Si cette semaine voit la énième relance d’une série consacrée à Cable, c’est la première consacrée à cette version bien spéciale du fils de Cyclops. Une véritable page blanche que ce premier numéro ne comble qu’en partie, sans prendre en compte la complexité du personnage et de ses capacités mais en liant, de manière inattendue, avec un secteur de l’univers Marvel en général bien éloigné des mutants…

Cable #1Cable #1 (Marvel Comics)
Scénario de Gerry Duggan
Dessin de Phil Noto
Parution aux USA le mercredi 11 mars 2020

Il y a des moments où on a l’impression que Marvel a loupé le coche avec certains personnages. Si l’éditeur avait lancé une série illimitée Rogue (au moment du pic de sa popularité dans les années 80) ou fait de même avec Gambit juste après son apparition (sans attendre quelques années pour des miniséries), les personnages seraient sans doute installés/consolidés autrement. Avec « Kid Cable », c’est un peu la même chose. Il a déboulé dans le crossover Extermination, a éliminé sa version adulte, causé la mort de quelques autres mutants avant d’être un élément majeur du retour des X-Men originaux dans leur époque. On comprend qu’au lendemain d’Extermination Marvel a préféré se servir de Cable pour mieux relancer X-Force mais il n’en demeure pas moins qu’une série consacrée à Nathan aurait été optimale. Dans le contexte actuel, le jeune Cable est plutôt « avalé » par les retombées de la présence des mutants sur Krakoa et de divers éléments de la série X-Men principale (comme le fait que l’île a fusionné avec une autre, récemment). Comme la plupart des mutants disponibles, le jeune Cable fait désormais partie d’une communauté globale et adopte un comportement « épanoui » : les anciens meurtres ont été pardonnés et Nathan n’a plus guère comme activité que les entraînements au combat et la drague (suggérée) avec une mutante de son âge (actuel). Gerry Duggan écrit le jeune Cable de façon beaucoup plus calme que dans ses apparitions précédentes. Dans Extermination ou X-Force, il avait quelque chose d’un « Damian Wayne mutant ». Là, il est beaucoup plus sociable (encore que toujours dangereux) sans qu’on sache trop si Duggan lui fait prendre un tournant où s’il s’agit de se conformer aux règles de l’île (après tout dans les séries post-House of X un certain nombre de tueurs de masse adoptent une personnalité plus « détendue »).

« The bargain must be honored… »

L’avantage d’avoir un dessinateur tel que Phil Noto à bord c’est que son style, très particulier, implique comme un changement des règles physiques par rapport au tout-venant des exploits des X-Men. Il est à la fois plus réaliste mais aussi, quand il le faut, plus prompt à la caricature (voir la créature affrontée dans ce numéro). Avec cette approche, Noto permet de faire « passer » un jeune Cable légèrement différent de ce qu’on connaissait auparavant, moins militarisé et plus adolescent. Ce qui est certain c’est que Duggan tourne totalement le dos au côté « voyageur du temps » (encore que la série n’est pas débarrassée de tout paradoxe, comme semble le souligner la fin). Ce serait pourtant une manière intéressante d’explorer certaines timelines évoquées par « Mother X » dans Power of X. Dans l’état, cette série s’adresse plutôt aux lecteurs de longue date, peu d’efforts étant fourni pour expliquer qui est le personnage principal (ne serait-ce que depuis Extermination) et les lecteurs récents risquent d’être totalement perdu dans les scènes « extra-terrestres ». Car le scénariste se tourne de façon inattendue vers d’autres personnages de Marvel chez aux fans de Bill Mantlo (surtout qu’on comprend que les trois inconnus – argenté, doré, sombre – sont des avatars de héros qui existaient auparavant). Seul petit « couac », l’écart de temps donné (au moins trois millénaires si on en croit les protagonistes) semble peu compatible avec les écrits précédents de Mantlo. Duggan en profite surtout pour importer dans la discussion une arme cosmique. C’est intéressant dans le sens où cela semble (au premier abord) exposer Cable à des questions autres que ce qui se passe sur Krakoa. Mais on est très vite rattrapé par l’idée que ces éléments sont là surtout pour justifier le prochain crossover mutant, « X of Swords ». Du coup la série Cable pour l’instant nous donne plus l’impression d’un volet annexe venant se greffer sur les séries existantes plutôt que quelque chose qui a sa propre personnalité. Est-ce que ce nouveau titre n’existe que pour servir « X of Swords » ? La réponse devrait venir assez vite. Beaucoup de choses réposent sur la manière selon laquelle sera gérée le cliffhanger du numéro.

[Xavier Fournier]