[FRENCH] De nos jours le terme « Young Avenger » est conjugué au pluriel et généralement associé à l’équipe des « Jeunes Vengeurs » (Patriot, Wiccan…). Dans les années 40, la firme Marvel/Timely était loin de se douter qu’elle publierait un titre Avengers tout court. Et pourtant il y avait déjà un Young Avenger. Un jeune héros intrépide qui, pour mettre en déroute les espions étrangers, pouvait compter sur la force d’Hercule… Comment ça « Encore un ? ».

En août 1941, l’Amérique n’est pas encore entrée dans la Seconde Guerre Mondiale mais chez Timely Comics le clou a déjà été largement enfoncé avec la sortie, quelques mois plus tôt, du premier numéro de Captain America Comics, sur la couverture duquel le héros du titre donne un coup de poing à Hitler. Captain America n’était, sur le plan politique, que la continuation des éléments établis plus discrètement quelques mois plus tôt lors de la parution du premier Marvel Boy dans Daring Mystery Comics #6 (qui, sans aller jusqu’à Hitler, cassait déjà ouvertement des nazis). Mais contrairement à Marvel Boy, le bon Captain attirera l’attention des foules. C’est alors, en termes de comics, un des principaux succès de son époque. Dès lors l’éditeur cherche alors le moyen de capitaliser sur cette vague de super-patriotisme en vue d’une guerre qui n’a pas commencé. C’est rapidement le lancement d’une autre série, un dérivé partiel de Captain America : les Young Allies (équipe de jeunes héros menés par Bucky, l’assistant du héros adulte). Puis dans la foulée les héros patriotiques se multiplient chez Timely. On lance également USA Comics, une anthologie dont près de la moitié des membres ont un thème similaire à Captain America. A côté de héros plus variés tels que le Whizzer ou Jack Frost, on croise donc des personnages au nom évocateur comme The Defender, Mister Libery ou, donc, le Young Avenger qui nous intéresse ici plus particulièrement…

Fruit de la vague patriotique qui balayait l’univers Marvel du Golden Age, le Young Avenger doit sans doute son nom à une volonté d’attirer le public des Young Allies et, par extension, de bien montrer qu’il est raccroché à la même thématique que Captain America. A l’inverse, ce qui peut surprendre, c’est que le costume du jeune héros n’utilise absolument pas le « code couleur » du drapeau américain. Là où la plupart de ses collègues s’habillent dans du bleu et du rouge à n’en plus finir, le Young Avenger, lui, est vêtu… d’orange et de vert. Difficulté supplémentaire : les auteurs (seul le dessinateur est crédité: Michael Robard, pseudonyme de Mike Royer si j’en crois la préface du Marvel Masterworks réimprimant ces épisode) ne nous donneront pas de détail quand à l’origine du personnage. Il apparait en costume dans la case d’introduction de l’épisode avec un court texte de présentation: « Un jeune avec la force d’un Hercule, le courage d’un lion et le cœur d’un combattant. Le jour il est Bill Bryan mais la nuit il devient le Young Avenger… Que les espions, les meurtriers et les gens de la cinquième colonne fuient car le Young Avenger est en route… ».

En fait, on va prendre plus de soin à nous présenter ses adversaires, qui se cachent « Dans la partie sud de l’état de New York, loin des routes fréquentées, dans un manoir à l’apparence peu amicale… ». Les hommes sont en costume militaire mais les mots « nazi » ou « allemand » ne seront jamais précisément lâchés. Il y a bien une swastika qu’on verra quelques cases plus loin mais elle est en partie cachée. Tout est organisé comme si Timely avait voulu désigner les nazis mais s’était gardé une porte de sortie si on avait voulu le lui reprocher. Et pourtant le nom du chef des saboteurs, Eric Von Himmel, ne nous pousse très certainement pas à croire que le gang pourrait être d’origine mexicaine ! Von Himmel se félicite du taux d’infiltration de ses hommes au sein des États-Unis et se prépare à frapper un grand coup en projetant de détruire le soir même une usine liée au secteur de l’aviation. En fait il est assez facile de comprendre qu’en termes de continuité cette « cinquième colonne » est le même réseau qu’on voyait déjà dans la seule aventure de « Mercury in the 20th Century » dans Red Raven Comics #1 et dans la mission de Marvel Boy parue dans Daring Mystery Comics #6. Dans les trois cas les saboteurs sont de culture germanique (même si l’adversaire de Mercury était Rudolph Hendler et que le pays était nommé Prussland) et le réseau utilise un système de noms de code qui utilise le même système d’une lettre affublée d’un chiffre). La satisfaction de Von Himmel rappelle également énormément celle des adversaires de Marvel Boy, lesquels se félicitaient, eux, qu’il y aurait bientôt autant d’espions que d’américains dans le pays. Bref, une lecture attentive des trois histoires laisse à penser qu’il s’agit d’espions nazis (et donc forcément liés à un certain niveau). Par exemple on peut très bien lire une aventure des Young Allies de la même période et y trouver des espions nazis sans forcément reconnaître les mêmes méthodes ou la même terminologie. Ici, si on regarde les détails, on a bien l’impression que c’est le même réseau qui continue la même mission (essentiellement les saboteurs vus dans l’histoire de Young Avenger donnent l’impression d’être la faction restante de ce que Marvel Boy avait pu combattre quelques mois plus tôt). C’est une nouvelle fois un signe d’une continuité commune qui s’ignore dans les titres Timely de l’époque…

Mais pendant qu’il expose son plan Eric Von Himmel ne prend pas garde à une ombre derrière lui. Une « ombre qui écoute » tout ce qu’il dit… Et qui n’appartient à aucune des personnes dans la pièce. Car l’ombre en question est un être autonome et si vous êtes des fidèles de la rubrique elle devrait elle aussi vous être familière… Dans la partie « East Side » de la ville de New York un jeune homme est tiré de son sommeil. Il s’agit de Bill Bryon (notez que dans le paragraphe d’introduction on nous parlait d’un Bill BRYAN et non BRYON). L’Ombre se penche sur lui et lui murmure qu’il doit se réveiller, que son aide est nécessaire ce soir. L’Ombre explique alors que des agents ennemis menace une usine cette nuit et qu’il va falloir suivre ses instructions. Arrivé à ce stade, certains d’entre vous seraient peut-être tentés de penser que nous sommes en train de vous refiler le même article que celui sur Daring Mystery Comics #6 en se contentant de changer les noms propres. Car si l’organisation nazie est essentiellement la même, l’Ombre qui conseille le Young Avenger est visiblement celle qui veillait déjà sur Marvel Boy !!! Et rappelons nous que Marvel Boy était la réincarnation d’Hercule qui luttait contre la cinquième colonne tandis que le Young Avenger, tel qu’il nous a été présenté, utilise la force d’un Hercule pour repousser lui aussi la Cinquième Colonne. Pourquoi ? Comment ? Les auteurs auraient-ils pensés baser plusieurs héros sur une origine commune ?

Non, la vérité est autre. Quand Bill Bryon se lève pour enfiler son costume de super-héros, le doute n’est plus permis. L’uniforme du Young Avenger est le même que celui de Marvel Boy ! On s’est contenté changer les couleurs et de retirer les lettres MB qui barraient la poitrine de Marvel Boy. Plus tard, dans diverses cases de l’épisode, il semblera qu’une sorte de « X » pointillé apparait sur le torse du Young Avenger, comme si d’autres lettres avaient un temps été prévues (un Y encastré dans un A ?) ou comme si on avait voulu lui donner des bretelles croisées (façon Martian Manhunter) et que le plan avait été changé au moment de la colorisation. Il n’en reste pas moins que le premier et seul épisode officiel du Young Avenger est en fait officieusement la seconde aventure de Marvel Boy qu’on a recolorié et dont on changé les dialogues ! Le Young Avenger, c’est Marvel Boy 1.2 ! Ce qui explique que les adversaires soient cohérents, qu’on nous parle d’Hercule ou que l’Ombre mystérieuse qui donne des conseils soient identiques… Quand aux raisons qui ont pu pousser Timely/Marvel à ce maquillage, plusieurs théories circulent. Certains avancent que « Marvel Boy », énormément basé sur le principe de Captain Marvel et Shazam, se serait attiré les foudres de Fawcett (alors propriétaire du Captain Marvel). Timely aurait alors préféré changer de nom et repartir sur de nouvelles bases. Mais on peu en doute puisqu’entre 1940 et 1951 Marvel publiera les aventures de trois Marvel Boys différent (le dernier, celui qui opère de nos jours au sein des Agents of Atlas sous le nom d’Uranian, aura même sa propre revue portant son nom au début des 50’s). Si vraiment la société Marvel avait eut peur d’une riposte de Fawcett, elle n’aurait pas fini par lancer un titre portant ce nom !

Une autre possibilité (qui me parait plus plausible) c’est que le premier Marvel Boy était sans doute trop en avance sur son temps en 1940. La Seconde Guerre Mondiale était lointaine pour l’Amérique et surtout les américains qui sympathisaient avec l’Allemagne avaient encore pignon sur rue. On sait qu’à la sortie de Captain America Comics #1 en 1941 l’éditeur reçut des lettres de menaces… On imagine qu’en 1940 s’attaquer aux nazis était une chose encore moins évidente dans une BD destinée aux enfants et qu’elle aura sans doute valu des réactions négatives du même type que celles qui contestaient Captain America. Sauf qu’en 1940 Marvel Boy n’avait pas le poids d’un Cap. C’est sans doute quelques lettres de parents furieux qui avaient causé l’escamotage de Marvel Boy. En août 1941, Captain America Comics #1 était passé par là, l’opinion publique n’était plus tout à fait la même qu’en 1940 et c’est sans doute pour cela qu’on publiait un épisode resté au placard pendant quelques mois. C’est sans doute parce qu’elle a été réalisée avant que les héros Marvel déclarent ouvertement la guerre aux nazis que l’histoire du Young Avenger ne désigne les Allemands du que bout des lèvres. Mais si le temps était venu de ressortir les fonds de tiroir et de relancer Marvel Boy, pourquoi ne pas le faire sous son nom, avec ses couleurs d’origine ? La situation est exactement la même que ce que nous avons pu voir pour Mercury/Hurricane. Là aussi il s’agissait d’une série rebaptisée et relettrée pour transformer un héros en un deuxième personnage « inédit ». La situation était simple : pas de marché d’occasion, pas de système de réimpression ou de recueils en TPB. Un lecteur à qui on aurait dit « voilà le deuxième épisode de Marvel Boy, reportez-vous à son origine parue il y a un an dans une autre revue » n’aurait sans doute pas eu la moindre idée de ce dont on lui parlait.

Vêtu non pas de rouge et de bleu mais de vert et d’orange, le Young Avenger s’élance donc les rues à la recherche des saboteurs de Von Himmel que lui a signalé l’Ombre. Le dessin de Mike Royer insiste sur l’effet de vélocité et l’impression donnée est que le Young Avenger semble se mouvoir plus comme un super-rapide (du même type que Flash, le Whizzer ou Hurricane) que comme un garçon qui se déplacerait à vitesse normale. Dans le même temps le commentaire, lui, ne dit rien d’une rapidité particulière. Une donnée inconnue persiste donc dans l’équation des pouvoirs du Young Avenger (et par extension de Marvel Boy). Est-il en plus doué capable de courir à une vitesse surhumaine ? Le lecteur est libre d’en déduire ce qu’il veut. A partir de là le jeune héros retrouve les saboteurs qui allaient détruire l’usine et, une nouvelle fois, l’architecture du récit est exactement celle de Daring Mystery Comics #6 : les espions sont rossés par le super-héros, qui arrive à leur arracher des informations. A partir de là le Young Avenger (parfois appelé Avenger tout court part le commentaire) reprend sa quête et se dirige vers le repaire de Von Himmel. Ce qui repose à nouveau, de façon induite, la question de la vitesse à laquelle se déplace le Young Avenger. Entre un appartement de l’East-Side et un repaire qui lui se trouve dans le sud de l’état, en passant par un crochet dans une usine qui ne peut décemment pas se trouver dans New York, le Young Avenger doit accomplir dans un temps restreint un parcours qui totalise plusieurs dizaines de kilomètres. Puis vient il finit par découvrir la cachette de la Cinquième Colonne, qu’on voit pour l’occasion de l’extérieur. Et quelle surprise puisqu’il ne s’agit pas du tout d’un endroit qui passe inaperçu. C’est au contraire un énorme château (sans doute parce que les adversaires sont européens ?) digne d’un parc de Walt Disney. Autant dire qu’une telle forteresse, peuplée d’hommes en uniforme militaire, aurait tôt fait d’attirer l’attention même si elle est situé « loin des routes fréquentées » (comme on nous le disait en début d’épisode). Curieuse définition de « l’infiltration » et on se demande comment des agents si peu subtils peuvent espérer pouvoir se glisser dans la population…

Le Young Avenger se glisse donc dans le château mais est rapidement découvert et les hommes de Von Himmel arrivent à lui faire perdre conscience en utilisant un gaz qui semble avoir un double effet. En effet non seulement le héros perd connaissance mais à son réveil ses pouvoirs semblent pour une bonne partie neutralisés. Les agents de Von Himmel ont eut le temps de l’attacher avec des chaînes et visiblement, en tout cas dans un premier temps, la force herculéenne du Young Avenger n’est plus de mise. Ce qui fait que, rétroactivement, on peut se demander si le gaz de Von Himmel n’est lié à celui utilisé par d’autres nazis sur les héros de la série The Twelve. Peu importe, car une fois passé la scène traditionnelle où le méchant nous sert un tirade triomphante sur son futur succès, la force de Bill Bryon lui revient (si Von Himmel lui avait tiré une balle dans la tête au lieu de perdre son temps à des bravades, tout aurait changé). A partir de là le Young Avenger n’a aucun mal à venir à bout de la bande (heureusement pour lui personne n’a l’idée d’utiliser à nouveau le même gaz). Une fois les saboteurs arrêtés (sauf Von Himmel lui-même, qui s’enfuit en avion en promettant de se venger), le Young Avenger reprend donc la route du domicile de sa famille et l’histoire en elle-même s’achève sur la mère de Bill qui lui sert son petit déjeuner en lui demandant s’il a passé une bonne nuit, imitant là aussi une des scènes finales de l’histoire de Marvel Boy. Et d’ailleurs le mimétisme entre les deux héros irait encore plus loin puisque, comme Marvel Boy, le Young Avenger n’aura qu’une aventure unique, restée sans suite. L’explication, cette fois, tient sans doute au fait que Martin Goodman et Timely recherchait sans doute quelque chose qui se rapprochait plus d’un Captain America. Le Young Avenger est depuis réapparu dans une ou deux scènes de groupes montrant les héros du Golden Age ce qui non seulement démontre qu’il reste « valide » dans la continuité moderne mais laisse aussi à penser que Bill Bryon a connu « hors champ » une carrière de super-héros qui a duré au moins jusqu’à la fin de la guerre. Encore que… Rien ne prouve que c’est Bill Bryon. L’Ombre, qui avait déjà distribué des costumes similaires à deux garçons du même âge, peut aussi bien avoir continué d’allonger la liste…

D’ailleurs en un sens c’est la présence commune de l’Ombre et cette répétition du concept de « force herculéenne » qui pose question. D’accord, dans le cas de Marvel Boy, il était clairement établi qu’il était la « réincarnation d’Hercule ». On avait même en ouverture du récit une courte scène qui montrait l’Olympe, Jupiter et Hercule pour démontrer la « véracité » des faits. Dans le cas du Young Avenger on est plus général. On parle de la force d’UN Hercule sans parler de filiation ou de réincarnation particulière. Mais puisque l’Ombre vue aux côtés de Marvel Boy a visiblement une nature « mythologique » (dans Daring Mystery Comics #6 on se demandait si elle était en fait Jupiter ou bien le fantôme d’Hercule), comment penser que celle qui guide le Young Avenger (et qui est selon toute vraisemblance la même entité) pourrait avoir une autre nature ? Dès lors on imagine mal cet « esprit » utiliser le terme de « force d’un Hercule » à la légère. Si on tente « seulement » de faire cohabiter Marvel Boy et Young Avenger dans une même continuité cohérente, l’explication la plus rapide serait de dire que l’âme d’un dieu du panthéon gréco-romain est peut-être trop « puissante » pour être contenue dans un seul corps de mortel et qu’elle se serait divisée entre différents bébés nés à la même date. D’où le côté « double emploi » de Marvel Boy et de Young Avenger. Ça, cela vaut pour une continuité qui se bornerait à rechercher la cohérence entre les scènes parues dans les années 40. Dans le sens de l’univers Marvel moderne, la théorie du « Hercule éclaté » n’en est pas une puisqu’à l’évidence le dieu de la force à refait surface (et est devenu, entre autres choses, membre des Vengeurs), qu’il n’était pas « mort » dans les années 40, pouvait redescendre de l’Olympe quand il le désirait et ne risquait donc pas de se réincarner, encore moins de réincarner plusieurs fois d’un seul coup. Sans parler du fait que le Hercule de référence de Marvel est un colosse brun et barbu tandis que celui qu’on voit se faire réincarner par « Jupiter » dans Daring Mystery Comics #6 est blond !

On pourrait alors tenter de résoudre la contradiction apportée par Younggg Avenger et Marvel Boy en appliquant la même solution utilisée par Roger Stern pour comprimer les héros Mercury et Hurricane et les lier l’Éternelll Makkari, sachant que les Eternals ont pratiquement un homologue pour chaque dieu du panthéon classique. Mais là aussi on connait par ailleurs le membre des Eternals qui peut se confondre avec Hercule : Gilgamesh, aliasle Forgotten One, qui fut également membre des Avengers dans la continuité moderne. Mais Gilgamesh ne semble pas avoir été « mort » dans les années 40. Qui plus est le processus de réincarnation des Eternals (tel que montré dans la mini-série écrite Neil Gaiman) évite d’avoir à « grandir » comme un enfant mortel. Et les Eternals n’auraient aucune raison de s’embêter à manipuler de jeunes garçons. Enfin, Gilgamesh, comme le Hercule des Vengeurs, est lui aussi brun. Le seul Eternal qui corresponde à la description et dont on sait qu’il s’intéresse de longue date au sort de la race humaine est Ikaris (le protagoniste principal des Eternals tels que créés par Jack Kirby dans les années 60). A partir de là il serait possible d’imaginer que ce n’est pas Hercule qui demande à Jupiter de réincarner sur Terre mais bien Ikaris qui demanderait à Zuras de procréer des enfants semi-mortels pour intervenir. Martin Burns et Bill Bryon seraient des hybrides humain/Eternal et l’Ombre appartiendrait en fait à Ikaris, qui guiderait sa propre progéniture. Mais malgré les ressemblances des scènes d’introduction des origines de Marvel Boy et Mercury, Makkari/Mercury/Hurricane peut intervenir directement dans les affaires des humains avec la bénédiction de Jupiter/Zuras sans en passer par une histoire de « résurrection ». Si Makkari peut se mêle des choses sans passer par des intermédiaires, Ikaris (ou n’importe quel autre Eternal) n’aurait pas besoin de passer par des voies détournées. L’existence d’Hurricane est donc une autre pierre lancée dans le jardin de la théorie des Eternals. Sans parler que le fait de se faire passer pour une Ombre (y compris et surtout dans la scène où cette dernière espionne Von Himmel, ce qui implique qu’elle est bel et bien une ombre autonome) n’entre pas dans les méthodes des Eternals… Il faut donc chercher encore ailleurs.

Mais où chercher une connexion qui aurait des accents mythologiques sans impliquer les dieux grecs classiques ou les Eternals, compatible qui plus est avec un mentor immatériel qui guiderait de jeunes enfants ? Heureusement, il nous reste rétroactivement une dernière voie. Alors que Peter David était le scénariste régulier de la série Incredible Hulk il intégra dans la série une organisation à l’objectif ambigüe, le Pantheon, qui devint un élément fixe de la série entre 1991 et 1995. Le Pantheon était dirigé par l’immortel Agamemnon (qui apparaissait généralement sous la forme d’un hologramme à l’image d’un vieillard alors que, on l’apprendrait plus tard, le vrai Agamemnon avait l’apparence d’un teen-ager). Les membres du Pantheon étaient en fait le nombreux enfants qu’Agamemnon avait pu avoir au fil des ans. Tous utilisaient des noms de code liés à la mythologie grecque (Ajax, Ulysse, Hector, Jason, Perseus…) et avaient une longévité accrue. Mais ces noms étaient comme des grades. Si un Ulysse périssait, Agamemnon donnait alors la fonction d’Ulysse à un autre de ses enfants. Et les membres décédés du Pantheon finissaient à l’état de mort-vivants dans une sorte de crypte. Qui plus est Incredible Hulk #422/423 nous démontrerait qu’Agamemnon avait une sorte de double vie et avait aussi vécu sur Asgard (la demeure des dieux nordiques) sous d’autres identités, un de ses noms étant Vali (selon les versions de la mythologie asgardienne à laquelle on fait référence, Vali est le fils de Loki ou d’Odin, ce qui ferait de ce faux Agamemnon un neveu ou un demi-frère du dieu Thor).

Bien qu’on ait jamais vu un membre du Panthéon se présentant comme « Hercule » ou « Heraklès », l’idée qu’il en existe un qui croupirait déjà dans la crypte du Pantheon dans les années 40 n’est pas en contradiction avec ce que l’on sait. De facto Agamemnon aurait pu rechercher parmi ses enfants mortels un remplaçant à son « Hercule » au début des années 40. Martin Burns et Bill Bryon (et peut-être d’autres héros de la même époque) seraient donc demi-frères, tous les deux enfantés par Agamemnon mais élevés par leurs mères humaines. Les contours de l’Ombre sont cohérents avec l’hologramme de vieillard qu’utilisait Agamemnon dans Incredible Hulk. La double vie d’Agamemnon/Vali au sein du Pantheon mais aussi sur Asgard permettrait même d’expliquer le fouillis apparent de Daring Mystery Comics quand on nous dit que « Hercules » réside au Valhalla pourtant nordique. Et, petite cerise sur le gâteau, dans un épisode de la série Agamemnon expliquait à Bruce Banner avoir été très actif au moment de la seconde guerre mondiale. Il y a peu de chances que les gens de Marvel entament de nos jours une saga pour expliquer les contradictions apparentes entre deux jeunes héros (tous les deux apparus une seule fois) publiés entre 1940 et 1941. Et depuis que Peter David s’est désintéressé d’eux dans les pages d’Incredible Hulk, les membres du Pantheon ont fait peu d’apparitions. Autant dire qu’on ne saura probablement jamais le fin mot de l’histoire concernant ces « réincarnations d’Hercule » mais s’il fallait choisir une explication, le Pantheon résoudrait la plupart des contradictions. Il donnerait du sens à ce récit d’Ombre parrainant deux héros différents. Les choses se compliquent cependant encore quand on s’intéresse à un troisième héros de la même époque (forcément lui aussi basé sur Hercule) dont nous parlerons, bien sûr, dans une prochaine chronique…

[Xavier Fournier]