Iron Fist revient sur Netflix. Une deuxième saison qui se doit de redorer le blason du héros. À présent protecteur de la ville, Danny Rand va devoir lutter contre des menaces personnelles. Netflix nous a permis de voir les six premiers épisodes de cette nouvelle saison, verdict ?

JUSTICIER MASQUÉ

À la fin de Defenders, Danny promettait à Matt Murdock de prendre soin de la ville pendant son absence. C’est comme ça que commence cette deuxième saison. Portant un foulard jaune sur la bouche et drapé dans un sweat à capuche vert (ce qui finalement lui donne accidentellement de faux airs du héros de Kill Or Be Killed), Danny utilise son poing de fer pour lutter contre les deux factions qui tentent de prendre le pouvoir à Chinatown. Dans le civil, le jeune homme vit une vie simple : un boulot de déménageur, une vie de couple pépère avec Colleen Wing. Même s’il n’a pas renoncé à sa fortune, il laisse de côté les affaires de Rand Entreprises aux bons soins de Ward Meechum. Tout se complique quand Davos revient en ville. Le « frère d’arme » de Danny n’a pas digéré le fait que K’un-Lun, la ville mystique, leur foyer, ait disparu suite à la désertion de son protecteur. D’un autre côté, la guerre entre le clan des Hachettes et celui des Golden Tigers s’accentue. L’immortel Iron Fist pourra-t-il résoudre tous ses problèmes ? 

IL FAUT PASSER LA SECONDE

Nous avions croisé Danny dans la seconde saison de Luke Cage il y a quelques mois, le temps d’un épisode. Il avait l’air détendu, confiant dans son nouveau rôle… Cependant, dans Iron Fist, on a l’impression qu’il est revenu en arrière. Certes, il assume son rôle de justicier, il a une belle vie de couple… Mais il a encore du mal à contrôler ses angoisses. K’un-Lun a disparu par sa faute (en tout cas, c’est ce qu’il pense). Il fait tout pour se racheter en protégeant New York. On a donc un Danny encore très « enfantin » alors qu’on l’avait vu grandir dans Defenders et Luke Cage. Du coup, ce qui est le plus intéressant, ce n’est pas le héros mais son entourage. Il pourrait s’absenter un épisode qu’on ne verra pas la différence. Dommage, car Finn Jones, son interprète, est plutôt attachant. En comparaison, Matt Murdock assumait pleinement son rôle de héros dans la saison 2 de Daredevil. On aurait pu espérer que Danny l’imite en remplaçant son ami. A une époque, dans les comics, Danny portait fièrement le costume rouge du diable de Hell’s Kitchen pour faire croire qu’il officiait encore en ville, avant de retrouver son uniforme vert et son masque jaune. Les fans de cette période seront déçus car il ne porte… aucun costume (rassurez-vous il n’est pas tout nu, simplement en « tenue de ville »). Ces six premiers épisodes ne le transforment donc pas en super-héros à part entière. On pourra toit au plus dire que ce qu’il porte dans ces six premiers épisodes fait office de proto-costume. Par contre, il est curieux de constater que les gens qu’ils croisent au cours de sa quête n’ont aucun mal à l’identifier… Malgré tout, un élément mis en avant dans l’épisode 5 pourrait faire avancer la transformation du héros (on l’espère).

   

TEAM IRON FIST

On retrouve tous l’entourage de Danny. Le frère et la soeur Meachum continuent de graviter autour de Rand Corporation. Tous deux doivent gérer leurs démons. Ils n’étaient pas les favoris du public dans la première saison. C’est un peu dommage de leur donner encore tant d’importance cette année. Comparés au duo Colleen-Misty, ils font pâle figure. Les deux femmes ont une complicité naturelle. On aime les voir à l’écran, que ce soit dans leurs longs échanges sur la vie ou quand il s’agit de botter les fesses des gangsters. À quand une série Daugthers of the Dragon ?! Au milieu de ces visages familiers, on découvre Mary Walker (interprétée par Alice Eve), plus connu dans les comics sous le pseudo de Typhoid Mary. Présentée comme une enquêtrice hors-pair (où est Jessica Jones quand on a besoin d’elle ?), elle montre vite qu’elle a des petits problèmes mentaux. L’actrice arrive à nous faire percevoir le changement de personnalités par des petits gestes, des mimiques. La force des scénaristes est de téléscoper tous ces protagonistes dans une seule intrigue. Finie les multiples storylines qui s’entrecroisent. De Davos à Ward Meachum, tout le monde fait partie d’une seule intrigue, avec Danny au centre de l’affaire. Il y a cependant des longueurs qui tiennent au manque pratiquement absolu de musicalité. La plupart des séries Marvel/Netflix (Punisher mis à part), ont un rapport étroit avec une ambiance bien typée. On peut même parfois faire le reproche à Luke Cage de tomber dans l’excès inverse et d’être incapable d’aller chercher le courrier sans que s’élève trois notes de musique. Mais là, pour Danny Rand, c’est… le vide. A part de rares petites touches (comme quand Colleen et lui sont dans un resto asiatique et qu’on ne peut échapper à un peu de « muzak »), le silence règne et n’évoque pas franchement le « zen ». Ca n’aide pas la série à trouver une intensité nouvelle.

EN ATTENDANT LE DRAGON…

Si la première saison était plus que mitigée, cette suite corrige certaines erreurs passées. Les combats ont notamment été revus. Plus physiques, rapides et principalement jouées par les acteurs, ces scènes viennent ponctuer des épisodes au rythme mou. Ce découpage (longues scènes de discussion entrecoupées d’une scène de combat) est typiques des séries Netflix/Marvel, donc on ne peut en vouloir à Iron Fist. On attend donc à chaque fois la scène de « baston ». Cependant, une nouvelle fois l’univers d’Iron Fist n’est qu’effleuré dans la série. K’un-Lun, dragon géant, cités mystiques… Il y avait de quoi créer des scénarios de folie à la Game of Thrones (et pas seulement pour le dragon mais bien pour les intrigues de palais, qui plus est si l’on avait rajouté le concept des sept cités mystiques). Les séries Marvel/Netflix souffrent du fait que New York fasse parfois trop partie intégrante de l’ADN de la production. Pour faire encore référence au run de Matt Fraction, les producteurs auraient pu introduire des éléments tels que le passé des Iron Fist via Orson Randall, le Iron Fist des années 1940. Ceux que la première saison d’Iron Fist avaient laissé de marbre ne trouveront pas (en tout cas dans ces six premiers épisodes) de quoi faire évoluer leur avis. Et ceux qui se sont plus intéressés au héros trouveront sans doute que le héros progresse, certes, mais pas assez vite. Ces six épisodes nous font espérer qu’il se passera plus de choses dans la seconde partie de la saison et qu’on y verra enfin le héros principal évoluer. Et peut-être même, allez… se réveiller ?

[Pierre Bisson]