[FRENCH] Entre crises d’identités et enjeux technologiques, cette semaine, TPB revient sur la dernière production Vertigo du tandem Carey / Jock (« Hellblazer »). « Faker » est une BD franche du collier. Directe, intransigeante. Dans la banalité, elle rend éclatant le vide existentiel qui prévaut au sein d’une bande d’étudiants lambda sur un campus du Minnesota tout aussi classique. Dans l’extraordinaire, le barré, elle débusque les misères cachées de tout ce petit monde bien nombriliste. Paradoxe accrocheur, Mike Carey (http://mikeandpeter.com/) (« X-Men : Legacy », « Ultimate Fantastic Four ») rend chacun des protagonistes attachants. Le contrat de départ, c’est la rencontre d’un monde relativement plat avec un univers de science exaltée, presque surnaturelle. Chacun le sait, « Everyone has something to hide », ce que ne manque pas d’annoncer d’emblée la couverture du volume. Éditée en français par Panini en septembre 2009, cette mini-série en six épisodes a été réalisée entre 2007 et 2008.

So bye-bye, miss american pie

On boit sec et on oublie tout à l’Université de Saint-Cloud (USA, bien entendu…). À peine Noël passé, les étudiants reviennent peu à peu de leurs vacances en famille, et préparent déjà la prochaine grosse « teuf »… prévue pour le soir même. Le tout démarre dans une ambiance digne des teen-movies nord-américains, le ton trash des dialogues en plus.

Pourtant si loin de Katmandou…

Mais cette soirée n’est pas vraiment satisfaisante au goût de Jessica, Yvonne, Marky et Sack, quatre potes un brin paumés qui décident alors de pimenter le programme. Direction, le labo de la fac, un lieu bien plus piquant pour se « lâcher ». Bientôt, la beuverie tourne à la crise de foie collective, accès de délire compris… Le lendemain, le cinquième larron de la bande, Nick, y retrouve ses colocataires encore vaseux de leurs excès. Alors qu’elle l’accompagne en amphi, Jessica, la jolie allumeuse devenue experte en chantage sur hommes mûrs et/ou mariés, réalise que Nick n’est pas reconnu par sa propre prof de fac. Et le résultat n’est d’ailleurs pas plus concluant auprès de son ancien employeur du vidéo-club… Se pourrait-il que tout le monde ait oublié jusqu’à l’existence même du très lisse et séduisant Nick Philo ?

Un goûteux jus de cerveau

Abordé frontalement, sur pellicule notamment, le « pitch » pourrait donner lieu à un film de série B de facture assez moyenne. Mais par la distance évidente qu’apporte le dessin nerveux de Mark « Jock » Simpson (http://www.4twenty.co.uk/) (« The Losers », « 2000 AD ») et par la force d’un découpage « punchy », tout ceci nourrit en réalité une BD assez envoûtante. Seul bémol narratif, on pourra cependant regretter le caractère abrupt de certaines transitions spatiales. Côté thématiques, les amateurs de SF y verront sans doute le legs d’influences littéraires fortes. La place du souvenir immatériel et l’enfouissement de chapitres pénibles, ces réflexions se trouvent ici confrontées à des questions technologiques plus prosaïques. Aux côtés de ces personnages, on plonge donc avec soif dans un puits aux identités que personne n’a vraiment choisi de rouvrir. Le message porté est nuancé et franchement mature. Et même si la seconde moitié du récit perd quelque peu en souffle, ce constat n’enlève rien à la netteté et à l’esprit de la conclusion. Sombre, mais rafraîchissant en ce début d’été.

[Nicolas Lambret]