Injustice (la version de l’univers DC où la vie des super-héros, et en particulier de Superman, a déraillé) reprend du service cette semaine. Tout semblait dit ? Tom Taylor et Rogê Antônio reviennent aux origines et même avant en nous proposant un récit situé avant que les choses basculent. Une préquelle qui semble amenée à expliquer diverses choses dans la mythologie d’Injustice. Dans un monde qui basculera du côté obscur, Taylor guide sa barque en montrant d’abord un « DCverse » apaisé et plein de valeurs positives. Le calme avant la tempête.

Injustice – Year Zero #1Injustice – Year Zero #1 – 3 (DC Comics)
Scénario de Tom Taylor
Dessin de Rogê Antônio, Cian Tormey
Parution aux USA le mardi 4 août 2020

Si vous avez d’Injustice le souvenir d’un Superman radicalisé, détruisant certains de ses anciens alliés, la préquelle que voici va vous surprendre. Au scénario Tom Taylor va exactement dans la direction inverse, en montrant d’abord un univers DC en bon état de marche, où les principaux héros se connaissent et s’apprécient, à grands coups de banquets communs et de tapes dans le dos… Ou sur le visage si l’on prend en compte la mentalité très « Ben Grimm » de Wildcat. Car Taylor donne le beau rôle à la Justice Society. Au point même où on pourrait croire à un bout d’essai pour qu’on lui confie les aventures de la JSA tant, en quelques pages, son approche est sans doute la meilleure version de la Society qu’il nous a été donné de voir ces dix dernières années. Vous nous direz que c’est « facile » puisque la dite JSA a été annulée depuis 2011 et qu’elle n’est revenue que récemment pour de petites scènes mineures dans Doomsday Clock, Justice League ou Death Metal. Mais on parle bien d’une décennie et, même dans les unes ou deux années précédant le reboot de 2011 (notamment la période Marc Guggenheim) le groupe n’avait pas cette gouaille et cette légitimité. Ce n’est pas une simple approche passéiste façon « ouin c’était mieux avant et comme Taylor les personnages d’avant forcément c’est bien ». D’abord parce qu’il arrive à une continuité hybride (ces versions de Mister Terrific et d’Amazing Man n’ont jamais cohabité dans la JSA, par exemple, tandis que Wildcat porte un costume différent) mais surtout parce qu’il leur insuffle de la vie. Bien sûr tout ça n’est que l’œil du cyclone. Les couvertures de ces trois premiers chapitres laissent peu de doute sur le fait que les différentes équipes vont finir par se crêper le chignon, retombant (et à raison sinon ce ne serait pas la peine) sur les préceptes d’Injustice. Mais ce début est assez prenant et sympathique.

« Your legacy is alive in every hero on the planet, son… »

Tandis que les deux premiers chapitres sont joliment mis en image par Rogê Antônio (les scènes à l’intérieur du satellite sont vibrantes de vie, même quand il ne s’agit que de dialogues tranquilles), Cian Tormey livre un travail plus fouillis sur le troisième segment. Mais il s’agit d’un flashback et on peut comprendre d’une part qu’il ait sa propre ambiance et d’autre part qu’on évoque la Seconde Guerre mondiale (du coup le côté fouillis se défend). Injustice – Year Zero est sans doute le comic-book numérique le plus ambitieux de l’actuelle vague (post confinement) de DC Comics « Digital First ». L’éditeur le sait, visiblement, d’où le fait d’avoir diffusé d’un coup les trois premiers chapitres dans le cadre d’un lancement éclair (il y a encore quelques jours l’existence même de cette série était tenue secrète). Le démarrage de cette série est de qualité. Sur un plan plus structurel, Injustice – Year Zero encourage l’idée que le « curseur » de la production DC se tourne de plus en plus vers le numérique (s’il y a déjà eu des comics numériques d’Injustice, Year Zero intervient dans un contexte où l’offre « papier » de l’éditeur semble lever le pied). N’empêche qu’on espère de voir un jour une série JSA par Tom Taylor…

[Xavier Fournier]