Le deuxième épisode de House of X (mais troisième chapitre de la refonte des X-Men par Jonathan Hickman) tourne le dos à la construction scénaristique qui a précédé. Au lieu d’observer différents personnages à travers différentes époques, on suit le parcours d’une protagoniste que les lecteurs des mutants connaissent de longue date. Mais la connaissent-ils vraiment ? Hickman et Larraz change complètement le regard qu’on pouvait donner à l’une des alliées classiques des X-Men. Et si, après tout, les histoires de mutants ne se résumaient pas au seul « rêve » de Charles Xavier ?

House of X #2House of X #1 (Marvel Comics)
Scénario de Jonathan Hickman
Dessin de Pepe Larraz
Parution aux USA le mercredi 7 août 2019

Quand il s’est intéressé aux Avengers Jonathan Hickman a hérité des Illuminati créés par Brian Michale Bendis, à savoir des activités secrètes, une sorte de vie cachée pour des protagonistes qu’on pensait bien connaître, tels que le Professeur X, Mister Fantastic ou Namor. Mais l’idée de Bendis/Hickman avait un défaut conceptuel : le fait que quand on convoque les plus grands cerveaux de l’univers Marvel, il n’y ait pas une femme à la table (à part un épisode où Medusa tente de récupérer la place de Black Bolt, sans grand succès). Chez les mutants, c’est un peu pareil. Certes des héroïnes comme Storm ou Jean Grey sont là. Mais pour ce qui est de théoriser la race mutante et de surveiller son évolution, le plus souvent cette tache revient à des males alphas tels que Charles, Cyclops ou Magneto. Jean, Ororo ou Kitty ont bien dirigé l’équipe, à des moments différents. Mais quand cela devient philosophique ou trop scientifique, quand il faut poser l’oeil sur un microscope, l’image d’Epinal veut que ce soit plutôt un des X-*MEn* qui rapplique. Pourtant, les lecteurs se souviendront du temps où Charles Xavier avait une sorte de contre-partie féminine, une autre experte des mutations, Moira MacTaggert, ex-maitresse du Prof. X, mère de Proteus, mère adoptive de Wolfsbane, amante de Banshee et… première humaine à contracter le virus Legacy avant d’être abattue par Mystique ou de réapparaitre dans Chaos War bizarrement possédée par le fantôme de Destiny. A bien des égards, on pourrait dire que dans sa précipitation de faire de Moira son « outil » pour interférer avec la destinée des X-Men, Hickman donne un grand coup de pied dans tout çà et piétine ce qui a été écrit avant lui. Mais ce serait un jugement rapide car au contraire l’auteur trouve, par exemple, des raisons pour que Mystique et Destiny, plus ou moins consciemment, aient des comptes à régler avec la doctoresse. Même le fait qu’elle ait contracté le virus Legacy peut être vu sous un angle nouveau. Mais surtout, là où au fil des ans le discours de Charles Xavier s’est un peu figé et perdu (quand il reprend les rênes des X-Men il est rarement le meilleur « prophète » de ses idéaux), Hickman trouve donc un autre personnage pour devenir… peut-être pas « le porteur de la bonne parole » mais en tout cas un fil rouge qui s’est tenu caché derrière Charles Xavier, parfois sans que celui-ci le réalise. A partir de là, bien sûr, deux solutions. Soit le lecteur s’en tient à ce qui existait avant, au fait que Xavier et Hank soient les plus grands experts en mutation et qu’il est délirant de penser qu’ils aient pu être trompé… Ou bien l’on considère tout ce qu’il y a gagner – en tout cas potentiellement – avec cette situation nouvelle. Même si les auteurs ne dressent pas forcément qu’un portrait positif du personnage concerné, ils lui rendent à la fois une forme de prestige et d’importance.

« It was a good life. A human life. »

Pepe Larraz navigue très bien à travers une foule de flashbacks qui jonglent aussi bien avec des scènes de combats qu’avec des moments de « vie civile ». Il raconte de facon très dense un grand nombre d’événements mais les montre à travers les yeux du personnage qui raconte. Du coup, on est plus proche d’un point de vue à la Marvels que de l’énumération plutôt lassante qui a marqué History of the Marvel Universe #1 la semaine dernière. Est-ce que pour autant tout est joué, que du coup House of X et Power of X ont déjà fait le job quoi qu’il arrive ? Non, car l’important reste, forcément, la chute. Il faudra encore voir dans quel esprit Hickman fait ces manoeuvres. Mais cet épisode là en particulier fait partie des « game-changers », comparable d’une certaine manière à ce qui s’est passé avec Brubaker quand il a « ramené/créé » le Winter Soldier. Même quelqu’un qui n’aurait pas prévu de suivre HoX et PoX pourrait « picorer » ce numéro et en retirer quelque chose pour une meilleur relecture des décennies passées des X-Men.

[Xavier Fournier]