Le Suicide Squad passe à son tour à la moulinette de Rebirth. Encore qu’à l’évidence l’objectif soit de booster la notoriété du titre. Non seulement cette version peut compter sur les crayons de Jim Lee, l’un des dessinateurs les plus bankables de DC, mais en plus le scénariste Rob Williams a visiblement été très bien briefé (ou alors si c’est fortuit c’est sidérant) avec les tenants et les aboutissants du film récent, l’idée étant visiblement de s’adresser au public le plus large.

Avant-Première VO: Review Suicide Squad #1Suicide Squad #1 [DC Comics]
Scénario de Rob Williams
Dessins de Jim Lee, Jason Fabok
Parution aux USA le mercredi 17 août 2016

C’est, pour ainsi dire, de bonne guerre : quoiqu’on pense du film Suicide Squad, ces personnages profitent, depuis la sortie du film de David Ayer, d’une exposition sans précédent, à un autre niveau de notoriété que leurs apparitions dans Arrow ou Smallville. On ne peut donc pas jeter la pierre à DC de vouloir être « raccord », à plus forte raison parce que l’essentiel du travail a déjà été fait ces cinq dernières années, alors que l’éditeur se préparait au film. Cette nouvelle mouture du Suicide Squad n’est donc pas spécialement une trahison de ce qui existait avant. Harley Quinn est là, tout comme Deadshot et Captain Boomerang sont en bonne position eux aussi. Mais même la référence à une chanson comme « I wanna be sedated » sonne comme une envie de se reposer sur une sorte de bande son imaginaire, une référence à la culture rock, comme l’abondance de vieux tubes dans le film. On pourrait presque croire que c’est la suite du film, à l’exception du fait que June Moon, ici, ne semble pas avoir de liaison particulière avec Rick Flag et qu’El Diablo ne fait pas partie de l’équation. C’est de bonne guerre, disais-je, parce que finalement ce n’est jamais que la méthode que Marvel a appliqué aux Gardiens de la Galaxie. Du coup, si c’est votre premier comic-book du Suicide Squad, sous peu que vous ayez vu le film, vous ne serez pas perdu. Reste à savoir ce que vous avez pensé du dit film et là, forcément, selon le cas les lignes qui précèdent vous auront horrifié. Mais en gros Amanda Waller, Harley, Deadshot et Captain Boomerang sont fidèles à leurs racines comics. L’australien, par exemple, est bien le personnage que l’on connait depuis des décennies chez DC et pas le vague pitre qui cherche après sa peluche rose en se tapant une bonne bière. Rick Flag n’est pas le type qui fait tout foirer pour une question romantique. Difficile de savoir ce qu’il en est de l’Enchanteresse et de Killer Croc, vu qu’ils ont peu de dialogue. A ce stade le camp adverse ne nous étant pas connu, on peut espérer que leurs motivations seront plus évidentes que dans le film.

« Why did I sign up for this, again ? »

Pourtant, on ne peut pas se tromper. Rob Williams a très clairement cherché le rapprochement. D’abord il y a le traitement de Katana, ou plutôt le manque de traitement puisque, ici, elle ne se donne même pas la peine de parler nippon, elle ne parle pas du tout, réduite au rang de bras droit silencieux. De même, là où El Diablo se prenait d’un coup à vouloir sauver sa « seconde famille » comme si une mouche le piquait, le Flag de Williams, d’un seul coup, fait une référence soudaine à l’équipe qu’il a déjà perdu, avant d’annoncer qu’il ne perdra pas celle-ci. Il y aussi une forme de volonté d’humour potache qui fait qu’à un moment l’un des personnages manque de mourir dans sa propre vomissure. Tout un programme. Mourir, justement, c’est un peu là que ça coince puisque d’un côté on est obligé d’utiliser les personnages selon le casting du film et que du coup, rajouter un ou deux autres criminels reviendrait immédiatement à dire « regardez, ces deux-là, on peut les sacrifier ». Du coup l’histoire de Rob Williams a quelque chose de figé, avec des personnages qui ne sont plus aussi « sacrifiables », d’autant qu’elle est écourtée pour permettre à Jim Lee de faire le show. Un Jim Lee d’ailleurs très différent de sa relance de Justice League. Ici les pages regorgent de cases, c’est plus dense. C’est pourtant avec la deuxième histoire, consacrée à Deadshot (et dessinée par Jason Fabok) que Williams nous montre où il fixe la barrière, jusqu’où il n’ira pas dans le rapprochement avec le cinéma. Le scénariste fait référence à la fille du tireur mais dans un contexte propre aux comics, dans un monde où le tueur à gages, bien qu’aimant sa fille, n’ira certainement pas l’aider à faire ses devoirs puisque leur relation est toute autre, plus proche de ce que John Ostrander et Christos Gage ont pu écrire par le passé sur la conception parentale de Lawton. C’est avec cette back-up que le scénariste nous montre qu’il n’entend pas tout sacrifier au buzz. La communauté avec le film n’est sans doute qu’un point de départ pour être « reader friendly ». Par contre, en coupant ainsi le numéro en deux histoires, on freine la progression du récit principal et on reste indécis sur la tournure que vont prendre les choses. Ceci dit, il faut bien le dire, la série Suicide Squad ou New Suicide Squad n’a pas vu passer que des choses bonnes ces dernières années, on a vu Deadshot, Harley et les autres s’agiter dans des histoires bien pires. Mais on referme le fascicule en se disant que les choses sérieuses n’ont pas encore commencé. Ca cherche encore une âme. Peut-être pour le #2 ?

[Xavier Fournier]