Juste avant l’élection présidentielle aux USA, Valiant publie ce cinquième numéro de Faith avec, en guest-star, Hillary Clinton. On est carrément plus dans le sujet que le Catwoman: Election Night de DC publié le même jour. Ce numéro assez spécial de Faith touche véritablement au sujet annoncé… mais pourtant, à sa manière, évite aussi de poser certaines questions…

Avant-Première VO: Review Faith #5Faith #5 [Valiant]
Scénario de Jody Houser, Louise Simonson, Rafer Roberts
Dessins de Meghan Hetrick, Marguerite Sauvage, Pere Pérez, Colleen Doran
Parution aux USA le mercredi 2 novembre 2016

Après avoir vécu sa propre version du « spider-clone/Ben Reilly » dans l’épisode précédent, Faith doit affronter une nouvelle ennemie, à savoir une jeune célébrité victime de harcèlement sur Internet désormais possédée par une force maléfique, personnifiée par un chat noir. On peut sans doute y voir à la fois une caricature de Sabrina la petite sorcière ou de Miley Cyrus. Un épisode qui permet d’une part de montrer l’optimisme de Faith et le côté négatif de cette « Dark Star ». Mais c’est sans doute la deuxième histoire du numéro qui attirera le plus les commentaires : Faith se voit confier la mission de couvrir un meeting de la candidate Hillary Clinton. Elle s’y rue, le sourire aux lèvres, réalisant que les femmes ont gagné le droit de vote il y a 100 ans et que, là, une femme risque de devenir présidente. Et c’est assurément une perspective novatrice, progressiste. Mais quelle femme ? Car dans le bras de fer qui occupe la vie politique aux USA pour encore quelques jours, s’il y a des risques de tomber dans « l’idiocratie » et que par conséquent le choix le plus évident pour s’y opposer est de choisir le camp d’en face… Hillary Clinton n’est pas, contrairement à Barack Obama il y a quelques années, un visage si neuf dans la politique américaine. C’est à dire qu’il y a deux approches possibles : soit présenter Clinton comme une solution anti-Trump (mais ce dernier n’est même pas mentionné dans le récit), soit la présenter pour ses propres caractéristiques. Et là, c’est le vide total, le refus d’une prise de position sur le fond et un soutien à la mode twitter, c’est à dire qu’après constaté de façon fort opportune « qu’il y a des gens sensés dans les deux camps », Faith se rue idolâtrer Hillary Clinton. C’est son droit, mais on ne saura pas vraiment pour quelles raisons et c’est fait sans retenue, l’avatar comic-book de Clinton sortant des lieux communs philosophiques avant de demander à l’héroïne de poser pour un selfie avec elle, ce que Faith s’empresse de faire, le sourire aux lèvres. C’est son droit mais il n’y a pas grand-chose d’assumé là-dedans et l’épisode supporte mal la comparaison avec ce qu’avait fait Erik Larsen pour son Savage Dragon, quand le personnage prenait réellement parti pour Obama.

« Oh God. My hair is such a mess in that picture ! »

Contrairement à Catwoman: Election Night, on n’est pas trompé : il y a bien un lien factuel avec la course présidentielle. Mais, malheureusement, les événements glissent sur Faith, qui ne s’implique dans rien, qui ne critique rien, que ce soit dans un camp où l’autre, et qui ne se pose pas la question de savoir si elle pose à côté d’une future Indira Gandhi ou d’une Margaret Thatcher. Non. Il n’y a même pas un soutien assumé là-dedans, juste la finalité de se cramponner à son téléphone pour faire une photo. La même histoire pourrait être publiée en passant un coup de blanco dessus et en dessinant Sarah Palin à la place de la silhouette de Clinton que ce serait pareil. Il n’y a pas de pensée sur le fond et l’acte politique est réduit à pratiquement rien. Ah si, pardon, un selfie. Il y a quelques années déjà, Alison Bechdel avait critiqué un cliché via le Bechdel Test, à savoir que deux personnages féminins restés seuls ne restaient jamais longtemps sans évoquer un homme. Un bon nombre de comic-book féminins (et se revendiquant parfois féministes) contemporains nécessiteraient sans doute qu’on instaure un « SFR Test » ou quelque chose du genre. Comme la Batgirl de Burnside il y a quelques mois, le téléphone portable est omniprésent et on termine en faisant des selfies à tout va. Ce qui est paradoxal, finalement, c’est que la première et la troisième histoire (Faith y sauve une jeune fille surpuissante, manipulée par son oncle) sont d’une certaine manière plus profonde, plus pensées, que cette rencontre avec la candidate Clinton. On la présente du bout des lèvres mais attention, pas trop, comme ça si l’élection bascule de l’autre sens, on se sera contenté de parler de la femme Clinton (ce qui, comprenons nous-bien, n’est pas un mal en soi) mais sans vraiment aborder la candidate en elle-même (ce qui pour le coup est un manque d’ambition du numéro). Visuellement ce numéro est servi par une belle brochette d’artistes. Mais Faith (dont avait bien aimé la série jusqu’ici), à vouloir passer pour un personnage optimiste, le sourire aux lèvres, en vient parfois à passer pour un caractère assez simplet, qui préfère s’occuper du fait qu’elle est dépeignée, gérer sa vie sur les réseaux sociaux, passer son temps au téléphone, que s’intéresser au fond des choses (et, dans la réalité, c’est peut-être aussi pour ça que dans certaines parties du monde des candidats plus ou moins populistes arrivent à se hisser à des niveaux inouïs). Quoi qu’il arrive dans la nuit de mardi à mercredi, Faith #5 restera une curiosité marquée de son époque. Mais on tique sur cette impression de « gadget », de récupération, là où l’épisode aurait pu être bien plus personnel. Ce n’est pas illisible. Mais le thème et l’héroïne valent mieux que ça.

[Xavier Fournier]