Hulk est une star de la télévision. Hulk est ultrapopulaire, adulé même… Mais on ne parle pas du géant vert. Il y a dans l’univers Marvel une autre créature qui revendique ce nom. Et qui a même « guéri », en quelque sorte, le docteur Robert Bruce Banner. Est-ce que c’est une bonne chose, par contre, ses proches alliés commencent à en douter.

Immortal Hulk #32Immortal Hulk #32 (Marvel Comics)
Scénario de Al Ewing
Dessin de Joe Bennett
Parution aux USA le mercredi 11 mars 2020

Cela fait 32 numéros qu’Al Ewing a entamé sa réécriture plus horrifique des aventures de Hulk, sans donner signe de faiblir. Si cette approche permet de donner du tonus, une sorte de regard nouveau sur des éléments connus, qu’on ne s’y trompe pas : le scénariste sait manier ce regard tout en se livrant à une sorte d’inventaire des incarnations de Hulk et des personnages qui ont évolué dans son sillage. Sa dernière trouvaille, ramener l’autre Hulk (Xemnu le « titan vivant », lancé en 1960 chez Marvel), se fait de manière naturelle, alors que l’extra-terrestre profite d’un objet du quotidien (la télévision) pour s’introduire dans l’esprit des masses. Ce n’est pas la première fois, loin s’en faut, que l’idée est lancée, mais cette « invasion de l’esprit » se prête assez bien à la volonté plus sombre d’Ewing. Mais si le Hulk blanc est bien visible tandis que Banner, lui, semble être redevenu « ordinaire », l’auteur nous réserve une surprise de ce côté-là, en rendant le scientifique pas moins inquiétant (bien que dans un autre genre). Les dernières scènes nous promettent quelque chose d’explosif et le retour d’une autre version de Hulk bien connue, continuant l’inventaire du passé de Hulk (et nous promettant une certaine castagne, alors que le 750ème numéro de Hulk approche).

«What was a story told about me, to me, by the world.»

Un point d’orgue de ce numéro, cependant, ne concerne pas les monstres blancs ou de diverses teintes vertes. Joe Bennett sait entretenir le regard malsain d’un Hulk dérangé où d’un Bruce Banner à son tour dérangeant. Mais il sait aussi trouver les expressions intimes quand un personnage de la série fait une révélation importante sur elle-même, jouant la carte de la diversité mais dans une discussion qui fait sens. Autant parfois d’autres séries Marvel y ont parfois été à la louche, oubliant à la fois pédagogie et subtilité (on se souviendra du coming-out d’Iceman, informé par quelqu’un d’autre de ce qu’il est, zappant l’étape d’une prise de conscience). Là, la personne concernée aborde cette question dans le fil d’une discussion qui participe à l’avancée de l’histoire. Ce n’est pas forcé ni contraint. C’est humain. C’est également assez explicatif pour inclure dans la discussion des lecteurs qui ne partageraient pas les mêmes expériences de vie. Pour résister aux manipulations de Xemnu, qui mieux que quelqu’un qui a été obligé pendant des années de se poser des questions d’identité et de préjugé ? Immortal Hulk, comic-book assurément mainstream, édité par une société qui ne l’est pas moins, montre une fois encore que les histoires de super-héros (au sens large) sont avant tout des paraboles et que sous les muscles et les pouvoirs il y a du sens et de la pertinence.

[Xavier Fournier]