[FRENCH] Faîtes connaissance avec « Dan Garret 1.3 », la troisième variation du Blue Beetle originel, avec des pouvoirs différents. En 1940, Fox jouait gros avec cette nouvelle mouture du héros, qui ne se limitait plus à quatre pages d’histoires mais avait désormais son propre titre… Et une fiancée journaliste. Blue Beetle lorgnait vers Superman… ou Spider-Man ?

Le Blue Beetle dans sa propre série ? Après l’avoir limité dans des histoires de quatre pages reléguées vers la fin de Mystery Men Comics ? Qu’est-ce qui avait fait que les patrons de Fox Comics changent autant leur approche du personnage. La plus simple des raisons: le business. Au moment du lancement de Mystery Men, Fox cherchait à s’implanter sur le marché des daily strips publiés dans la presse. Et il y a de fortes chances que les premiers épisodes du Blue Beetle dont je vous parlais pas plus tard qu’hier étaient courts car dans le principe on voulait pouvoir les adapter facilement au format de la presse. Et sans doute que dans un premier temps les tentatives de Fox n’avaient pas été payantes. Certains historiens des comics avancent la théorie assez convaincante que le Blue Beetle à la sauce Green Hornet était trop semblable à son modèle et que les journaux et agences de presse avaient peur d’un procès, ce qui explique d’un jour nouveau les changements assez drastiques d’un épisode à l’autre. Mais en 1940, toutes ces difficultés initiales étaient oubliées. Blue Beetle avait droit à son propre strip (dessiné par Jack Kirby, alors débutant) dans la presse et Fox pouvait donc sortir un comic-book entièrement dédié à sa nouvelle star. Mais l’évolution du Beetle n’était pas terminée… D’abord les antennes ridicules qui lui surmontaient le crane furent vite oubliées (dès que le personnage était de profil ou de trois quart de face les dessinateurs ne savaient plus trop comment les représenter) au bénéfice d’une cagoule qui ressemblait bien plus à celle du célèbre héros de la jungle, le Phantom. D’ailleurs en France les éditeurs sans vergogne jouèrent sur la ressemblance et changèrent la couleur et le nom du Beetle: recolorié en rouge et rebaptisé le « Fantôme d’Acier », Dan Garret pouvait passer pour un cousin urbain du Phantom…

Aux USA le strip eut aussi une autre influence majeure sur le comic car souvenez-vous que le héros avait perdu tout gadget notable au deuxième épisode et était devenu un combattant masqué sans rien de particulier. Dans le strip, on lui avait au contraire donné des superpouvoirs dont l’existence fut prise en compte dans la BD. Ainsi ce quatrième numéro du magazine Blue Beetle tient compte de la nouvelle description du personnage, avec ce résumé dans la première case: « Tombant sur le dos de la pègre et du racket, le courageux Blue Beetle est rendu pratiquement invulnérable par une armure spéciale, faite de maille et reçoit une super énergie grâce à la vitamine 2X. Il s’est lancé dans une croisade solitaire pour la loi et la justice, personne ne sait qu’il est en réalité Dan Garret, policier débutant… ».

Vous noterez que dans la toute première histoire dont on parlait hier le rôle de policier pouvait se concevoir comme une façade (le héros jouant au candide quand il n’est pas en action), alors que là il est bien ce jeune policier qui se surpasse quand il devient super-héros.

Dan et son collègue (celui qui aimerait bien rencontrer le Blue Beetle mais n’y arrive jamais) sont en patrouille. Dan s’arrête pour lire un journal mais la journaliste Joan Mason lui souffle par dessus son épaule: « Si tu veux des nouvelles fraîches, pourquoi ne pas demander aux gens qui les écrivent ». C’est ici la première apparition de Joan, qui devient d’emblée son équivalent de Lois Lane. Plus tard, Joan aura même droit à des aventures en solo (un peu à la manière de Lane). La journaliste (qui a visiblement rencontré Dan bien avant cette première apparition) explique alors qu’elle a un tuyau. Blitz, un agent étranger, s’apprête à dérober la formule révolutionnaire de dynamite qu’un inventeur (de passage en ville) vient de créer. Et Blitz est prêt à tuer tout le monde pour y arriver.

Mais l’espiègle Joan se retourne vers Dan: « Si tu étais le Blue Beetle, je suis sur que je pourrais être sauvé de n’importe quoi ». Sait-elle ? Est-ce qu’elle se doute ? Mais à cet instant la discussion est interrompue subitement. Une voiture folle roule sur le trottoir et Dan sauve Joan de justesse. La jeune femme est bien sûr reconnaissante mais Dan trouve un mot, une menace de mort de Blitz pour prévenir tous ceux qui se mêlent de ses affaires. Ce n’était pas un accident mais bien un avertissement… Dan tente de conseiller Joan, de lui dire de lever le pied. Elle est en danger. Mais l’autre, un peu vexée, répond: « Le Blue Beetle ne tiendrait jamais ce genre de propos… Bon de toute façon il faut que j’y aille ». Nous sommes fixés, les propose de Joan au sujet de Dan et de BB n’étaient que des boutades. Elle est loin de se douter à qui elle parle.

Mais les hommes de Blitz ont vu que Dan a empêché l’assassinat de Joan et décident de l’ajouter, lui et son collègue (Mike), à la liste des gens qui s’opposent à leur plan et qu’il faut éliminer. Sous le déguisement d’un vendeur de ballon, l’un d’entre eux attirent Dan et Mike pour les désarmer. Mais même sans arme Dan est un combattant dangereux. Il a vite fait de retourner la situation à son avantage… Et de casser la figure aux malfrats. Dan demande ensuite à son collègue d’accompagner les prisonniers au poste. Lui a un détour à faire. Il s’éclipse jusqu’à la pharmacie du Docteur Franz et lui dit « Il y a du danger! Je dois devenir Blue Beetle à nouveau ». Et l’autre rétorque de manière théâtrale: « Oui, tu dois répondre à l’appel de la justice! ». Visiblement le Docteur Franz est un concept qui a évolué à partir du simple ami qui prêtait l’arrière-boutique de sa pharmacie. Là, il s’agit d’un inventeur qui a mis au point la « Vitamine 2X » et Blue Beetle, en tenue, de boire le breuvage: « Voici de la super-énergie pour écraser le crime ».

Pendant ce temps la bande de Blitz (qu’on voit enfin, c’est un borgne portant un bandeau blanc) fait ses comptes. En définitive les seuls qui sont sur leur piste sont une journaliste et deux petits policiers de rien du tout (il faut croire qu’au commissariat on coffre les saboteurs sans demander un rapport et que les informations qu’avaient Dan et Mike n’ont pas été transmises à la hiérarchie ?). Il suffit d’attaquer avant que l’opposition soit plus marquée…

Pendant ce temps l’inventeur de la dynamite révolutionnaire fait une démonstration devant des officiels et la presse (et donc Joan). Il explique: « Je fais don de mon invention à notre pays car je sais que seul lui ne l’utilisera pas à des fins de destructions ». Il est marrant cet inventeur, il créé de la dynamite encore plus destructrice mais ne veut qu’on s’en serve pour… détruire ? Parce que la dynamite ca peut s’utiliser dans la cuisine ? A part détruire, on ne voit pas. Bref, les hommes de Blitz arrivent et enlèvent l’inventeur, la journaliste non sans avoir tués les agents de sécurité. Arrivant sur les lieux, Blue Beetle jure qu’ils seront vengés comme il se doit… Joan et le savant disent aux saboteurs qu’ils sont fous s’ils pensent vraiment pouvoir s’en tirer. Les hommes de Blitz s’en moquent et leur avoue qu’ils les massacreront eux aussi quand ils auront la formule. « Sauf si le Blue Beetle vous aidait » dit l’un d’eux. Mais un autre gangster objecte: « Il n’existe pas, le Blue Beetle ». Mais toute sa bande le regarde. L’ombre d’un scarabée vient de lui passer sur la joue. « Maintenant les tueurs, voyons si vous êtes vraiment braves » ironise Joan.

Blue Beetle est bien là et il passe à l’action sans perdre de temps. Un a un, il neutralise les ennemis… Même si à un moment l’un d’entre eux va pour l’attaquer par derrière à la hache et que Blue Beetle est sauvé de justesse par un avertissement de Joan. Un autre brigand (un nain, il faut bien ça pour rajouter au côté pittoresque de la bande) sort alors une mitraillette. Mais c’est peine perdue: Blue Beetle se contente de poser devant lui. Il est à l’épreuve des balles, il ne craint rien! Enfin pas grand chose car cette fois un avertissement de Joan vient trop tard, les saboteurs lâchent sur lui un énorme rocher qui l’assomment. Ils ont en leur possession un peu de la nouvelle super-dynamite et ils ont pour projet de faire exploser Joan, l’inventeur et Blue Beetle dans une maison abandonnée. Malheureusement pour eux, Joan et le savant résistent, ce qui laisse le temps à Blue Beetle de revenir à lui… Une nouvelle fois les mitraillettes sont impuissantes en face de lui. Il ironise même: « vous ne trouvez pas qu’il fait un peu chaud ici ? ». Mais Blitz est devenu fou. Il veut faire exploser la maison (et ça, allez savoir si le Blue Beetle y résisterait). Le héros prend alors Joan et le savant sur son dos et s’échappe en glissant au long d’un cable. L’allemand, qui ne les a pas vu s’enfuir, se fait donc sauter pour rien. Et les bons sont saufs. L’histoire s’achève sur une variante de la tradition de Blue Beetle. Mike se lamente encore d’avoir manqué le héros. Mais entre les deux policiers il y a désormais Joan: « Le Blue Beetle était merveilleux Dan! Dommage que tu ne l’as pas vu! ».

On notera que parmi les petites modifications des méthodes de Blue Beetle, il ne sème plus systématiquement des scarabées en métal mais se contente à l’occasion de projeter une ombre sur le visage de ses adversaires. Le gadget sera perfectionné dans les épisodes suivants. Selon les cas il laisse donc des « scarabées mécaniques » mais dans d’autres occasions il a désormais une petite lampe qui lui permet de projeter un véritable « Beetle-Signal » lumineux pour terrifier ses ennemis. Après avoir précédé les spider-traces, Blue Beetle a aussi son équivalent du spider-signal. Plus encore, même si l’image n’est aucunement décalquée, il suffit de regarder la couverture de Blue Beetle #4 et de la comparer avec l’épisode d’Amazing Fantasy dans lequel apparaissait… Spider-Man. Blue Beetle arrive par la gauche, au bout d’un fil, en portant une femme (sans doute Joan) et Spider-Man arrive par la droite en portant un homme… Mais l’air de famille est certain.

[Xavier Fournier]