Comme s’ils craignaient que la confrontation entre Avengers et Defenders ne soit pas suffisante, c’est par un secret remontant à l’époque des Invaders (l’équipe des super-héros Marvel pendant la Seconde Guerre mondiale) qu’Alan Davis et Paul Renaud entament Tarot, une saga respirant le super-héroïsme décomplexé. Les deux auteurs prennent un plaisir tangible à se replonger dans une atmosphère un peu oubliée des « Marvel Comics ».

Avengers/Defenders: Tarot #1Avengers/Defenders: Tarot #1 (Marvel Comics)
Scénario d’Alan Davis
Dessin de Paul Renaud
Parution aux USA le mercredi 1er janvier 2020

Namor le Sub-Mariner a un problème. Le voilà qui se souvient d’une mission des Invaders qui n’a laissé aucune trace. Mais les événements vont peut-être lui permettre d’échanger des informations avec un ancien frère d’armes : les Defenders (Hulk, Namor, Doctor Strange, Silver Surfer et Valkyrie) sont à la recherche de talismans mystiques. Or, les Avengers (Iron Man, Thor, Captain America, Vision, Scarlet Witch) en possèdent une partie. Mais la rencontre entre les deux équipes réserve certaines surprises, comme l’intervention d’un très ancien « méchant » de Marvel. Alan Davis aime la richesse de l’univers Marvel mais il se méfie aussi des obligations que génèrent un univers partagé. C’est pourquoi (à l’image de ce qu’il avait fait en 2012 avec son crossover entre les Annuals Fantastic Four, Wolverine et Daredevil) Avengers/Defenders: Tarot se déroule à une époque passée. Si l’on s’en tient à la version des Defenders utilisée (avec Nighthawk qui ne semble pas encore faire partie du groupe et le Surfer encore là), on semble être pratiquement à l’époque de la première guerre entre les Defenders et les Avengers. Tandis que de l’autre côté le line-up des « Vengeurs » évoque une époque légèrement différente (encore qu’on puisse toujours dire que Mantis et compagnie sont partis en week-end. En un sens peu importe car le choix de Davis et Renaud est judicieux : mis à part peut-être cette incarnation de la Valkyrie qui est « passée », l’essentiel du casting est connu du grand-public et même si on parle d’un Marvel passé, c’est très aisément abordable. Tarot pose sa base de manière de plaire aussi bien aux lecteurs de longue date qu’aux fans plus récents.

« Yak, yak yak. Hulk thinks plans are stupid. »

Scénaristiquement, Alan Davis déploie l’humour simple qu’on lui connait et ces méchants issus d’une caricature assumée, tels que « Obenfuhrer Okkulte« . Cela pourrait tout droit sortir du Excalibur de la grande époque. Au dessin, Paul Renaud s’éclate à l’évidence dans ce projet monté entre les deux compères. Rien que la scène d’ouverture sur les Invaders est bien plus légitime, bien plus authentique que la série Invaders parue dans l’année écoulée. Pour l’occasion le dessinateur toulousain n’a pas œuvré aux couleurs (elles sont assurées par Paul Mounts) et progressé dans sa gestion des traits. Paul Renaud s’épanouit généralement quand on tend vers un Marvel « fun ». On se souviendra de son Uncanny Avengers Annual, produit avec Rick Remender, qui surfait déjà sur cette joie des comics. Ceux qui ont connu les « Défénseurs » à l’époque où ils étaient traduits par Arédit/Artima devraient particulièrement apprécier ce premier numéro. On pourrait se dire que puisque ce sont les Defenders, les Avengers et les Invaders « du passé », cette minisérie n’est pas appelée à avoir beaucoup de retombées. Elle en a pourtant une, immédiate, le plaisir communicatif de retrouver un super-héroïsme qui, bien qu’il soit « passé », n’en est pas moins intemporel. Profitons-en !

[Xavier Fournier]