Samedi et dimanche, cosplayeurs déguisés en super-héros, artistes de comics ou encore acteurs de Smallville s’étaient donné rendez-vous à la Porte de Versailles pour la 26ème Paris Manga & Sci-Fi Show. En effet, ce que ne dit pas forcément le titre de la manifestation, c’est qu’elle entretient des liens étroits avec l’univers de comics. C’était le cas une nouvelle fois.

Le week-end dernier avait lieu la 26ème édition du salon Paris Manga Sci-fi Show. L’espace comics a pris de l’ampleur depuis quelques années, d’autant plus que la manifestation a déménagé dans un nouveau hall, plus moderne, depuis le début d’année. D’où un coin dédié aux artistes des bande-dessinées américaines plus balisé. C’était déjà le cas en février mais la mise en place a progressé. L’Artist Alley accueillait cette fois des pointures de Marvel et DC (et pas seulement) : Mike McKone (Green Lantern, Spider-Man, Avengers…), Jesús Merino (Avengers Forever, Superman, Wonder Woman, Flash…), Paco Diaz (Deadpool, X-Men Kingbreaker, Nightwing…). Il y avait également Alberto Jimenez Albuquerque (Letter 44), Stefano Martino (Stranger Things) et Leïla Leïz (Alters), trois artistes qui ont émergé ces dernières années. On pouvait aussi retrouver les « usual suspects » français comme Guile ou Virginie Siveton. Le stand d’Album, un peu plus loin, avait fait venir le duo de Lady Mechanika : Joe Benitez et Peter Steigerwald.

Entre deux commissions pour les visiteurs, les artistes se sont prêtés au jeu des « panels ». Ces conférences (une vingtaine dans tout le week-end, sur la seule scène comics, auxquelles il faut aussi ajouter des projections de documentaires et des conférences réunissant des acteurs sur la scène principale) ont brassé des sujets à la mode comme l’existence de Batwoman dans les comics le rapport de Marvel avec la politique, l’écriture de Tom King, les films courts de DC Shorts, Daredevil et l’émergence du label H1 chez Humanoids Publishing avec l’intervention de Fabrice Sapolsky, senior editor. D’habitude installé à Los Angeles, ce scénariste français de comics (et fondateur de Comic Box en 1998) était en effet revenu en France quelques jours. C’était également l’occasion de profiter de sa présence pour évoquer le destin de Spider-Man Noir, sa cocréation lancée chez Marvel il y a une dizaine d’années et qui arrivera bientôt sur grand écran dans le film Spider-Man : New Dimension. En compagnie de Paco Diaz, Fabrice évoquait aussi les coulisses de la création du récent « comic book animé » consacré à Spider-Man, en marge de Spider-Geddon. Le hasard avait bien fait les choses car une grande partie des dessinateurs présents, espagnols ou italiens, parlaient très bien le Français, ce qui a facilité les conférences mais aussi les discussions avec les fans sur les stands. Malheureusement cette édition a été inversement marquée par diverses annulations d’invités. Après avoir joué le chaud et le froid pour cause de reshoots d’Avengers #4), l’actrice Pom Klementieff (Mantis dans les Gardiens de la Galaxie) n’avait finalement pas fait le déplacement. Tout comme, pour des raisons diverses, le dessinateur italien Andrea Di Vito et deux auteurs américains, l’artiste Ron Lim et le scénariste Ron Marz. C’est la présence annoncée de ces deux « Ron » qui avait poussé à les organisateurs à prévoir des panels sur le côté cosmique des comics mais aussi sur les super-héros LGBT.

Malgré ces absences les deux conférences ont été maintenues et ont conservé tout leur intérêt. Jesús Merino se glissait au côté de Mike McKone pour évoque le côté cosmique dans une discussion qui, fort logiquement, a vite permis d’établir l’admiration des deux artistes pour Jack Kirby, maître incontesté du cosmique. Et tous les deux de s’entendre aussi sur le fait qu’en termes de méchants cosmiques ils préfèrent de loin le Darkseid de DC plutôt que le Thanos de Marvel, qui n’est qu’une imitation du premier. Les choses n’étant pas forcément compartimentées, une question sur le manque relatif de grands personnages féminins « cosmiques » (si l’on enlève Dark Phoenix) permettait d’ailleurs à Jesús Merino d’aborder des questions plus générales de diversités et d’expliquer qu’à son sens il est urgent qu’il y ait plus de femmes scénaristes et de dessinatrices dans les comics. Le panel sur les super-héros LGBT réunissait David Halphen (créateur et scénariste du super-héros gay Fusion Man) et Leila Leiz, dessinatrice de la super-héroïne trans Alters. Une rencontre très positive, qui a attiré beaucoup de public. Certaines conférences avaient des airs surréalistes… comme l’enregistrement en « live » du podcast des G.G. Comics, sur la question des super-héros qui tuent (ou pas). Un cosplayeur habillé en Arrow, plus vrai que nature, attendait debout, sans ciller, pour pouvoir demander à la fin, dans les questions diverses, si le fait qu’Oliver Queen tue si facilement dans les premières saisons de la série était fidèle à l’esprit du personnage.

Côté télé, les fans n’étaient pas en reste. Trois séries étaient en vedette La première est un symbole des années 1990: Parker Lewis ne perd jamais. Pour l’occasion, toutes les stars du show avaient fait le déplacement. Et on peut dire qu’ils n’ont pris que quelques rides. Les années 2000 avaient la chance d’être représentées par le duo de Charmed : Holly Marie Combs (Piper Halliwell) et Brian Krause (Leo) et aussi par le trio de Smallville : Tom Welling (Clark Kent), Michael Rosenbaum (Lex Luthor) et Laura Vandervoot (Kara). L’ambiance était au rendez-vous lors de panels délirant. Pour donner quelques exemples, on a pu entendre Holly Marie Combs confirmer qu’elle ne mettrait pas les pieds dans le reboot de Charmed, Michael Rosembaum chantait le générique de Smallville ou encore Tom Welling s’amuser à couper ses camarades en passant du Serge Gainsbourg avec son téléphone. Les stars se sont prêtées aux habituelles séances photos et dédicaces avec des fans venus en masse les rencontrer.

Samedi matin, on pouvait s’étonner de croiser peu de cosplayeurs comics dans les allées mais la situation s’est vite rétablie dans la suite du week-end (peut-être fallait-il simplement le temps d’enfiler les armures et autres collants). On a également croisé de drôles de personnages dans les allées remplies de fans de comics, mangas et jeux vidéo comme un Superman en Lego, un groupe de Spider-Men (costume moderne de Spider-Woman compris), Batman et Flash ou encore un Iron Man et un Spider-Man qui semblaient échappé d’Avengers : Infinity War. Dimanche soir, la manifestation s’achevait en annonçant déjà les dates de son prochain rendez-vous, à la mi-février 2019 (toujours au Parc des Expositions de la Porte de Versailles) et, déjà, le nom de ses deux premiers invités comics pour l’édition à venir : le scénariste et éditeur Howard Mackie (Ghost Rider, Spider-Man…) et le dessinateur Philip Tan (X-Men, Suicide Squad, Spawn).

[Pierre Bisson]