donc un bon « peupleur » d’univers ou d’historique. Il n’a cependant pas une grosse expérience en terme de comics et il lui reste des choses à apprendre sur la gestion des personnages. Souvent (et c’est le cas dans Secret Warriors tout comme dans S.H.I.E.L.D.) il voit les événements sous les yeux de personnages nouveaux, avec lesquels il est difficile de s’identifier vu le peu de choses qu’on sait. C’est le cas ici avec Leonid et Night Machine, personnages visiblement centraux mais avec lesquels on a bien peu d’empathie. C’est sur cet aspect que le scénariste devra faire preuve d’une progression dans les numéros à venir. L’autre souci du concept c’est qu’il banalise certaines menaces « cosmiques »: si les égyptiens se sont débrouillés à repousser les Broods à coups d’épées et de bouclier, s’il n’y a pas eu besoin des Fantastic Four pour repousser Galactus dans le passé cela donne l’impression que l’humanité se débrouillera de toute façon. Et dès lors on se demande un peu à quoi servirait les super-héros dans l’univers Marvel. Mais il est certain que S.H.I.E.L.D. va poser des jalons historiques dont, par la force des choses, on finira par reparler. Une série à surveiller donc…

[Xavier Fournier]