Oldies But Goodies: Man of War #2 (Jan. 1942)

10 avril 2010 Non Par Comic Box

[FRENCH] Avec ses faux airs d’un Whizzer colori en rouge, Fire-Man (parfois orthographi Fireman) n’aurait pas fait tche dans le cheptel des super-hros de Timely/Marvel. C’est pourtant chez la concurrence (l’diteur Centaur) que ce hros li au feu voluait. Et s’il y avait bien un air de famille avec un hros Marvel, la filiation tait toute autre. Comme visiblement il ne suffisait pas de s’inspirer des recettes de Marvel, le scnariste allait pousser le bouchon encore plus loin (trop loin ?) et cette fois carrment utiliser le modle dorigine dans son histoire…

Apparu pour la premire fois dans Liberty Scouts Comics #2 (juin 1941), Fire-Man cachait mal sa source d’inspiration. Bien qu’il ne soit absolument pas un androde, ce personnage lorgnait normment sur le Human Torch de Marvel, mme s’il est tait en quelque sorte « mont l’envers » : Jim Reuben tait la base un pompier (en anglais « fireman ») captur par un de ces fameux savants fous qui se cachent toujours dans les pages des comics, prts n’importe quoi pour injecter des superpouvoirs contre la volont d’un hros. D’ailleurs peu prs en mme temps que Jim Reuben tait captur, un autre hros, le Red Blazer, allait subir un sort similaire dans Pocket Comics #1 et se transformer lui aussi en pseudo Human Torch. C’est dire si l’ide tait dans l’air dans l’t 1941… Mais Martin Filchock, le crateur du Fire-Man, avait t un peu plus fin dans son approche. Certes le personnage tait inspir par la « Torche Humaine » de Marvel. Le rapport tait vident travers divers lments communs apparaissant dans l’origine de Jim Reuben… Dans l’pisode original Reuben est vtu d’une simple combinaison rouge, il est blond, il entretient un rapport particulier avec le feu et, en prime, les deux personnages ont finalement le mme prnom (l’alias d’Human Torch tant Jim Hammond). Sans oublier que le savant qui donne ses pouvoirs Fire-Man l’enferme d’abord dans une sorte de grande prouvette qui rappelle celle dans laquelle Human Torch est enferm avant d’tre expos l’air libre. C’est un peu comme si quelqu’un avait cr un hros chauve-souris dont le prnom serait « Bruce » et qui aurait une pseudo-Batcave. Il serait quand mme un peu dur de ne pas faire le rapprochement avec Batman. Mais Filchock avait t fin en un sens. Il n’avait pas donn son personnage le pouvoir de s’enflammer mais bien une aptitude inverse. Malgr ce que pouvait laisser son nom, Fire-Man ne balanait pas des rafales de feu. Le savant qui l’avait captur avait transform le corps du hros en « gaz solidifi », compos de monoxyde de carbone et d’autres substances. Le premier rsultat visible de cette transformation tait que Fire-Man tait plus lger que l’air et pouvait donc voler. Mais surtout les flammes s’cartaient devant lui. Il tait en quelque sorte le premier homme ignifug au monde. Mme sa respiration suffisait teindre les flammes ou tout au moins les repousser. Une sorte d’anti-Human Torch, malgr tout ce qui pouvait les rapprocher sur d’autres plans…

Martin Filchock avait cr pour son personnage un costume de super-hros lgant (moins « basique » que la plupart des hros du moment, avec une cape et des petites ailettes sur les tempes) qui fait qu’on aurait pu imaginer sans peine le hros s’asseoir la table de la Justice Society de DC (ou entrer dans les rangs de la plus tardive Liberty Legion de Marvel) sans faire tche. En 1942 la plupart des hros apparus dans Liberty Scouts Comics avaient t transfrs dans la srie de Man of War. Ce dernier tait une sorte de pseudo-Captain America. Quand on note qu’en dehors de Fire-Man (driv d’Human Torch) Man of War abritait aussi les aventures de Vapo-Man (personnage li l’eau, bien que d’une manire diffrente de Sub-Mariner) il est donc vident que Centaur lorgnait normment sur la production Timely/Marvel de l’poque. Mais le fait que l’aptitude principale de Fire-Man soit de rsister aux flammes avait cependant un gros problme en termes scnaristiques. Il fallait forcment que les adversaires potentiels attaquent Fire-Man avec du feu. Un coup de revolver bien plac et il n’y aurait plus eu de Fire-Man ! Les enqutes de Fire-Man ne pouvaient donc tourner qu’autour du concept de feu ou d’incendie… Pourtant, dans Man of War #2, c’est plutt par un accident de la route que tout commence. Un camion transportant de l’argent (vue la discussion du conducteur on comprend que cet argent est li des bookmakers) va mystrieusement s’craser dans un arbre. Quand la police arrive, elle ne peut que constater le dcs des passagers. Trois hommes taient dans la cabine mais il n’en reste plus grand chose. L’un d’eux a t rduit l’tat de cendres. Le chef de la police trouve bien entendu l’affaire trange mais sa raction ne l’est pas moins : « Peut-tre transportait-il de l’explosif – Si seulement les plaques d’immatriculation n’avaient pas t dtruites nous pourrions les vrifier ! ». Curieuse logique que cette ide de se concentrer sur les plaques d’immatriculation comme si elles allaient expliquer la cause de l’accident. Qui plus est le chef se contente de se tourner vers sa secrtaire en lui demandant de classer ses notes. Avec des policiers aussi clairs que a, pas tonnant qu’il y ait besoin de super-hros !

Heureusement pour la justice, la secrtaire du chef n’est autre que Nancy Smith, une complice de Fire-Man. Ds qu’elle prend connaissance des notes, elle se dit que cette affaire a « l’air d’un job pour Fireman » (tournure qui parodie la phrase habituelle « it’s a job for Superman », chre DC Comics). Comme elle connat l’identit secrte de Jim Reuben, elle lui tlphone. Immdiatement Fire-Man quitte sa maison dans les montagnes et s’envole pour enquter, tout en se demandant ce qu’il ferait si Nancy n’tait pas l pour le renseigner. Mais voler dans les ciel, c’est bien beau mais en quoi cela aiderait l’enqute ? Le lecteur ne le sait pas. Le scnariste et le personnage ne sont pas plus avancs. Fire-Man vole donc sans but et aperoit un autostoppeur rondouillard : « Pauvre gros ! Personne ne veut l’emmener ! A part moi ! ». Fire-Man s’empare donc du gros autostoppeur en esprant qu’il en craint pas de voler. Le « passager » s’exclame alors « maintenant j’aurais vraiment voyag de toutes les faons ! ». L’homme explique qu’il est en route pour la ville, pour y trouver du travail. Le laissant l’entre de l’agglomration, Fire-Man s’envole nouveau en lui souhaitant bonne chance. Mais l’autostoppeur rtorque, en montrant un de ses doigts : « Ne vous inquitez pas, j’ai un anneau de chance qui ne me laisse jamais tomber ! »…

Deux jours plus tard, Fire-Man et Nancy Smith se retrouve leur lieu de rencontre secret. Oui. Deux jours plus tard! Soit Fireman vole de manire particulirement plus lente que la plupart des super-hros, soit le scnariste oublie que quelques cases plus tt Fire-Man s’tait envol pour commencer l’enqute. Nancy lui raconte alors qu’une autre voiture a t dcouverte en flammes et qu’un des deux corps tait plus endommag que l’autre. Comme dans chacun de ces « accidents » un des corps a t plus calcin, Fire-Man, qui n’est pas un mauvais dtective (mme s’il lui faut deux jours pour se rendre un rendez-vous) se dit alors que les deux affaires doivent tre lies. Il s’envole en portant Nancy dans ses bras et ils se rendent sur les lieux du nouvel incident. Dans les cendres Nancy trouve un anneau. Et Fire-Man est mdus ! Il reconnat cet anneau ! L’autostoppeur portait le mme. Visiblement l’homme incinr n’est autre que celui qui Fire-Man a aid deux jours plus tt, alors qu’il cherchait du travail. Tout a donne une ide au hros…

L’instant suivant Nancy est dguise en homme, dans une agence de recrutement, se prsentant comme *Monsieur* Smith Pourquoi Nancy aurait-elle besoin de cette mascarade alors que Jim Reuben aurait aussi bien pu venir en civil ? Et comment Fire-Man pourrait-il tre sur que c’est la mme personne qui, aprs avoir embauch le gros homme, va en faire de mme avec Smith ? Mais le scnario refuse de nous l’expliquer. Comme « Monsieur Smith » s’est identifi comme tant un orphelin sans attaches, il/elle se voit vite propos un travail chez un certain Professeur Book. D’ailleurs le chauffeur de Book est l, prs l’emmener la demeure de l’employeur. Mais quand elle arrive chez Book, Nancy se trahit sur une broutille. Le professeur Book l’accueille en lui disant de se mettre l’aise tandis qu’il prpare le repas (et que Nancy note une odeur de chair brle). Le professeur quitte la pice un instant et, selon les mots du narrateur « Nancy, tant une femme, remarque un miroir. Elle oublie de jouer son rle pendant un instant ». En fait elle ne fait que s’admirer dans le reflet mais son attitude suffit la trahir quand Book arrive dans la pice. Immdiatement il fonce voir son chauffeur en lui demandant pourquoi il a ramen une fille chez lui. Et les deux hommes, bien vite, en viennent comprendre qu’il faut se dbarrasser d’elle.

Capture, Nancy tente de d’effrayer les deux hommes en leur racontant une partie de la vrit. Elle leur avoue qu’elle travaille pour la police (ce qui est vrai) mais aussi que c’est cette mme police qui l’a envoye infiltrer la demeure de Book car il ferait partie de la liste des suspects. Dommage pour Nancy : Book connat le chef de la police et l’a crois plus tt dans la journe. Le policier lui a alors avou n’avoir aucune piste. Nancy pourrait bien sr rtorqu que le chef de la police n’allait pas dire la vrit un suspect mais elle n’a pas ce rflexe. Book et son chauffeur en dduisent donc qu’elle travaille avec quelqu’un d’autre et qu’elle doit tre limine avant de pouvoir prvenir son ou ses complices. Nancy dcide de faire semblant d’tre effraye et de les faire parler. Ainsi elle leur avoue avoir remarque que par endroit la peinture de la maison a t endommage par des flammes. Les deux hommes finissent par dcider qu’au point o ils en sont ils peuvent aussi bien lui montrer toute l’installation. Ils lui font ainsi visiter le laboratoire de Book, qui explique avoir dcouvert comment le corps humain peut s’enflammer quand il atteint une grande vitesse. Et l, devant une sorte de grande prouvette, Book lche une petite phrase qui devrait faire tiquer la plupart des fans de comics : « Plus tard, avec plus de fonds, j’espre pouvoir crer un homme de feu, une torche vivante (en VO dans le texte une « Living Torch », avec laquelle je dirigerais le monde ! ». Autant le dire : le laboratoire est quip de la mme manire que celui d’Horton, le crateur d’Human Torch et Book parle d’un projet qui est sensiblement le mme ! D’autant que le « chauffeur » (qui est en fait l’assistant de Book) va plus loin : « Donnons une dmonstration cette jeune dame. Peut-tre qu’avec une nouvelle combinaison gazeuse notre torche vivante est proche ! Nous utiliserons le jeune homme que j’ai embauch hier ! » C’en est trop pour Nancy qui hurle « Fireman ! FIREMAN ! »

L’ennui, c’est que ni Nancy ni Fire-Man n’avaient pris en compte un autre facteur dans le plan : le fait que le super-hros puisse tre appel l’aide ailleurs au mme moment. Au loin, Fire-Man a en effet aperu une maison en flammes et, n’coutant que son coeur de pompier, il s’est lanc l’aide d’autant plus vite qu’un gamin s’tait rfugi sur le toit. Fire-Man est donc en train d’aider les occupants de cette maison et incapable de rpondre l’appel l’aide de Nancy. Pendant ce temps, Book et son assistant ont eu le temps de mettre leur plan en action. Un homme a t dispos dans le grand rservoir transparent et est devenu un homme enflamm. La Torche Vivante ! Le personnage est dessin de manire totalement identique Human Torch ce qui, ce point, n’est plus tellement tonnant. Dans son « bocal », la Living Torch est donc en tout point semblable la scne de la cration d’Human Torch dans Marvel Comics #1.

L’ide de Book c’est d’utiliser les gens qu’il recrute comme des « munitions » qu’il tire avec un grand canon sur les vhicules qu’il veut dtruire. Mais dans le cas de la Living Torch, il n’en a pas le temps. La crature a sa propre conscience et russit s’vader du dispositif, se ruant la poursuite de son crateur. La Torche tue ainsi Book, puis l’assistant-chauffeur et se retourne vers Nancy, comptant visiblement en faire sa troisime victime. Heureusement c’est le moment o le Fire-Man arrive. Le bref combat est donc surraliste puisque Fire-Man affronte une copie d’Human Torch qui est, par la mme occasion, le portrait crach du modle utilis par Martin Filchock pour crer son propre hros. Mais le combat est de courte dure: Un homme de feu contre un homme ignifug, on comprend vite que le hros n’a pas trop de mal tenir en respect la crature. D’autant que cette dernire finit par se consumer. L’homme enflamm du professeur Book finit par s’crouler, mort. Ne reste plus qu’ conclure l’histoire. Fire-Man et Nancy fouillent dans les notes de Book et comprennent que son plan tait d’attaquer les vhicules transportant de l’argent avec ses « balles humaines » pour financer ses propres recherches. Nancy, aprs s’tre rjouie que la crature ait vcue assez longtemps pour dtruire ses crateurs, explique alors qu’il ne reste qu’ communiquer la liste des complices de Book la police et l’affaire sera close.

…L’affaire du professeur Book, sans doute. Mais Nancy n’envisageait sans doute pas qu’en constatant la fin de cette aventure elle marquait par la mme occasion la conclusion de la carrire du Fire-Man. En effet, on ne reverrait plus ce dernier dans aucune publication. Centaur s’en tait visiblement lass. Mais on peut aussi se demander si l’diteur n’avait tout simplement pas reu un coup de tlphone de Timely/Marvel pour lui signifier que la plaisanterie avait assez dur. Que Fire-Man soit une distante copie d’Human Torch avec le mme genre de coiffe que le Whizzer, c’tait une chose. Qu’un sosie en tout point identique la Torche se trimballe dans les aventures du mme personnage, c’tait sans doute aller un peu trop loin dans le mimtisme. Ou peut-tre que tout simplement la police du secteur de Fire-Man n’a plus jamais enqut sur des meurtres lis des incendies, laissant Jim Reuben en chmage technique en attendant qu’on ait nouveau besoin de lui.

[Xavier Fournier]