[FRENCH] Nous allons une nouvelle fois explorer une série apparue dans un numéro de Showcase, la revue expérimentale de DC Comics. En pleine mode de création d’équipe d’aventurier, les Editors poursuivent se qu’ils avaient commencés avec les « Frog Men » et lance l’équipe des Sea Devils. Nous assistons dans Showcase #27 (juillet – août 1960) à la rencontre de Dane Dorrance, Judy Walton (qui deviendra sa fiancée), Biff Bailey (qui deviendra son meilleur ami) et Nicky (le jeune frère de Judy). Encore une fois le caractère révolutionnaire d’un célèbre quatuor qui paraîtra quelques mois après est à relativiser.

Nos quatre amis sont des passionnés de plongée sous-marine et admirent le père de Dane qui a été plongeur de combat et décoré pendant la seconde guerre mondiale pour sa bravoure. Ce dernier monte d’ailleurs une compétition amicale avec ses palmes de combat comme récompense dans Showcase #28. Cette première aventure va poser le ciment de l’esprit d’équipe des quatre amis qui vont se baptiser les Sea Devils. L’équipe reviendra dans Showcase #29 puis dans leur propre titre qui commencera en 1961 et se terminera en 1967 après 35 numéros.

La trame des épisodes évoluera de manière très importante, ce qui explique cette longévité à mon sens exceptionnelle pour un concept d’équipe qui ne pouvait a priori que s’épuiser rapidement.
De simple équipe de plongeurs, les Sea Devils deviennent une équipe de référence sur les problématiques marines, préfigurant une veine écologique qui arrivera bien après. Les particuliers et les autorités (parfois militaire) font appellent à eux pour des séances de tests ou résoudre des énigmes marines.

L’équipe de base ne changera jamais vraiment même si des supporting casts récurrents viendront aider régulièrement.
Comme Green Arrow et ses Green Arrow of the World (cf. French Collection #85) les Sea Devils connaitront leur déclinaison internationale avec les International Sea Devils qui représente symboliquement les sept mers et sont constitués notamment de Molo l’africain, Sikki l’indien et Miguel en provenance de l’Amérique latine.Lorgnant plus vers les Irregulars of Baker Street, les Tadpoles sont un groupe d’apprentis plongeurs qui aideront également les Sea Devils de manière occasionnelle. L’un d’entre eux sera même promu comme membre des International Sea Devils. Il faut dire qu’en plus de leurs autres activités, les Sea Devils ont fondés une école de plongée.

Mais au-delà de ces supporting casts, c’est surtout le monde des Sea Devils et son environnement proche qui va évoluer vers des thèmes fantastiques et proches du roman populaire américain (les pulps) qui est l’héritier du roman populaire européens et français en particulier. Les Sea Devils vont ainsi rencontrer des civilisations sous-marines plus ou moins liées aux civilisations grecquo-romaines. C’est ainsi qu’ils affronteront des figures mythologique comme Circé, Hercule, Neptune, etc.

Lors d’une de ces explorations, ils utiliseront un robot géant doré appelé Neptimus (du nom du premier plongeur de l’histoire) qui servira de quartier général aux International Sea Devils et qu’ils utiliseront régulièrement dans leurs aventures. L’équipement des Sea Devils se sophistiquera également avec notamment des appareils d’exploration de plus en plus sophistiqués. Après la destruction des Sea Witch & Sea Witch II, ils utiliseront un navire hydrofoil baptisé le Flying Fish.

Bizarrement, les thèmes des aventures des Sea Devils seront beaucoup plus divers que celles des Challengers of the Unknwon (cf. French Collection #88) ou de Rip Hunter (cf. French Collection #90). L’environnement aquatique est le point commun de toutes leurs aventures mais les thèmes et leurs adversaires proviennent aussi bien de la mythologie, du fantastique, de la science-fiction, des voyages temporels et des récits d’aventures et d’exploration. Une des particularités bien connue des Sea Devils est son interpénétration avec le monde réel et notamment l’équipe éditoriale de DC Comics. C’est ainsi que nous verrons dans Sea Devils #12 Joe Kubert, Gene Colan, Ross Andru & Mike Esposito suivre les exploits de l’équipe afin de les dessiner en pleine action. Dans Sea Devils #15 c’est au tour d’Irv Novick d’apparaître dans la série.

La série comporte d’ailleurs un coté « entertainement » puisque la motivation première de Judy est de devenir actrice dans des productions cinématographique mettant en scène des aventures et ballets aquatiques. Les Sea Devils travailleront donc plusieurs fois dans le milieu cinématographique. Paradoxalement cela rapproche a postériori Judy & Susan Storm des Fantastic Four puisqu’il sera révélé que cette dernière était une championne de natation qui voulait devenir actrice.

La série ne dérivera donc pas complètement vers la mode des super-héros dans son traitement ni dans son apparence. Il faut dire que l’occupation des Sea Devils leur procure dès le début un uniforme commun au travers de leur combinaison de plongée auxquelles sera juste rajouté un symbole (plus ou moins gros selon la période) en forme de trident.

Néanmoins, Sea Devils #22 (mars – avril 1965) marque un tournant dans la série avec l’introduction du Captain X. Ce dernier est le commandant d’un sous-marin (sans doute atomique) révolutionnaire qui sera d’abord présenté comme une menace puis un allié des Sea Devils.

Il faut dire que nous découvrons que Captain X est en fait le professeur John Payton, le vrai père de Dane Dorrance (il ne sera jamais vraiment expliqué qui est le père de Dane qui donne ses palmes de combat dans les premiers épisodes mais il est assez facile de penser qu’il s’agit de son beau père où de son père adoptif).

A la fin de la seconde guerre mondiale, alors qu’il mène une mission expérimentale de survie pour la marine il est capturé par le Hammerhead Submarine. Les sous-marin est en fait le navire le plus avancée de la flotte nazie et devait conduire Adolf Hitler en Amérique du Sud. Dans l’impossibilité d’effectuer leur mission, les nazis expliquent à leur prisonnier qu’ils vont se servir du submersible pour terroriser le monde. John Payton se libère et déclenche un mécanisme qu’il pense être d’auto destruction. Il s’agit en fait d’un moléculiseur qui va modifier sa structure génétique de façon à lui interdire de quitter le submersible sous peine de mort. Par contre, tant qu’il reste à l’intérieur il est virtuellement immortel. Captain X a donc explorer l’océan et apprit à se servir du Hammerhead Submarine dont il a hérité bien involontairement. Les nazis ayant compris ce qui se passait ont fuis avant d’être irradié. Lors des différents essais qu’il réalise pour comprendre le fonctionnement du navire, Captain X a accidentellement irradié le marquis Juan Vallombrosa, le transformant en un amphibien possédant des caractéristiques hybrides entre l’homme et le poisson capable de vivre sous l’eau et de se métamorphoser en créature marine.

Devenu à son corps défendant The Man-Fish, Juan développera une haine générale de l’humanité et en particulier du le Captain X qu’il considère comme son tortionnaire, se rapprochant ainsi de l’Hictaner (personnage de Jean de la Hire apparut dans le roman L’homme qui peut vivre dans l’eau). The Man-Fish ressemble également à Namor dans le sens où il est amoureux de Judy et aide même parfois l’équipe pour la secourir, même s’il s’arrange également pour toujours essayé d’éliminer son rival Dane. La parenté entre le Captain X et Dane Dorrance étant un secret pour les autres. A partir de l’introduction de ces deux personnages les aventures vont plutôt s’orienter vers l’introduction systématique de monstres et super-vilains que les Sea Devils vont combattre avec leurs nombreux alliés. L’un de leur adversaires est intéressant puisque le Gamester n’est ni plus ni moins qu’un copie quasi parfaite du Puppet Master, l’adversaire des Fantastic Four.

Suite à l’annulation du titre, les Sea Devils ne réapparaitront quasiment plus. Nous apprenons tout de même dans un épisode de Human Target [Christopher Chance] publié dans Detective Comics #486 que Dane et Judy se sont mariés. Le vrai retour des Sea Devils se passe dans un story arc associés à Superman dans Action Comics #552 – 554. comme pour Rip Hunter c’est seul que Dane réapparaît (ce qui est plus surprenant au regard de son statut marital. Il intègre donc l’équipe des Forgotten Heroes mené par Immortal Man (dont nous reparlerons bientôt dans un prochain French Collection) et comprenant Rip Hunter, Cave Carson (a venir dans un prochain French Collection), Animal Man (bientôt dans French Collection), la mystérieuse Dolphin, Congo Bill (cf. French Collection #64) et Rick Flag Jr de la Suicide Squad (à venir dans un prochain French Collection).

Mais le succès de cette nouvelle équipe étant faible, il faudra encore attendre des années avant de voir revenir les Sea Devils au complet. Il était logique qu’une équipe dédiée au monde sous-marin croise le plus connu des héros aquatique de la continuité super-héroïque de DC Comics. Aquaman: Sword of Atlantis #42 marque donc le retour des Sea Devils comme responsable de la sécurité du Windward Home dont Jim Lockhart (cf. French Collection #20) et Elsa Magnusson sont les administrateurs. La dernière étant la veuve de Mark Merlin (cf. French Collection #77).

En France, de manière une nouvelle fois paradoxale, les Sea Devils sont apparus pour la première fois pendant le golden age tel que nous le définissons dans ces chroniques. En effet, c’est en octobre 1961 qu’est publié Les palmes de la victoire, deuxième apparition de l’équipe, dans Big Boss 1ère série n° 61. L’équipe apparaîtra une deuxième fois dans Big Boss 1ère série et il faudra ensuite attendre la création de la collection Comic Pocket d’Artima / Arédit pour les voir apparaître de manière récurrente dans Etranges Aventures puis, lors de la conversion de ce titre en une publication 100 % Marvel, dans Aventures Fiction 2ème série. La fin de la série sera publié systématiquement (du #18 au #35 américains) aura même l’honneur de figurer sur plusieurs couvertures.

[Jean-Michel Ferragatti]