[FRENCH] Le bien est une valeur subjective. Civil War s’était d’ailleurs nourrit du fait que plusieurs factions de héros peuvent avoir des définitions très différentes de ce qui est moral ou de ce qui ne l’est pas. Avengers/Invaders va aborder la question sous un nouvel angle, avec des héros des années quarante confrontés à l’héroïsme de l’univers moderne de Marvel. Cette nouvelle maxi-série commence de manière assez séduisante…

Sortie américaine: 7 mai 2008
Scénario: Alex Ross & Jim Krueger
Dessin: Steve Sadowski

Bien que nous ne soyons pas supposés intégrer de spoilers dans ce genre de critique, ne tournons pas autour du pot puisque la situation de base fait partie du pitch même de la série et qu’on peut se dire que toute personne intéressée au moins un peu par le projet connait cette donne: les Envahisseurs (le principal groupe de super-héros de la seconde guerre mondiale) disparait en 1943 dans des circonstances mystérieuses et se retrouve… au XXI° siècle. Si certains avaient peur qu’Avengers/Invaders fasse double emploi avec la série The Twelve (elle aussi basée sur l’idée de héros des années 40 propulsés à notre époque), ils peuvent se rassurer. Ce premier numéro démontre la différence de tonalité de la série. Là où The Twelve repose plus sur le traumatisme social et presque intimiste du changement d’époque, Avengers/Invaders joue bien plus la carte de la confrontation. A peine arrivé dans le « présent », les Invaders se retrouvent au centre d’événements qui leur échappent et leurs points de repères pour savoir qui est bon ou pas sont assez croustillants…

C’est la première fois qu’Alex Ross s’engage dans un projet directement lié à la continuité Marvel mais pour une première, c’est une réussite (encore que bien sûr si vous êtes allergique aux héros des années 40, ce n’est pas pour vous…). La voix utilisée dans les premières pages (celle du jeune Bucky de 1943) sert non seulement l’intérêt du scénario mais est aussi tout à fait raccord avec les flashbacks et l’approche utilisée par Ed Brubaker dans la série Captain America ces dernières années. Les choses sont aussi profondément enracinées dans les retombées de Civil War et de The Initiative. Pour autant, Ross & Krueger ne renonçent pas à leurs fondamentaux et gardent le souci de montrer le point de vue du piéton, de l’anonyme figurant qui se retrouve malgré lui coincé dans les batailles des super-héros. Il y a certains rapprochements avec la logique de Marvels… Le seul souci (minime) de continuité est quand un adversaire moderne de Sub-Mariner dit ne jamais avoir affronté quelqu’un comme le Namor des Invaders alors que pourtant dans la récente mini dessinée par Phil Briones, le personnage en question affrontait bien le prince des mers… Mais il n’y a pas de quoi fouetter un chat pour ça, l’ensemble est bien mieux senti que cette phrase égarée…

Si ce premier numéro a un problème, cela ne doit rien au scénario de Ross & Krueger ou au dessin de Sadowski. C’est plutôt la colorisation un peu « flashy » de inLight Studios qui laisse à désirer. Steve Sadowski utilise un style plutôt riche en crayonnés, qui se préterait à des tons plus pastels, moins électriques… Quand vous aurez en main le comic en question, prenez soin de regarder ne serait-ce que la première page de la BD, avec les deux cases vers le bas qui montrent Bucky. Le dégradé du noir au gris manque de la plus simple élégance, comme si quelqu’un s’était contenté d’y verser un dégradé de base de Photoshop. Dans l’état, la couleur ne sert pas vraiment le dessin et c’est bien dommage. Cette errance de la colorisation n’arrive cependant pas à ruiner l’ensemble. Certaines touches du scénario sont à la fois simples mais inspirées (comme quand le jeune Namor confronte un adversaire moderne en étant convaincu qu’il a été torturé, ou quand Bucky détermine qui est l’ennemi en se basant sur la langue parlée… ou enfin quand sur la dernière page un personnage prononce un simple prénom…). Il est encore trop tôt pour savoir où la direction que prendront les événements, mais ce premier numéro est une mise en place efficace… Reste à voir comment les Invaders vont s’installer dans ce siècle mais les premiers moments de leur arrivée promettent bien des étincelles…

[Xavier Fournier]