Oldies But Goodies: Captain America Comics #1 (Mars 1941)

[FRENCH] Dans l’univers Marvel du Golden Age il existait plusieurs héros super-rapides. Le plus connu de nos jours reste le Whizzer (par la suite devenu membre des Invaders). Mais un de ses semblables est arrivé à tenir pendant une douzaine d’épisodes. Ce champion de la vitesse, surnommé Hurricane, n’était ni plus ni moins que le fils de Thor ! Encore une exploration bien particulière de la mythologie…

Au commencement était un concept nommé “Mercury in the 20th Century”, publié dans les pages de l’éphémère magazine Red Raven Comics (Août 1940). Non seulement cette BD marquait l’arrivée de Jack Kirby chez Timely/Marvel (y rejoignant du coup son compère Joe Simon, avec qui il avait déjà collaboré) mais Mercury serait la première percée notable de l’auteur dans la catégorie des « super-héros mythologiques ». “Mercury in the 20th Century” était signé du seul nom du scénariste méconnu Martin Burstein tandis que le style du dessin permettait clairement d’identifier Kirby. D’où une confusion faite par plusieurs sources qui penseront par la suite (et de manière erronée) que Martin Burstein était un pseudonyme de Kirby.

L’histoire comptait comment, du haut de l’Olympe, Jupiter observait les premières étapes de la seconde guerre mondiale. Il s’avérait rapidement que la guerre était déclenchée par un certain Rudolph Hedler, dictateur d’un pays nommé Prussland. L’allusion à Hitler était à peine voilée mais on notera qu’au stade de Red Raven Comics #1 elle n’était pas encore explicite, Marvel n’ayant visiblement pas décidé de sauter le pas et d’envoyer ses personnages combattre des dirigeants étrangers réels.

Très vite Jupiter s’apercevait que le dénommé Hedler n’était en fait qu’un déguisement pour le dieu des Enfers Pluton (représenté avec des traits clairement diaboliques). Suivant les conseils de sa fille Minerve, Jupiter décidait donc de renvoyer sur Terre un des autres dieux de la mythologie romaine histoire de déjouer les plans de Pluton. Après avoir passé en revue divers candidats et les avoir refusé pour divers motifs… Y compris les divinités féminines, car clairement Jupiter ne les considérait pas assez combattives ou, pire, capables d’être séduites par Pluton (clairement il restait là aussi un peu de temps à venir avant qu’un auteur pense donner sa chance à une héroïne amazone). Si Jupiter avait pensé a envoyé Minerve elle-même, Timely aurait eu sa « Wonder Woman » un an et demi avant DC. Finalement c’était Mercure (en anglais Mercury), le dieu de la vitesse, qui était envoyé en mission pour combattre Pluton. Mais Red Raven Comics n’aurait qu’un seul numéro, la série étant bien vite annulée pour la remplacer par Human Torch Comics. Red Raven et les autres histoires du magazine semblaient promises à rester sans suite…

A moins bien sûr qu’on considère l’origine de Marvel Boy (dans laquelle Jupiter réincarne Hercule sur Terre) comme une sorte de suite thématique, le patriarche du panthéon gréco-romain renvoyant visiblement les uns après les autres ses rejetons pour déjouer diverses nations fascistes. Encore que… Le Jupiter vu dans Mercury habitait bien l’Olympe. Celui vu dans l’histoire de Marvel Boy résidait bizarrement dans le Valhalla généralement associé avec les dieux nordiques… Comme de toute manière le premier Marvel Boy avait connu une période de parution aussi courte que celle de Mercury et qu’en prime à l’époque la notion de continuité n’était pas la même, il ne semblait pas qu’on reviendrait rapidement mettre de l’ordre parmi les panthéons de Marvel. Puis en mars 1941 parait, chez le même éditeur, Captain America Comics #1, resté célèbre par la suite parce qu’il contient la première apparition du dit Captain et de son fidèle compagnon Bucky. Mais la revue Captain America Comics n’était pas consacrée qu’aux seules aventures de ce patriote masqué. C’était également en partie une anthologie contenant les exploits d’autres héros.

Parmi eux, Hurricane, dans lequel on reconnaissait une version remaniée de Mercury (d’ailleurs leur apparence était identique, ils étaient tous les deux vêtus d’un slip bleu, d’une paire de botte et d’un bandeau comportant des ailettes sur les côtés). Officiellement, pourtant, il s’agissait de deux personnages différents. Si le Mercury de Red Raven Comics était en un sens le dieu romain « classique » qui revenait sur Terre, Hurricane semblait avoir une histoire bien différente. Bien qu’on ne daigne pas nous donner les détails de son origine, les quelques lignes de présentation du héros sentaient un micmac mythologique du même tonneau que celui du Hercule entrevu précédemment dans l’histoire de Marvel Boy. Le commentaire le présentait ainsi : « Hurricane, fils de Thor le Dieu du Tonnerre et dernier descendant des anciens immortels grecs revient sur Terre pour combattre son ennemi ancestral, Pluton, dont les crimes ont presque détruits la civilisation ». Première information : ici comme pour le cas de Marvel Boy les panthéons grecs et nordiques semblaient fusionnés. C’est en tout cas l’impression qui ressort quand on nous dit que le fils de Thor descend des immortels grecs… Et puis on notera aussi que si Thor est identifié comme un dieu, la lignée grecque d’Hurricane, elle, est composée par des « immortels » mais que dans leur cas le mot « dieux » n’est pas prononcé. On verra un peu plus loin que les choses ne sont cependant pas si incongrues qu’elles peuvent sembler l’être à ce stade. Et puis il y a le même adversaire, Pluton, au sujet duquel on insiste sur le fait qu’il vient de manquer de ravager le monde… sans expliquer de quelle façon. Bref, le premier épisode d’Hurricane est à l’évidence composé des planches de ce qui aurait du être la deuxième histoire de Mercury si un Red Raven Comics #2 était paru un jour. Les modifications se situent au niveau du dialogue et des autres textes, de manière à essayer de transformer le tout dans une nouvelle série.

Quand à connaître les raisons de cette reformulation il existe deux hypothèses principales : La plupart des experts du Golden Age s’accordent à reconnaître eh Hurricane le travail du seul Jack Kirby (c’est à dire que contrairement à ce qui s’était passé pour Mercury il n’aurait pas collaboré avec Martin Burstein), potentiellement aidé ou tout au moins conseillé par Joe Simon, alors éditeur-en-chef officieux de Timely/Marvel. Certains s’aventurent donc à avancer que les changements textuels seraient intervenus pour que Burstein ne puisse dire qu’il s’agissait de son concept. Ce qui est douteux puisqu’on sait par ailleurs que Martin Burstein était un ami de Kirby et de Simon et qu’il l’est resté longtemps après cette date. Difficile d’imaginer une bisbille de ce type entre eux. L’autre facteur, plus plausible, concerne Martin Goodman, le propriétaire de Timely/Marvel. Il s’avère que c’est lui qui avait décidé d’arrêter Red Raven Comics (et donc, par ricochet, Mercury) pour libérer de la place sur le planning éditorial et donner à Human Torch son propre titre. A l’époque il n’existait pas de marché d’occasion pour les comics (et ne parlons pas de comics shops ou d’Ebay). Un comic-book qui était paru six mois plus tôt sans avoir de suite disparaissait virtuellement de la mémoire des lecteurs. On pouvait difficilement publier le deuxième épisode de Mercury en disant au lectorat « et reportez-vous à Red Raven Comics pour lire ses origines ». La plupart des lecteurs n’auraient pas su de quoi on leur parlait. Il semble donc réaliste de penser que c’est la hiérarchie de Kirby qui aurait demandé à l’auteur de transformer l’épisode pour en faire un « nouveau » super-héros. Et que ce dernier aurait alors agit de manière à changer au minimum ses planches (ce qui fait que finalement le lecteur n’est guère plus avancé puisqu’il n’a pas réellement l’origine d’Hurricane, seulement un bloc de texte qui n’aurait pas été très différent s’il était resté Mercury). Ou bien la demande ne venait pas de Joe Simon ou Martin Goodman et Kirby aurait simplement décider de sauver ses planches du Red Raven Comics #2 annulé en leur donnant une nouvelle identité au nez et à la barbe de son employeur. S’il est certain que Joe Simon aurait vu clair dans le jeu, Martin Goodman ne se souvenait sans doute pas plus que les lecteurs d’une série avortée six mois plus tôt. Quelles que soient les raisons, de telles reformulations de héros n’étaient pas rares chez Marvel. Encore que dans le cas d’Hurricane on verra que les retouches avaient été rapides et qu’elles restaient voyantes à certains endroits.

On découvre donc le blondinet Hurricane en train de lire le journal dans la rue. Dans Red Raven Comics #1, Mercury n’avait pas d’identité secrète, il se contentait de débarquer sur Terre et de combattre directement Pluton. Ici il n’ait pas certain qu’Hurricane ait pris beaucoup plus de soin pour se créer un statut civil (d’ailleurs dans les épisodes suivants on verra qu’il n’a pas de domicile personnel et décide chaque soir, au moment où la nuit tombe, dans quelle pension de famille il va dormir). Mais en tout cas Hurricane fait l’effort de se faufiler parmi la race humaine en étant habillé de manière normale, portant un complet bleu assez classe pour la norme de l’époque ainsi qu’un chapeau. Ce qui devrait attirer l’attention du lecteur, dans un premier temps, c’est le nom même de la ville fictive dans laquelle se trouve Hurricane : Coast City !

Un nom qui deviendrait bien plus célèbre quelles années plus tard, à partir de Septembre 1959 (Showcase #22) quand le concurrent DC Comics utiliserait (sans doute par pur hasard) une ville nommée Coast City pour en faire la cité de prédilection de Green Lantern. Hurricane lit le journal, donc, parce que s’il est venu à Coast City c’est pour débusquer les nouvelles activités de son « cousin Pluton ». Là encore marquons un temps d’arrêt. Non seulement c’est le même Pluton que Mercury poursuivait déjà quelques mois plus tôt (Kirby ne s’est pas donné la peine de le rebaptiser, lui) mais il n’en reste pas moins que la généalogie exposée reste curieuse. Pluton est le frère de Jupiter, lui-même père de la plupart des dieux de l’Olympe (Mercure y compris). Pluton est donc l’oncle de Mercury, pas son cousin. Bizarrement, alors qu’on serait tenté de dire que si on rajoute le facteur « Fils de Thor » c’est encore plus n’importe quoi (que c’est encore un mélange de mythes qui fait que le fils de Thor se retrouve être, comme par magie, le cousin de Pluton) il n’en est rien. Dans la mythologie olympienne Pluton et Jupiter sont les enfants de Cronos et les petits enfants d’Ouranos et Gaia (incarnation de la terre). Dans la mythologie nordique Thor est le fils d’Odin et de Jord (incarnation de la terre). Si Gaia et Jord ne sont que deux noms pour une seule et même entité (et c’est d’ailleurs la voie qui a été suivie depuis dans l’univers Marvel, la mère du Thor de Marvel étant régulièrement identifiée comme Gaia) alors, dans une hypothèse où les deux panthéons co-existeraient, Thor se retrouve le demi-frère de Cronos et l’oncle de Jupiter et de Pluton. Si vous rajoutez un fils à Thor, celui-ci se retrouve effectivement être le cousin de Pluton ! Ca n’explique guère, cependant, pourquoi Hurricane serait présenté comme le dernier descendant des immortels grecs sans faire allusion à sa lignée nordique mais là, d’un seul coup, on commence à voir une sorte « d’ordre » se dessiner. Peut-être même que cette fusion Gaia/Jord explique aussi pourquoi, à un certain niveau, Kirby et Simon pensaient par ailleurs, dans l’origine de Marvel Boy, qu’Asgard/Valhalla et l’Olympe étaient une seule et même chose… Et à partir de là on pourrait penser que Mercury et Hurricane sont deux membres d’une même famille étendue qui ont séparément été envoyé (l’un par la branche olympienne, l’autre par la branche nordique) sur Terre pour traquer la brebis galeuse de la dynastie…

Visiblement « cousin Pluton » n’est pas venu à Coast City pour continuer de jouer les Rudolph Hedler. Il a laissé tombé la piste fasciste et a infiltré le crime organisé. Hurricane trouve donc dans le journal le nom d’un gangster (soupçonné d’être une tête du monde criminel dans la ville), un certain Piggy Peroni qui pourrait lui permettre de remonter la piste de Pluton. Le héros fait signe à un taxi pour le mener jusqu’à Peroni. Quand à savoir pourquoi un personnage super-rapide a besoin d’un taxi, on hasardera qu’Hurricane ne veut sans doute pas attirer sur lui l’attention de son cousin. Encore que… là aussi on va retrouver un trait récurrent de Kirby au long de son oeuvre : se moquer d’un type de chauffeur caricatural (la chose sera également manifeste bien plus tard dans Fantastic Four #1). Une fois dans le taxi, Hurricane demande au chauffeur s’il ne peut pas aller plus vite et lui propose même de l’argent. Mais finalement le dieu gréco-nordique plonge la main dans son veston et en ressort les petites ailettes argentées qu’il porte d’habitude au niveau des tempes, liées par un bandeau. Il les attache (une de chaque côté) sur les portières arrières du véhicule et soudainement la voiture se retrouve elle-même douée de super-vitesse (semblable à celle du héros Flash). Elle fonce comme une sorte de missile « à une vitesse indescriptible » puis se met à voler au dessus des autres véhicules tandis que le pauvre chauffeur de taxi, qui ne comprends pas ce qui se passe, se met à prier.

Le fait que les ailettes d’Hurricane confèrent de la vitesse à la voiture laisse entrevoir la possibilité que le héros en lui-même n’est peut-être pas super-rapide, que ce n’est pas une qualité innée mais qu’elle est liée au port de ces ailettes. En même temps ce genre de scène sera par la suite contredit dans Captain America Comics #2, dans lequel Hurricane peut lancer un sort pour que ce genre d’ailes apparaissent sur le dos d’un autre homme et le rendent capable de voler rapidement. Le Hurricane de Captain America Comics #2 n’aurait pas besoin d’attacher ses propres accessoires au taxi : il lui suffirait d’invoquer des ailes et elles se matérialiseraient… On voit bien que le concept est alors encore en pleine évolution. Hurricane laisse le chauffeur terrorisé, non sans l’avoir félicité pour la rapidité de son service : « Votre taxi mérite le symbole qu’il porte » dit le héros en désignant la portière. On voit le logo d’une société nommée Hurricane avec le profil pourtant très reconnaissable (avec son casque à ailettes) de… Mercure. Pourquoi dessiner la tête de Mercure comme logo d’une compagnie nommée « Ouragan » ? Sans doute parce qu’à l’origine le nom marqué était Mercury et que Kirby l’a modifié pour s’accorder au nouveau nom du héros…

Le chauffeur laisse Hurricane au milieu de nulle part mais il s’agit visiblement de l’endroit où la bande de Peroni se cache puisqu’assez vite des hommes de main surgissent pour questionner le nouvel arrivant. Mais les gangsters sont menaçants et Hurricane doit faire usage de ses pouvoirs en tournoyant sur lui-même comme une toupie. Les hommes sont donc vite neutralisés, poussant Piggy Peroni a intervenir. Hurricane se présente alors comme étant un certain.. Mike Cury (là encore on sent bien que l’idée de départ était d’ironiser sur le nom Mercury). D’ailleurs le nom civil d’Hurricane est une petite affaire en soi. Dans Captain America Comics #1 c’est donc visiblement « Mike Cury ». Mais Kirby, alors qu’il était en train de dessiner l’épisode suivant a du trouver (non sans raison) que cela rappelait trop Mercury. Dans Captain America Comics #2, Hurricane se présente donc à une femme comme étant Michael Gray (Gray remplaçant Cury au pied levé puisque le nombre de lettres est équivalent). Mais là aussi on sent la précipitation (normal avec un héros super-rapide vous me direz) puisque quelques pages plus loin, quand elle croise à nouveau le personnage, la même femme l’identifie comme étant… Michael Jupiter. Ce n’est qu’après que Kirby ait cessé de s’occuper de lui que Hurricane se fixera une identité civile régulière (à partir de Captain America Comics #5), à savoir « Harry Kane » (et visiblement on sent bien que la ficelle était la même qui avait permis de transformer Mercury en Mike Cury).

Pour l’heure, donc, c’est Mike Cury et il se présente à Peroni comme étant un homme voulant se joindre à son gang. Bien sûr, il inspire la méfiance. « Mike Cury » est trop « propre sur lui » pour ressembler à un repris de justice. Mais finalement Peroni décide de l’accepter et le mettre en équipe avec un certain Dum Dum. Si forcément les plus marvelophiles d’entre vous feront le rapprochement avec Dum Dum (l’assistant de Nick Fury au sein des Howling Commandos puis du S.H.I.E.L.D.) il convient de préciser que « Dum Dum » est le surnom d’un certain type de munitions et qu’il est donc assez logique qu’un tueur et un militaire écopent du même surnom sans qu’il existe aucun lien entre les deux hommes. Cury et Dum Dum se voient ordonnés d’abattre un certain Tim O’Leary (accidentellement l’auteur choisit un nom presque homonyme de Timothy Leary, futur pape de l’usage du LSD). Il n’en fallait pas plus pour provoquer la colère d’Hurricane, qui décide de mettre fin à la mascarade. Dans un grand éclair il se transforme alors, abandonne son apparence mortelle pour apparaître en costume (le mot est abusif, il ne s’agit jamais que d’un slip et d’une paire de bottes) devant Peroni et Dum Dum. Après avoir évité les balles qu’on lui tire dessus, Hurricane confronte Peroni : « Tes mains dégoulinent de sang mortel. Tu as fondé ton affaire sur le plus ignoble crime que l’Homme puisse commettre, Piggy ! La punition qui t’attend sera sans fin, Piggy, même pas après la chaise » (NDLR : la chaise électrique).

Plus tard, à l’hôtel de police de Coast City le commissaire du coin est en train de se faire remonter les bretelles par le procureur, lequel lui dit qu’il veut la peau de Piggy Peroni.  Excédé, le commissaire rétorque qu’il n’a pas le pouvoir de le faire apparaître par la fenêtre… Quand tout à coup c’est ce qui se produit.

Piggy Peroni apparaît, inconscient, propulsé par les deux ailettes d’Hurricane, qui se dissipent une fois qu’elles ont effectué leur tâche. Tandis que le policier et le procureur se disent qu’ils vont pouvoir le faire parler et lui faire dire qui est le grand chef du réseau, Piggy a déjà parlé à Hurricane. Ce dernier approche du manoir Vanderpont, où se tient un bal costumé organisé par un certain Paul Sayden.

Sayden sonne comme Satan et il s’agit en fait d’un nouveau déguisement mortel pour Pluton, qui apparaît une nouvelle fois déguisé en diable. Un de ses hommes le félicite en lui disant qu’on croirait vraiment voir le diable. Ce à quoi Sayden répond ironiquement que c’est normal, que c’est ce qu’il est réellement. Puis Pluton se dirige vers un grand bol de punch dans lequel il laisse glisser quelque chose. Son homme de main est convaincu qu’il s’agit d’une plaisanterie mais bien vite Sayden le détrompe : il vient d’empoisonner la boisson de la soirée !

Hurricane décide de se glisser dans la fête. Puisque Pluton est déguisé en Satan, lui va se déguiser en ange Gabriel. Dès que « Sayden » se sent démasqué, la bagarre éclate entre les deux dieux. Un combat « qui n’est pas destiné à être vue par des yeux mortels ». Hurricane et Pluton en viennent aux mains dans une grande cohue. Une case, en particulier, semble montrer que dans la bataille les dieux prennent la taille de géants. Quand la police arrive, elle trouve Hurricane dans un grand état de faiblesse. Tout le gang de Sayden est mort. Quand à Sayden lui-même… Il a fuit. « Il est retourné… » dit Hurricane sans préciser vers quoi il est retourner (mais on devine que Pluton est reparti pour le monde des dieux). Faible, Hurricane explique que lui aussi doit aller se reposer mais qu’il reviendra… Et l’épisode s’achève sur les forces de l’ordre se félicitant de la disparition du gang Sayden. Hurricane reviendrait, effectivement, et aurait presque une douzaine d’épisodes dans les pages de Captain America Comics, lesquels seraient graduellement illustrés par des artistes très différents de Jack Kirby. Il finirait même par se découvrir un sidekick, Speedy Scriggles, qui contrairement à ce que pouvait laisser croire son nom n’avait aucun pouvoir sur la vitesse. Il fit ses débuts dans la série comme un jeune adulte rondouillard… pour être par la suite mystérieusement représenté sous les traits d’une sorte de nabot qui aurait pu aussi bien passer pour un troll.

Comme Hurricane était publié à l’intérieur d’un magazine à succès il n’avait pas de pression commerciale et aurait pu durer bien plus longtemps. La raison exacte de son arrêt après Captain America Comics #11 est inconnue. Il est possible qu’après que Joe Simon et Jack Kirby aient claqué la porte de Timely dans des circonstances pour le moins houleuses Martin Goodman ne souhaitait pas spécialement garder des personnages qu’ils avaient créé et sur lesquels ils pouvaient lui chercher des noises. Captain America avait assez de succès pour que Goodman veuille se battre pour le garder. Les créations mineures, elles, représentaient peu d’intérêt et mieux valait (peut-être) s’en débarrasser pour les remplacer par d’autres. Toujours est-il qu’après Captain America Comics #11 (février 1942) Hurricane cessa d’apparaître dans l’univers Marvel du Golden Age.

Avec le renouveau de Marvel dans les années 60 et la prédominance du dieu Thor dans cette nouvelle génération de héros, la perspective d’un fils de Thor en activité depuis les années 40 avait du potentiel. Mais d’une part sans doute aurait-il fallu qu’on se souvienne de lui et de plus Marvel n’était sans doute pas très intéressé par l’idée de donner un fils à Thor. Cela aurait impliqué un mariage, une union quelconque. Et – même si Thor est immortel – l’éditeur semblait plus intéressé par le fait de le représenter sous la forme d’un éternel trentenaire. Un célibataire qui courrait après les faveurs de l’infirmière Jane Foster tout en se demandant s’il ne préférait pas les beaux yeux de la déesse Sif. Et puis sans doute qu’une sorte de maillon manquant entre le panthéon grec et son homologue nordique aurait été aller un peu trop loin dans la réécriture de la mythologie. Bref, les chances de revoir Hurricane dans l’univers moderne semblaient bien mince.

Par la suite l’œuvre de Kirby allait continuer d’exploiter le filon mythologique et, bien souvent, le fait que les mythes connus étaient en fait la face visible d’une réalité cachée, liée à des races inconnues, qu’elles viennent de l’espace ou qu’elles se cachent dans les recoins de la Terre. Les Inhumans ou les New Gods, comme nous l’avons déjà vu dans cette rubrique, seraient un pas important dans cette direction.

En juillet 1976, le lancement des Eternals permettrait à l’auteur d’enfoncer le clou : Des millions d’années plus tôt une race extra-terrestre, les Celestials, étaient venus sur Terre et avaient expérimenté sur les primates, créant trois branches parallèles : la race humaine normale, les surpuissants Eternals qui étaient l’image de la perfection et enfin les Deviants, d’hideuses créatures semblables à des démons qui ne rêvaient que de faire le mal.

Comme le nom l’indiquait, les Eternals avaient une durée de vie gigantesque et avaient été pris tout au long de l’Histoire pour des dieux issus de divers panthéons selon les régions du monde où ils se trouvaient. Il y avait Ikaris (visiblement associé au mythe d’Icare), Zuras (qu’on pouvait confondre avec Zeus ou Jupiter), Thena (équivalent d’Athena) et Makkari, qu’on pouvait associer à Mercure/Mercury. Petite cerise sur le gâteau la fin d’Eternals #3 montrait que parmi les Deviants il en était un, Kro, qui avait la possibilité de changer d’apparence et qui prenait plaisir à se faire passer pour le diable pour terrifier les humains. Qui plus est il arrivait que les Eternals ou les Deviants fasse respectivement référence à l’autre race en parlant d’une « branche cousine ». A partir de là il suffisait de relier les points qui, visiblement, s’étaient bien mis en place.

En 1998, dans la revue Marvel Universe, Roger Stern et Mike Manley inventèrent les Monster Hunters, une équipe « rétroactive » en activité dans les années 50 qui réunissait le sorcier Doctor Druid, l’aventurière wakandienne Zawadi et le chasseur immortel Ulysses Bloodstone. Ils étaient accompagnés par un agent gouvernemental nommé Jake Curtiss qui se révéla bien vite être l’identité qu’utilisait Makkari. Et l’ennemi était le Deviant Kro. Pendant cette histoire il apparu que Makkari avait séjourné parmi les humains plusieurs fois pendant les années 40 et qu’il avait d’abord semblé être Mercury avant d’utiliser comme autre alias Hurricane (quand à savoir pourquoi il fallait changer de nom entre Mercury et Hurricane alors que l’apparence, elle, restait la même, Makkari ne se lance pas dans tant de détails).

Quand au « cousin » Pluton il s’agissait bien sûr Kro le déviant, se faisant passer une fois de plus pour le diable. Resterait alors à expliquer dans quelle mesure Makkari serait le fils d’un « Thor ». Les Eternals ont bien un équivalent de Thor (nommé Electryon) mais il n’a pas de lien parenté avec Makkari, qui est supposé être le fils de deux Eternals nommés Verona et Mara (cela dit rien n’empêche l’un des deux d’avoir été assimilés à Thor à une autre époque). D’un côté l’existence d’un fils du vrai Thor dans les années 40 était une curiosité intéressante, mais même si la compression Mercury/Hurricane/Makkari (et par extension la compression Pluton/Kro) donne un peu l’impression d’avoir un seul héros pour le prix de trois elle a l’avantage finalement de sauver un peu la logique des choses et d’expliquer des contradictions apparentes. Du coup par extension s’ouvre une autre question : Si le « Jupiter » qui a envoyé « Mercury » parmi les mortels est en fait Zuras (le patriarche des Eternals), qu’en est-il du Jupiter et du Hercule qu’on voit au début des origines de Marvel Boy ? Là pour le coup cela ne colle plus. Difficile de croire qu’un équivalent « Eternal » d’Hercule se serait réincarné sous la forme d’un adolescent pour lutter contre Hitler. Il n’en aurait pas eu besoin. Le lien Mercury/Hurricane/Makkari explique beaucoup de choses dans les « écarts » mythiques de Marvel. Mais il n’explique pas tout. D’autant que l’affaire des différents panthéons se complique par la suite mais nous en discuterons dans un autre Oldies But Goodies…

[Xavier Fournier]

Comments: 6

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  1. L’imbroglio devient de plus en plus compliqué ! Pas facile a suivre ces Dieux ! 😉

  2. Non, pas spécialement. Si ce n’est que Bill Everett s’est sans doute inspiré de représentations du dieu Mercure.

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