Review : Lanterns – Saison 1 – Episodes 1 à 7

Review : Lanterns – Saison 1 – Episodes 1 à 7

14 août 2026 0 Par Pierre Bisson

Nous avons eu l’occasion de découvrir les sept premiers épisodes des huit que compte la première saison de Lanterns. Suffisant pour constater que le nouveau show de HBO préfère le polar à la pyrotechnie, avec une enquête pas si terre à terre que ça et surtout un duo d’acteurs qui porte la série à bout de bras.

Green Lantern, version fait divers

Rushville, Nebraska. Un terrain de football, une poignée de cadavres et une petite ville américaine qui aurait préféré ne pas attirer l’attention. Pour Hal Jordan, pourtant, quelque chose cloche. Et pas seulement parce qu’une tuerie de masse n’est jamais vraiment une bonne nouvelle. Nous sommes en 2016 et Jordan est alors l’unique Green Lantern de la Terre. Les Gardiens de l’Univers lui confient une nouvelle mission : former John Stewart, jeune recrue appelée à devenir son apprenti. Le problème, c’est que Hal Jordan n’a pas franchement le profil du professeur enthousiaste. Après plus de dix ans de service, le héros semble avoir fait le tour de la question. Il continue de porter son anneau, de réciter son serment et de remplir ses missions, mais l’étincelle n’est plus vraiment là. Alors quand une alerte les conduit tous les deux à Rushville, il accueille surtout son nouveau partenaire comme une contrainte supplémentaire. Sur place, les deux Green Lantern découvrent une scène de crime particulièrement violente. Jordan est rapidement convaincu que l’affaire implique des extraterrestres. La population locale, elle, est nettement moins enthousiaste à l’idée de voir débarquer un super-héros lui expliquer que les petits hommes verts pourraient être responsables. Pour résoudre l’affaire, Hal va donc devoir composer avec la police locale, une communauté méfiante et un apprenti qui n’a visiblement pas l’intention de lui faciliter la tâche. Et c’est là que Lanterns devient intéressante. Car derrière ses anneaux lumineux et ses références à l’immense mythologie DC, la série veut avant tout raconter une enquête. Une enquête avec des suspects, des secrets, des non-dits et cette bonne vieille mécanique du « tout le monde cache quelque chose ». Le surnaturel s’invite progressivement dans le tableau, mais HBO prend soin de ne pas sortir immédiatement l’artillerie lourde. Warner Bros. nous ayant demandé de ne pas spoiler la série, nous nous garderons bien de révéler ce qui se cache derrière le mystère initial. Disons simplement que l’affaire mise en place dans le premier épisode sait suffisamment intriguer pour maintenir l’attention jusqu’au septième. Et que la série réserve quelques changements de direction dans son dernier tiers. Pour le reste, motus. Même chose concernant Sinestro, dont le rôle, interprété par Ulrich Thomsen, s’avère loin d’être anecdotique. On aurait envie d’en dire davantage, mais Lanterns fonctionne aussi parce qu’elle sait distiller ses informations. Autant lui laisser le bénéfice de la surprise.

De la galaxie à HBO

Il faut dire que Lanterns revient de loin. Le projet traîne depuis plusieurs années dans les cartons de DC, avec à l’origine Greg Berlanti, l’un des grands architectes du Arrowverse, aux commandes. À cette époque, l’ambition était nettement plus vaste : Alan Scott, premier Green Lantern de l’histoire des comics, devait notamment être au centre du récit, tandis que la série devait naviguer entre différentes périodes et incarnations du personnage. Une sorte de grande fresque Green Lantern, donc. Sur le papier, difficile de ne pas être intrigué. Dans la réalité, les questions budgétaires ont fini par rattraper le projet. HBO et DC Studios ont alors revu leur copie et recentré la série autour d’une enquête policière. Exit, ou presque, la grande fresque cosmique. Bonjour le Nebraska. Le changement de cap n’est pas anodin. En matière de super-héros, les Green Lantern font partie des personnages qui peuvent rapidement coûter très cher à mettre en scène. Leurs pouvoirs reposent littéralement sur la création de constructions d’énergie verte : voitures, armes, véhicules, créatures, bâtiments… tout peut sortir de leur imagination. Une véritable invitation à faire exploser le budget effets spéciaux. En transformant le projet en polar, Lanterns peut donc se permettre de rester plus longtemps les pieds sur Terre. La référence revendiquée est True Detective, série anthologique de HBO qui transforme l’enquête criminelle en voyage mental et existentiel, privilégiant les personnages torturés, les atmosphères poisseuses et les mystères qui dépassent le simple fait divers. Une influence assez évidente ici, même si Lanterns ne cherche heureusement pas à devenir un simple copier-coller de Rust Cohle et Marty Hart avec des anneaux lumineux. Et puis, malgré ce recentrage, les constructions vertes sont bien là. Lanterns n’est pas une série Green Lantern qui aurait honte de ses super-pouvoirs. Elle choisit simplement de les utiliser avec davantage de parcimonie. Une économie plutôt bienvenue, qui permet à chaque apparition de l’anneau de conserver un certain impact. À l’écriture et à la production, Chris Mundy, déjà passé par Ozark et True Detective, s’entoure de Damon Lindelof, scénariste de Lost et de Watchmen, ainsi que de Tom King, auteur majeur de plusieurs séries de comics DC. Un casting de scénaristes qui donne rapidement la priorité à ce qui fait fonctionner une bonne série policière : les personnages. Et, sur ce terrain, Lanterns marque des points.

Deux hommes, deux méthodes

Le meilleur argument de la série tient finalement dans deux noms : Kyle Chandler et Aaron Pierre.

Hal Jordan et John Stewart auraient pu n’être qu’une nouvelle déclinaison du traditionnel duo de flics que tout oppose. Le vieux briscard blasé et la jeune recrue pleine d’avenir. Le premier improvise, le second respecte les règles. Le premier parle trop, le second observe. Le premier pense avoir tout compris, le second n’est pas certain d’avoir envie de l’écouter. Mais Lanterns prend le temps de leur donner un peu plus d’épaisseur. Hal Jordan n’est plus le héros flamboyant que l’on pourrait attendre. Il a connu ses heures de gloire et semble désormais vivre dans leur ombre. Son engagement auprès des Gardiens ressemble davantage à une habitude qu’à une vocation. Il fait son boulot. Point. Cette forme de lassitude pourrait rendre le personnage profondément antipathique. C’est même souvent le cas. Et c’est précisément ce qui fonctionne.

Kyle Chandler, éternel coach Taylor de Friday Night Lights — ou Gary Hobson pour les plus anciens qui se souviennent de Demain à la Une — joue Hal Jordan avec une sobriété redoutablement efficace. Il parle vite, répond sèchement, semble constamment agacé par la personne qui lui fait face. Tout est pensé pour rendre Hal difficile à supporter. Et pourtant, derrière cette carapace, Chandler laisse constamment transparaître le héros qui refuse de disparaître. Son Jordan n’est pas un loser. Il est un ancien champion qui sait qu’il n’est plus tout à fait au niveau. Nuance importante. Face à lui, Aaron Pierre donne à John Stewart une présence immédiatement évidente. Ex-Marine, discipliné, méthodique, il n’est pas le petit jeune venu prendre des notes derrière son mentor. Stewart sait ce qu’il veut et, surtout, il n’est pas prêt à accepter n’importe quoi sous prétexte que Jordan a dix ans d’expérience de plus. Plus jeune que son homologue des comics, ce John Stewart est avant tout un homme d’action. Pierre lui donne une retenue bienvenue, sans jamais le transformer en simple faire-valoir. Le personnage avance avec une certaine raideur, mais aussi avec une vraie force intérieure. Entre les deux, ça crépite. Pas nécessairement de manière spectaculaire, mais dans les dialogues, les silences et les regards. Le rapport de force évolue d’un épisode à l’autre. Ils se testent, se jugent, se supportent plus qu’ils ne s’apprécient. Puis commencent progressivement à comprendre ce que l’autre peut leur apporter. C’est du buddy movie, du polar et du récit initiatique en même temps. Et c’est sans doute là que Lanterns trouve sa meilleure idée. Kelly Macdonald complète efficacement le trio dans le rôle de Kerry Kane, la shériffe de Rushville. Elle apporte ce qu’il faut de répondant face à la dose de testostérone du tandem Jordan-Stewart. Son personnage permet également de maintenir le récit dans son registre policier : aussi puissants soient-ils, les deux Green Lantern ne débarquent pas dans le Nebraska avec un permis de tout casser.

Le DCU en embuscade

L’autre enjeu de Lanterns, évidemment, est sa place dans le nouvel univers DC orchestré par James Gunn et Peter Safran. La série appartient à la même continuité que Superman, Supergirl, Creature Commandos et Peacemaker. Mais plutôt que de transformer chaque épisode en chasse au caméo, DC Studios semble ici préférer une stratégie beaucoup plus subtile. La série raconte sa propre histoire et laisse régulièrement traîner quelques miettes destinées aux amateurs de comics. Le choix de placer une grande partie de l’intrigue en 2016 est particulièrement malin. Il permet à Gunn, Safran et Mundy de disposer d’un espace narratif relativement libre. Les personnages peuvent exister avant que le nouveau DCU ne soit véritablement installé, et la série n’a pas besoin de répondre à toutes les questions posées par Superman. Évidemment, il serait naïf de penser que cette date a été choisie au hasard. Des villes et des noms bien connus de l’univers DC apparaissent ou sont évoqués ici et là. Autant de petits cailloux qui permettent de comprendre que Rushville n’est pas un cul-de-sac narratif. Et puis il y a Guy Gardner. Déjà largement aperçu dans les bandes-annonces, Nathan Fillion reprend évidemment le rôle. Sa présence est importante pour la cohésion de l’ensemble et permet surtout de mieux situer Hal Jordan dans la hiérarchie et l’histoire des Green Lantern. Là encore, Lanterns ne donne pas l’impression de vouloir forcer la connexion. Elle laisse simplement les portes entrouvertes. La présence future d’Aaron Pierre dans Man of Tomorrow, la suite de Superman annoncée pour l’été prochain au cinéma, montre toutefois que John Stewart est appelé à jouer un rôle plus important dans le DCU. Et après ce que propose Lanterns, l’idée est plutôt réjouissante.

Le vert est-il vraiment la couleur du polar ?

Après sept épisodes, il reste pourtant une frustration : celle de ne pas avoir vu le huitième. Parce que la série donne envie de connaître la réponse à ses questions. Et ce n’est pas forcément une évidence dans une série de super-héros contemporaine, où l’on connaît parfois les réponses avant même que les personnages aient commencé à poser les questions. Lanterns fonctionne parce qu’elle prend son mystère au sérieux. Elle ne cherche pas à tout expliquer immédiatement. Elle accepte les temps morts, les conversations et les personnages qui prennent parfois des chemins de traverse. Ce choix a toutefois son revers. Certains épisodes sont longs. Pas nécessairement dans leur durée — autour de cinquante minutes — mais dans leur rythme. Les dialogues s’étirent, certaines scènes donnent parfois l’impression de tourner autour de leur sujet avant d’arriver à destination. C’est une qualité lorsqu’on veut installer une atmosphère. Cela devient un défaut lorsque le spectateur commence à regarder l’horloge. Et c’est peut-être le principal problème de Lanterns en diffusion hebdomadaire. Le modèle fonctionne à merveille lorsque chaque épisode se termine sur un cliffhanger suffisamment puissant pour déclencher l’attente. Ici, certains chapitres sont davantage conçus comme des morceaux d’un ensemble. Le risque est donc réel de voir une partie du public décrocher au bout de deux ou trois épisodes avant de revenir pour le final. En revanche, pour qui accepte son tempo, la proposition est suffisamment singulière pour retenir l’attention. Les personnages sont bons, le casting est excellent et l’enquête réserve suffisamment de surprises pour donner envie de continuer. Le reste du casting est à l’avenant, même si certains personnages secondaires flirtent parfois avec la caricature. Mais là encore, difficile de reprocher à Lanterns d’assumer son décor de petite ville américaine et ses figures de « rednecks » parfois un peu trop bien dessinées. Le contraste entre cette Amérique rurale et la dimension cosmique des Green Lantern est même l’un des plaisirs de la série. On aimerait vous parler davantage de Sinestro, de ce qui se joue dans le dernier tiers ou encore de certains événements qui viennent sérieusement rebattre les cartes. Mais Lanterns mérite mieux qu’une critique qui lui retirerait ses quelques effets de surprise. Car la bonne nouvelle, finalement, est là : après sept épisodes, on veut voir le huitième. Et derrière ce constat très simple se cache une réussite plus importante. Lanterns aurait pu être une nouvelle série de super-héros cherchant à prouver que le nouveau DCU a les moyens de ses ambitions. Elle choisit plutôt de commencer par une scène de crime, deux flics improvisés et une petite ville du Nebraska. Le pari était risqué. Il s’avère plutôt payant. La série ne révolutionne pas le polar télévisuel, et elle ne révolutionne pas non plus l’univers Green Lantern. Mais elle trouve un ton, une ambiance et surtout un tandem capable de faire vivre les presque cinquante minutes d’un épisode sans avoir besoin de sortir l’anneau à chaque plan.

Reste désormais à savoir si le dernier épisode saura transformer l’essai. Pour l’instant, le verdict tient en une formule : un bon vieux polar de HBO, quelques extraterrestres, beaucoup de secrets et deux Green Lantern qui feraient probablement mieux de ne jamais devenir colocataires.

Et franchement, on signe pour la suite.