Cinma : Batman The Dark Knight

19 juillet 2008 Non Par Comic Box

[FRENCH] Il y adeux semainesla majeure partie de lquipe de Comic Box a pu voir Batman, le Chevalier Noir, qui sort le 13 aot chez nous (et qui a t lanc aux USA hier). Si ce long-mtrage nest pas sans dfaut, il reste assurment une grosse claque, renvoyant bon nombre de films de super-hros au rang de parodie costume. Dans les trilogies cinmatographiques, cest souvent le deuxime acte le meilleur. On nous opposera bien Matrix ou quelques autres, sans doute, maisla rgle dfinie par lEmpire Contre-Attaque, Superman II, Batman Returns ou quelques autres est le plus souvent confirme. Sil est bien trop tt pour savoir, dans lidal, ce que donnera le troisime opus du Batman tel que rinvent par Nolan un fait est sr : Batman The Dark Knight (deuxime volume dun tout) renvoie dans les paquerettes le film qui la prcd.

Avant daller vers le plus voyant (cherchez bien, un personnage ple aux cheveux verts), parlons dj du principe adopt par le ralisateur : un retour au mystre, la noirceur qui se sent mme dans la manire de filmer Gotham . L o dans le film prcdent larchitecture improbable de la ville tait encore un atout visuel, Nolan a prfr sen tenir une ville plus raliste, plus sombre et plus intime. Une ville qui du, coup, nen sursaute que plus quand des lments tels que Batman ou le Joker la secoue.

« Que m’importe de mourir les cheveux dans le vent… »

L, parlons des deux rles phares : Christian Bale en Batman aussi bien quen Bruce Wayne, on connait. Lacteur na rien perdu de son talent. La nouveaut vient surtout des adaptations fates au costume pour quil puisse mieux se tourner. Tel quil nous est prsent au dbut, Batman (ou LE Batman, cest selon) est un hros qui a pris ses aises depuis le film prcdent. Oh, il revient sa nouvelle Batcave, plus urbaine (qui renvoie la version des annes 70) couvert de blessures et de traces diverses. Ca na rien dune partie de plaisir. Mais fondamentalement le personnage a trouv sa sphre, son fonctionnement et ses amitis, aussi bien avec Lucius Fox quavec le lieutenant Gordon. Et quand un nouveau monsieur propre arrive dans la ville, Bruce en vient presque esprer un avenir dans lequel il pourra passer dautres le relais et raccrocher sa cape pour convoler avec sa chre Rachel. Tout a va graduellement voler en clat avec larrive dun lment pertubateur de taille : Le Joker.

« Dsol mec, il n’y a qu’une place assise dans cette pice »

Vritables vedettes du film, Heath Ledger et son personnage surplombent le reste de loin. Et ceci sans sentimentalisme aucun qui nous porterait voir en Ledger des qualits seulement parce quil est dcd. Non, Ledger porte vritablement le film sur ses paules. Il lui donne ses moments les plus spectaculaires mais il en incarne aussi la logique. Le Joker de Ledger et Nolan cest un peu le Kaiser Sze dUsual Suspect. Sous le maquillage, Ledger, mconnaissable, srige en hritier des rles de composition qua pu tenir son znith un Robert De Niro. Ledger et le Joker marquent tellement lunivers du Batman de Nolan quils placent la barre trs haut. Oubli Jack Nicholson. Quiconque voudra incarner un ennemi du justicier de Gotham devra dsormais se confronter cette unit de mesure . Dailleurs, ca commence ds ce Dark Knight, quand apparat un autre adversaire. Two-Face souffre de la comparaison avec le Joker (cest sans doute dailleurs aussi le cas dans les comics). Il fait petit ct et du coup la tension est moindre sur la phase finale du film. Car attention, nous ne disons pas que Batman The Dark Knight est un film parfait. A cot de ses moments les plus vivaces ou les plus noirs, il a aussi parfois quelques temps morts, voir mme des passages curieusement naifs (la scne des bteaux). En terme de rythme ou de ralisation ce nest pas forcment le meilleur film de super-hros auquel nous puissions esprer. MAIS le Joker administre une telle claque que mme pendant les moments un peu en dessous, on en est encore se frotter la joue Il ny a pas que Ledger qui sen sort bien : Maggie Gyllenhall est une mise jour bienvenue dans le rle de Rachel. L o la premire actrice faisait tche mme quand elle essayait de prendre le mtro, Gyllenhall donne une dimension humaine, raliste, au personnage. Dans ce chaos progressif, elle est de manire crdible la voix qui tempre Ou en tout cas qui essaie

« J’espre que ce film vous fera sourire, ma chre… »

Sur le plan des comics, ce film se prte de nombreux rapprochements. A dfaut dy retrouver mticuleusement reproduite une scne ou une case, lesprit de plusieurs priodes est reconnaissable. Bien sr, la mention du terme Dark Knight fera que beaucoup sen tiendront un lien avec Frank Miller. Si les gens de Warner savent trs bien ce quils font en brandissant ce terme, gardons-nous bien de nous limiter un lesprit de Miller souffle sur ce film tel quon a pu dj le lire en quelques endroits. L o la saga crite et dessine en son temps par Frank Miller et le film de Nolan se rejoignent, cest dans la dconstruction du mythe, dans le rejet de ses fioritures plus tardives ( limage de la Batmobile, remplace par un lment plus discret). Si le Dark Knight de Miller et celui de Nolan se ressemblent (non pas dans les scnes mais dans une certaine philosophie) cest aussi parce que tous les deux vont puiser dans les plus anciens pisodes de la BD, ceux de Kane et Finger en 1939. Pour qui connait le Joker des annes 40, tueur cachant son cynisme sous un maquillage de clown, la version quen livre Heath Ledger est furieusement raccord. Une scne dinterrogatoire lorgne normment vers The Killing Joke, lalbum dAlan Moore et Brian Bolland.

Un grand pas pour le Bat-homme…

La conclusion de Batman The Dark Knight vient comme un couvercle quon refermait de manire soudaine, donnant tout son sens au terme de Chevalier Noir . Nolan plonge dans lme du hros, sinterroge sur la philosophie dun hros oblig de mentir (cacher son identit) pour survivre et plus largement sinterresse au mensonge comme mthode de fonctionnement. Doit-on mentir pour protger son entourage ? Est-ce que chercher la vrit au mpris du reste nest pas, finalement, manquer dhumanit ? Nolan creuse profond dans la psychologie de Batman et, partir de l, lance quelques thmes (pour lesquels, il est vrai, il navance pas toujours une opinion tranche). Ainsi est-ce que la lutte contre la terreur vaut quon se moque des liberts individuelles ? Quon piste chaque citoyen honnte pour dnicher le ver dans la pomme ? Dans le Batman de Nolan, il y a mme un peu du Batman dOmac Project, sans parler dun rapprochement quon pourrait faire avec la logique de certains leaders politiques.

« Moi ? Pour les enfants ? Vous tes fou ou conservateur ?

Certains fans de comics aiment tout rapporter la course entre Marvel et DC et nul doute que des gens attendent dj de savoir si Batman arrivera dpasser Iron Man ou les autres sorties estampilles Marvel de ces derniers temps. En terme daudience, ce Batman-l part sans doute avec un handicap : ce nest pas un film familial. On y emmne pas toute sa petite famille pour voir un truc rigolo (Dailleurs ca na pas manqu, un ou deux grands journaux amricains se sont dj offusqu que ce Batman soit trop noir pour les enfants . Ben voyons). Batman The Dark Knight est un film qui referme la porte au nez des lourdeaux qui arriveraient en pensant que les super-hros cest seulement pour les gosses . Les deux videurs (habills en chauve-souris et en clown fatigu) les attendent lentre pour leur dire Ca va pas tre possible . Le film du sicle ? Non, jamais de la vie. Mais une uvre qui souligne quel point les super-hros, tmoins de leur poque, ont plus de choses dire quune nime comdie romantique. Aprs les chiffres ont leur logique (mme si a commence plutt bien daprs la premire nuit de projection aux USA) et tout reste possible. Mcaniquement, ce Batman plus adulte a donc des raisons dmographiques pour attirer moins de monde quun Spider-Man, puisque sloignant de la base des jeunes spectateurs. Mais on souhaite Nolan, Bale et Ledger le plus gros succs possible, ce ne serait que mrit. Parce que malgr les quelques longueurs de ralisation mentionnes, Batman The Dark Knight est un film de super-hros qui refuse dtre con, qui pouse totalement sa fonction de parabole.

[Xavier Fournier]