Alors qu’Avengers et Fantastic Four se sont alliés avec les Skrulls et les Kree pour faire face à une menace commune, les héros terriens commencent maintenant à se demander si le remède n’est pas pire que la maladie. Les uns veulent consommer la Terre, les autres préféreraient détruire la planète plutôt que de risquer la voir tomber entre des mains ennemies. Est-ce qu’il y a un « bon » camp dans cette guerre ? Pour semer encore plus le trouble, certains héros ne sont peut-être pas ce qu’ils paraissent être….

Empyre #4Empyre #4 (Marvel Comics)
Scénario d’Al Ewing & Dan Slott
Dessin de Valerio Schiti
Parution aux USA le mercredi 5 août 2020

Empyre #4 est le numéro de l’infiltration, de la confusion même. Ewing & Slott ont choisi de tisser un crossover où les alliances et les mésalliances peuvent basculer d’un instant à l’autre. Normal dans une histoire où les deux camps sont menés par des personnages qui, jusqu’ici, semblaient pratiquement faire partie de la « famille » des Avengers, qui font désormais preuve d’une mentalité bien moins amicale. Rajoutez à cela la présence des Skrulls (toujours propice aux faux-semblants) et les propriétés encore méconnues des Cotati et vous avez un récit qui joue la carte de l’instabilité (ce qui plaira plus ou moins aux lecteurs, suivant qu’ils préfèrent une histoire linéaire ou pas). Mais ce qui caractérise ce quatrième numéro c’est de faire allusion à plusieurs événements qui se sont déroulés « hors image ». On comprend que les deux scénaristes aient voulu se ménager du suspens et un coup de théâtre. Ce n’est pas tant les implications pour l’un des personnages les plus impactés (les lecteurs fidèles d’Al Ewing peuvent douter de la permanence de la situation) mais plus la manière « hors champ » qui fait que cela peut sembler désinvolte envers le/la protagoniste. Gageons cependant que la situation fait que par retour de balancier il sera nécessaire de lui donner plus de pages dans les numéros à venir. Hors champ aussi ce qui concerne la situation actuelle de l’Empereur (et qui laisse plus de date au doute). Hors champ, enfin, ce qui est révélé sur la fin (et qui pour le coup aurait pu faire un bon prologue, le « spoiler » ainsi avant de le raconter/détailler est là aussi un peu étrange). On passera aussi le fait que, comme nous le laissait penser la lecture de Captain Marvel #18, les choses semblent assez peu raccord en ce qui concerne le sort de Carol Danvers (encore qu’au moins on puisse imaginer pourquoi on aurait voulu l’éloigner du « front » de cette guerre).

« You’re such a stupid animal. »

Valerio Schiti joue sur une facette intéressante de son talent de dessinateur, à savoir les expressions. Les étonnements, les sourires carnassiers ou malfaisants (par exemple le moment où l’adversaire de Ben se révèle), l’inquiétude… tout cela passe sur les visages de ses personnages et c’est un vecteur important de l’émotion dans Empyre. D’ailleurs on peut dire que Schiti pose de l’émotion là où peut-être, si on se basait sur le seul texte, il n’y aurait que des revirements de situation mais pas véritablement de « sentiment ». C’est peut-être un peu d’ailleurs ce qui marque la lecture de cet épisode. Les scénaristes sont occupés à des manœuvres pour la suite. Tout ce qui touche à l’ambiance, à « l’humanité » des personnages, passe par le seul dessin. On pourrait considérer qu’avec Empyre #4 on passe dans le « ventre mou » du crossover mais il est difficile d’en avoir le cœur net. L’épisode pose différentes problématiques qu’il ne résout pas. Il lance des choses et on ne pourra en faire le bilan qu’au chapitre prochain. On a clairement l’impression qu’on est dans le virage qui décidera la qualité ou de la non-qualité de l’ensemble de la saga. Cela dit, à ce stade, il faut reconnaître à Empyre de ne pas être un de ces crossovers dont on voit venir la fin des mois à l’avance…

[Xavier Fournier]