Punchline a poursuivi Harley Quinn et Batman jusqu’à leur cachette. Alors que le Chevalier Noir est comateux et sujet à des visions, le sort de Gotham semble reposer sur les épaules des deux « girlfriends » du Joker, l’ex et l’actuelle. Un combat qui couvait depuis le début de l’arc… mais qui véhicule des choses plus subtiles qu’on aurait pu le penser.

Batman #98Batman #98 (DC Comics)
Scénario de James Tynion IV
Dessin de Jorge Jimenez
Parution aux USA le mardi 1er septembre 2020

DC claironnait depuis des mois au sujet de ce numéro, reposant sur LA confrontation entre Harley et Punchline. Dans les faits, les deux aventurières « clownesques » ont déjà croisé le fer il y quelques numéros (Harley, malmenée, survivant de justesse). La « revanche » était donc une évidence. Il ne faut donc pas sortir de Saint-Cyr pour deviner de quel côté penche la balance cette fois mais ce duel est un véritable trompe-l’œil. On pouvait croire que Batman #98 serait l’occasion de laisser de côté le héros de la série. Pourtant, malgré son inconscience des choses se passent de son côté. Il faut reconnaitre à James Tynion IV un talent réel (et pas nouveau) qui lui permet de lorgner un peu sur des ambiances dignes de Batman R.I.P. (quand Bruce divaguait dans la ville en étant victime d’hallucinations) et dans le même temps de trouver dans ces moments-là une détermination nouvelle, évitant le sentiment de déjà-vu. Certes, le « rebond » du héros peut sembler aussi soudain que forcé (il suffirait de vouloir allez mieux pour aller mieux) et certaines scénographies sont un peu tonitruantes (le « Batman » incrusté dans la cape… Mais l’ensemble fonctionne bien mieux qu’on pouvait l’espérer. Normalement tout laissait entendre qu’on allait passer deux numéros un peu en retrait en attendant Batman #100 mais il n’en est rien…

« I NEED EVERYONE. »

Le dessinateur Jorge Jimenez est en grande forme sur ce numéro, d’autant qu’il est bien servi par la mise en couleurs de Tomeu Morey. Le tour forme une ambiance sans doute plus colorée qu’on pouvait s’y attendre dans l’univers de Batman (encore qu’il y ait des précédents au moment du run de Snyder/Capullo). Le fond et la texture de « Paradise » permettent à Harley tant qu’à Punchline d’exister au premier plan de façon naturelle. Jimenez multiplie les angles de caméra pour dynamiser ce numéro. Mine de rien dynamiser un tel numéro avec d’une part un duel et de l’autre une « simple » discussion n’est pas forcément chose facile mais l’artiste s’en tire à merveille, comme s’il passait un palier supérieur de son propre style. On pensait avoir pris la mesure de Joker War mais Tynion et Jimenez portent les choses encore plus haut.

[Xavier Fournier]