Dans la continuité de Marvels vient s’intercaler ce portrait de Sub-Mariner. Une occasion bienvenue d’honorer un personnage majeur de Marvel mais, il faut le dire, bien à la peine ces dernières années. Et il n’y a pas que lui. Alan Brennert et Jerry Ordway retracent toute une époque en centrant leur approche sur deux personnages majeurs. Le prince d’Atlantis mais aussi son alliée la plus proche.

Sub-Mariner - Marvels Snapshot #1Sub-Mariner – Marvels Snapshots #1 (Marvel Comics)
Scénario de Alan Brennert
Dessin de Jerry Ordway
Parution aux USA le mercredi 11 mars 2020

Ces dernières années Marvel a loupé le coche de bien des manières en ce qui concerne Sub-Mariner. En gros depuis l’introduction des Illuminati parmi les Avengers, Namor est passé pour ce type tantôt colérique tantôt cynique, prêt à détruire des mondes entiers s’il le fallait sans que cela lui en « touche une ». Et en 2019, date de l’anniversaire de Marvel Comics et aussi de la première apparition de l’atlantéen, l’éditeur a carrément avalé la commission, se fendant tout au plus d’une maxisérie Invaders qui lançait l’idée que Namor souffre d’un syndrome post-traumatique mais sans vraiment déboucher sur une situation intéressante (ceci dit ce one-shot arrive à intégrer certains éléments). Envers et contre tout, Namor est une menace, entre autres choses dans les pages du titre Avengers actuel. En un sens ça se comprend. Namor voulait déjà détruire New York dès les années trente et « ce n’est pas vraiment très gentil », c’est certain. Mais il y a l’art et la manière de le faire. Namor le Sub-Mariner, c’était un peu le Wolverine ou le Hulk du Golden Age pour Marvel. Un anti-héros prêt à beaucoup de destructions mais qui n’en restait pas moins attachant. C’est sans doute ce qui manque au Namor du XXI° siècle, la capacité à être attachant. Et voici qu’à l’occasion de numéros spéciaux émanant de Marvels, Alan Brennert et Jerry Ordway montrent exactement ce qu’il faut à Namor : oui, Namor est bien souvent une « tête de con » mais c’est (et ça les auteurs modernes l’oublient largement) c’est aussi un personnage sensible. C’est à dire quelqu’un qui ressent des choses. Namor, ce n’est pas « simplement » quelqu’un qui joue sa drama queen parce « le peuple de la surface a osé s’aventurer dans le royaume ». Il ne se limite pas à sa colère, il est plus intéressant quand on regarde les sentiments contradictoires qui génèrent cette colère. Chez Namor, le pourquoi est plus intéressant que le comment.

«He was in his element again, stronger than ever.»

Il est largement question de la conscience de Sub-Mariner dans ce numéro spécial. Et on pourrait presque dire qu’elle a un nom. Ce numéro, c’est aussi le moment de rendre justice à l’un des premiers rôles féminins de l’univers Marvel, autrement dit Betty Dean, la femme-policier et à l’occasion petite amie de Namor. Voilà une héroïne qui a été balayée par le Silver Age, ramenée tout juste pour être transformée en monstre et éliminée par la suite. Là, Brennert et Ordway, lancés dans leur démonstration de « comment rendre Namor intéressant », font essentiellement d’elle ce que sont les compagnons du Docteur. On peut aussi faire la comparaison avec la relation qui existait dans les seventies entre Wolverine et Jean Grey. Betty assiste, aide, tient tête, reste l’ancre (sans jeu de mots) du personnage principal pour qu’il reste lié aux humains. Par la même occasion les deux auteurs reviennent vers le cahier des charges type de Marvels (ou d’Astro City), c’est à dire montrer les choses à travers le regard de quelqu’un de normal. Et le regard, cette fois-ci, c’est celui de Betty Dean. Ordway en profite aussi pour jouer avec quelques autres super-héros des années quarante, se fait plaisir avec une ou deux scènes impliquant le All-Winners Squad. Mais le duo Namor/Betty l’emporte. Certes, le numéro tout entier est une énorme séquence rétro. Mais les deux auteurs nous donnent essentiellement le mode d’emploi d’un Namor totalement jamais à l’aise ou à sa place, où qu’il aille. Peut-être que la solution serait justement, dans l’ère actuelle, de lui trouver à nouveau un peu de compagnie humaine, une conscience. Bref, donnez une série mensuelle Sub-Mariner à Brennert et Ordway (ou à quelqu’un qui saura honorer ce personnage et lui rendre sa place) et prenez mon argent.

[Xavier Fournier]