Alors que la communauté super-héroïque prend fait et cause pour ou contre Booster Gold ou Harley Quinn, les vidéos venues de Sanctuary continuent d’arriver au Daily Planet. Au-delà des victimes de la série en cours, Tom King et Clay Mann explorent les traumatismes de décennies de crossovers et d’événements marquants, de l’impossibilité d’une Donna Troy aux stigmates de Killing Joke.

Heroes In Crisis #4Heroes In Crisis #4 [DC Comics]
Scénario de Tom King
Dessins de Clay Mann
Parution aux USA le mercredi 26 décembre 2018

Qui donc a tué les super-héros résidents de Sanctuary ? Harley Quinn si on en croit l’épisode précédent. Mais tout reste une question de perception dans l’écriture de Tom King et surtout on ne voit pas bien pourquoi Harley se serait lâchée sur Poison Ivy. La vérité n’est rien sans contexte, comme semble ici le prouver une petite séance d’interrogatoire à coup de lasso magique. Mais avec ce quatrième épisode, le scénariste élargit le champ de vision. Les témoignages vidéo ne se limitent plus seulement aux personnages directement touchés par la tragédie. L’auteur fait également entrer de nouvelles figures dans le récit, figures qui ont ceci de particulier qu’elles viennent elles-mêmes avec leur propre fardeau. Il y a une « vidéo » qui fait usage de Donna Troy comme rarement, qui trouve une définition de la complexité du personnage jusque dans l’origine de son nom. A se dire qu’on serait très curieux de voir King s’emparer de l’écriture des Titans tant il semble avoir réfléchi à ces héros qui ont consacré leur jeunesse à la lutte pour le Bien mais qui, bien souvent, s’y sont cassés les dents. Le ton lancé, King aborde alors une autre héroïne qu’au demeurant on imaginerait plus facilement dans le camp de Batman mais qui a ses raisons, son vécu, pour prendre le parti d’Harley Quinn. En fait, Heroes In Crisis #4, c’est le moment où le conflit qui couvait jusqu’ici prend de l’ampleur, devient pour ainsi dire viral, alors que d’autres personnages arrivent pour choisir leur camp. Suivant qu’on soit un proche des suspects ou des défunts, forcément, les réactions ne sont pas les mêmes. Certains héros peuvent faire passer les sentiments avant. D’autres la logique. Même si une partie du lectorat se retrouvera plus ou moins dans les agissements des uns et des autres, que l’on soit d’accord ou pas avec King sur la répartition des rôles, le scénariste n’agit pas sans arguments, sans éléments à débattre.

« Bros before heroes. »

On sent que le dessinateur Clay Mann, sans nous livrer un travail mauvais, est moins à l’aise que sur les premiers numéros de la saga. Sans doute parce que ceux-ci laissaient une large place à des moments de respiration, à des non-dits, au silence qui accompagnait la découverte des corps. Mann reste un très bon dessinateur et on voit bien qu’il cherche encore à donner de l’ampleur à ce qui serait, au cinéma, des plans de coupe (par exemple les oiseaux volant devant le Hall of Justice). Mais à mesure que les personnages deviennent plus nombreux et que les choses se font plus physiques, on le sent moins dans son élément. Par exemple il y a moins d’efforts de scénographie dans le passage de la galerie des miroirs d’Harley Quinn. Il y aussi certains partis pris (mais qui pour le coup sont peut-être tirés du scénario) assez daté, comme une splash de Lois Lane en petite culotte qui fait très « 90’s » et donne un côté caricatural aux relations du couple Kent. In fine, même s’il est moins maître du jeu, Mann continue de donner à la série une cohérence qui n’est pas forcément de mise dans bon nombre de crossovers de ces dernières années. Heroes In Crisis continue de donner des coups de pieds dans la fourmilière, forcent la communauté super-héroïque à prendre parti. On a plaisir à retrouver certains persos en action (par exemple celui qui rend visiter au Hall of Justice) et quoi que la fin nous réserve, les ralliements des uns aux autres pourraient avoir un impact durable, causant des alliances mais aussi des fossés.

[Xavier Fournier]