Review : Spider-Man : Brand New Day

Review : Spider-Man : Brand New Day

28 juillet 2026 0 Par Pierre Bisson

Cinq ans après Spider-Man: No Way Home, l’Homme-Araignée du Marvel Cinematic Universe tisse enfin sa toile sur grand écran. Une éternité à l’échelle d’un univers où les productions s’enchaînent à un rythme effréné. Si Tom Holland reprend naturellement le costume de Peter Parker, Destin Daniel Cretton hérite d’une mission particulièrement délicate : ouvrir un nouveau chapitre après une première trilogie qui semblait avoir trouvé sa conclusion idéale.

Avec son titre, Brand New Day annonçait clairement la couleur. Après les événements de No Way Home, Peter Parker n’existe plus aux yeux du monde. Son identité a été effacée des mémoires de tous, y compris de ses proches. Il ne lui reste que son costume, sa responsabilité… et une ville entière à protéger. Une situation qui rappelle directement le célèbre arc des comics dont le film emprunte le nom, tout en prenant rapidement sa propre direction.

Lorsque l’histoire débute, plusieurs années ont passé. Spider-Man est devenu le protecteur incontournable de New York. Les habitants connaissent désormais sa silhouette rouge et bleue, la police collabore régulièrement avec lui par l’intermédiaire de la capitaine Jean DeWolff, et le héros a déjà mis derrière les barreaux plusieurs criminels. Pourtant, derrière cette réputation de justicier exemplaire se cache un jeune homme plus isolé que jamais. Ned Leeds (Jacob Batalon) et MJ (Zendaya) ont refait leur vie sans le moindre souvenir de lui. Peter continue malgré tout à les observer de loin, notamment grâce aux réseaux sociaux, comme s’il refusait d’abandonner complètement une existence qui ne lui appartient plus.

Cette solitude est brutalement interrompue lorsqu’un mystérieux individu capable de manipuler l’esprit de ses victimes s’attaque au Damage Control, l’organisme chargé de gérer les technologies extraterrestres et les affaires impliquant les êtres surhumains. Pour stopper cette menace, Spider-Man devra s’associer à un allié aussi inattendu que radical : Frank Castle, alias le Punisher (Jon Bernthal), tandis que Bruce Banner (Mark Ruffalo) viendra également semer les trouble-fêtes.

Enfin Spider-Man… et plus seulement Peter Parker

Là où Brand New Day surprend, c’est qu’il est probablement le premier film du MCU dans lequel Peter Parker existe enfin par lui-même.

Depuis son apparition dans Captain America: Civil War, cette incarnation du personnage a toujours été définie par quelqu’un d’autre. D’abord le jeune protégé de Tony Stark dans Homecoming, puis le héros embarqué malgré lui dans la guerre contre Thanos, avant de devoir gérer l’héritage d’Iron Man dans Far From Home. Même No Way Home, pourtant centré sur Peter, reposait largement sur la nostalgie du multivers et la présence des Spider-Man de Tobey Maguire et Andrew Garfield.

Ici, plus personne ne lui dicte sa conduite. Peter n’est plus « le Spider-Man des Avengers ». Il est simplement Spider-Man. Celui qui protège son quartier, qui prend ses décisions seul et qui assume enfin pleinement les conséquences de ses choix.

Cette indépendance passe également par son intelligence. Les comics ont toujours présenté Peter Parker comme l’un des plus brillants scientifiques de l’univers Marvel. Brand New Day remet enfin cette facette en avant. Contraint de se débrouiller sans les ressources de Stark Industries, Peter développe lui-même une technologie particulièrement avancée, allant jusqu’à concevoir une intelligence artificielle destinée à l’assister dans ses enquêtes et sa lutte contre le crime.

Sur le papier, certains pourront y voir une manière de recréer artificiellement la relation qu’il entretenait avec Tony Stark. Pourtant, l’idée fonctionne étonnamment bien. Dans une société où les assistants intelligents font désormais partie du quotidien, il paraît finalement assez logique qu’un jeune génie scientifique comme Peter cherche à concevoir son propre outil de travail. La différence est essentielle : cette fois, cette technologie n’est plus un héritage. Elle est le fruit de son propre génie.

Grandir, c’est aussi apprendre à perdre

Sous ses airs de blockbuster spectaculaire, Brand New Day raconte finalement une histoire très intime : celle du passage à l’âge adulte.

Peter ne lutte plus seulement contre des super-vilains. Il affronte une réalité beaucoup plus universelle : celle de devoir avancer alors que les personnes qui comptaient le plus pour lui poursuivent leur chemin sans lui.

Comme beaucoup de jeunes adultes, il découvre que grandir signifie parfois accepter que certaines relations appartiennent désormais au passé. Les amitiés évoluent, les premiers amours deviennent des souvenirs et certaines décisions ne peuvent plus être annulées. Spider-Man peut sauver des inconnus chaque jour, mais Peter Parker comprend qu’il ne peut pas sauver sa propre vie personnelle.

Cette évolution pourrait d’ailleurs avoir des conséquences bien plus importantes qu’il n’y paraît pour l’avenir du MCU. En essayant de stopper son évolution, les découvertes de Spidey pourrait bien provoquer des conséquences dramatiques par la suite.

Cette idée se retrouve également dans le traitement de l’antagoniste principal. Sans révéler son identité, difficile de ne pas voir où le scénario souhaite emmener le spectateur. Le véritable danger apparaît rapidement comme le nez au milieu de la figure tant les indices sont nombreux. Pour autant, cette prévisibilité ne constitue pas réellement un défaut. L’intérêt réside moins dans la révélation que dans ses implications. Au regard de son importance dans les comics, difficile de croire que Marvel Studios ait introduit ce personnage pour une seule apparition. Tout laisse penser que les conséquences de Brand New Day continueront de se faire sentir dans les prochaines phases du MCU.

Un héros qui n’est finalement jamais seul

On pouvait penser que ce nouveau départ serait l’occasion d’effacer une partie du passé pour reconstruire entièrement l’entourage de Peter Parker. Après tout, plus personne ne connaît son identité. Le terrain semblait idéal pour introduire progressivement des personnages emblématiques comme Harry Osborn, Gwen Stacy ou Felicia Hardy.

Marvel Studios et Sony préfèrent pourtant jouer la carte de la continuité. MJ et Ned demeurent naturellement au cœur du récit, tandis que le Punisher ou Hulk viennent rappeler que Spider-Man appartient toujours au vaste univers partagé.

Ce choix se comprend aisément. Pour une grande partie du public, le Spider-Man de Tom Holland est indissociable de ces personnages. Les supprimer brutalement aurait sans doute produit le même effet qu’une suite d’Harry Potter sans Ron ni Hermione.

Le revers de la médaille est un récit parfois un peu trop chargé. Certains personnages, à l’image de Tombstone, peinent à justifier pleinement leur présence et donnent davantage l’impression d’être là pour satisfaire les fans que pour servir l’intrigue principale.

Une complicité qui transcende l’écran

Cette densité de personnages fonctionne néanmoins grâce à un casting particulièrement solide.

Après près de dix ans passés ensemble, Tom Holland, Zendaya et Jacob Batalon dégagent une complicité qui dépasse largement le cadre de la fiction (n’oublions pas que Zendaya et Holland se sont mariés depuis). Quelques regards suffisent à faire comprendre ce que Peter ressent sans qu’il soit nécessaire d’en rajouter.

Même constat concernant Jon Bernthal. L’opposition permanente entre les méthodes expéditives du Punisher et l’optimisme presque naïf de Spider-Man produit plusieurs des meilleurs dialogues du film. Là encore, l’alchimie entre les deux acteurs, amis de longue date depuis leurs auditions respectives, apporte une authenticité bienvenue.

Enfin, Sadie Sink confirme tout le bien que l’on pensait d’elle. Une fois passée la stratégie marketing consistant à cacher son personnage, l’actrice s’impose rapidement comme l’une des révélations du film.

Ça swingue !

S’il fallait retenir une qualité immédiatement perceptible, ce serait sans doute la mise en scène de l’action.

Destin Daniel Cretton semble avoir compris qu’un combat de Spider-Man ne repose pas uniquement sur les coups échangés mais sur le mouvement permanent. Les affrontements exploitent pleinement l’agilité du héros, les déplacements gagnent en lisibilité et plusieurs séquences tournées en décors réels offrent une sensation de vitesse rarement atteinte dans le MCU.

Les amateurs des jeux Marvel’s Spider-Man d’Insomniac Games retrouveront immédiatement cette impression grisante de traverser Manhattan en se balançant d’immeuble en immeuble. La verticalité redevient un véritable outil de mise en scène et non plus un simple décor numérique.

Le MCU, pour le meilleur… et parfois pour le pire

Comme souvent chez Marvel Studios, Brand New Day déborde de références aux comics, aux séries et aux précédents films.

Cette densité narrative rappelle finalement le fonctionnement d’une bande dessinée où il est rare de commencer par le premier numéro d’une série. Lorsque Spider-Man retrouve le Punisher, leur relation existe déjà. Le film ne perd pas de temps à tout expliquer et fait confiance au spectateur.

En revanche, certaines apparitions donnent davantage le sentiment de cocher une case du cahier des charges Marvel que de répondre à une nécessité scénaristique. À plusieurs reprises, on sent le besoin de rappeler que Spider-Man fait partie du MCU, quitte à ralentir légèrement le récit.

Spider-Man : Brand New Day n’est peut-être pas la révolution que son titre pouvait laisser espérer, mais il accomplit quelque chose d’essentiel : il permet enfin au Spider-Man de Tom Holland de devenir pleinement lui-même.

Plus mature, plus autonome et débarrassé de l’ombre permanente des Avengers, Peter Parker entame une nouvelle étape de sa vie qui pourrait avoir des répercussions majeures sur l’avenir du MCU.

Surtout, le film remet enfin New York au centre de l’aventure. La ville retrouve une importance qu’elle n’avait plus réellement depuis les films de Sam Raimi. Elle n’est plus un simple décor, mais un personnage à part entière. Ses rues, ses immeubles et ses habitants participent pleinement au récit et rappellent combien Spider-Man est indissociable de la Grosse Pomme.

On pourra simplement s’interroger sur un choix devenu presque systématique au cinéma : comme dans la plupart des adaptations, les New-Yorkais semblent vouer un véritable culte à leur héros. Une vision qui fonctionne émotionnellement mais qui s’éloigne sensiblement des comics, où les campagnes du Daily Bugle et de J. Jonah Jameson font régulièrement de Spider-Man un justicier controversé, parfois même détesté par une partie de la population.

Qu’importe. Brand New Day ouvre bel et bien un nouveau chapitre pour le Tisseur. Un chapitre plus intime, plus adulte et surtout plus personnel, qui donne enfin le sentiment que Peter Parker est devenu le héros que le MCU préparait depuis près de dix ans.

Spider-Man : Brand New Day – Sortie le 29 juillet au cinéma

[Pierre Bisson]

Photos by: Courtesy of Sony Pictures