Review : Supergirl

Review : Supergirl

24 juin 2026 0 Par Pierre Bisson

Après le succès critique et public de Superman, premier long métrage du nouvel univers DC Studios chapeauté par James Gunn et Peter Safran, l’attente était particulièrement élevée autour de Supergirl. Ce second film avait une mission importante : confirmer que ce nouvel univers pouvait exister au-delà de l’Homme d’Acier et proposer une identité propre à chacun de ses héros.

Une quête galactique sous le signe de la vengeance

L’histoire débute loin de la Terre. Kara Zor-El (Milly Alcock), alias Supergirl, fête son anniversaire sur une planète isolée. Contrairement à son cousin Superman, qui a grandi parmi les humains, Kara porte encore en elle les traumatismes liés à la destruction de Krypton et à la disparition de son monde natal. Pour tenter d’oublier ses douleurs, elle multiplie les excès et les beuveries, cherchant un moyen d’échapper à ses souvenirs. Sa route croise alors celle de Ruthye Marye Knoll (Eve Ridley), une jeune fille dont la vie a été brisée après le massacre de sa famille par Krem (Matthias Schoenaerts), un brigand aussi cruel qu’impitoyable. Déterminée à obtenir justice, Ruthye demande l’aide de Supergirl pour retrouver son bourreau. Au départ réticente, Kara acceptera pour sauver son chien Krypto, empoissonné par Krem. Commence alors un long voyage à travers plusieurs systèmes solaires. De planète en planète, les deux héroïnes vont affronter des dangers toujours plus importants, croiser des peuples aux cultures variées et découvrir les conséquences laissées par les exactions de Krem. Leur quête prendra également une tournure plus personnelle lorsque Kara devra faire face à ses propres blessures émotionnelles. Le récit fonctionne avant tout grâce à la relation qui se développe progressivement entre les deux jeunes femmes. Ruthye représente une forme d’innocence blessée qui rappelle à Kara ce qu’elle a perdu. À l’inverse, Supergirl devient peu à peu une figure protectrice et presque fraternelle pour la jeune fille. Même si la structure du film reste relativement classique, alternant étapes de voyage et affrontements successifs, l’ensemble demeure suffisamment rythmé pour maintenir l’intérêt. Le scénario trouve également quelques moments de grâce lorsqu’il prend le temps d’explorer les blessures psychologiques de son héroïne plutôt que de se concentrer uniquement sur l’action.

Une star parmi les étoiles

La véritable réussite de Supergirl réside dans son casting, et plus particulièrement dans sa comédienne principale. Révélée auprès du grand public grâce à House of the Dragon et Sirens, Milly Alcock s’approprie immédiatement le personnage de Kara Zor-El. Dès ses premières scènes, elle impose une présence naturelle et un charisme évident. Mais ce qui impressionne surtout, c’est sa capacité à naviguer entre les différents registres du film. L’actrice est aussi crédible dans les moments de légèreté que dans les séquences plus dramatiques. Elle apporte une émotion sincère à chaque situation et réussit à rendre tangible la souffrance qui habite constamment son personnage. Cette version de Supergirl apparaît plus vulnérable, plus fragile et parfois plus perdue que la plupart des héros du genre, ce qui la rend paradoxalement très attachante. Face à elle, Eve Ridley constitue une excellente surprise. Le film aurait pu facilement tomber dans le piège du personnage enfantin servant uniquement de faire-valoir à l’héroïne principale. Heureusement, Ruthye bénéficie d’une véritable personnalité et d’un rôle essentiel dans la progression du récit. La jeune actrice apporte beaucoup de fraîcheur et d’humanité à l’ensemble. Son personnage agit comme un relais naturel entre le spectateur et cet univers cosmique parfois complexe. Les scènes qu’elle partage avec Milly Alcock figurent d’ailleurs parmi les plus réussies du film. Le bilan est plus mitigé concernant Matthias Schoenaerts. Pourtant excellent acteur, il se retrouve ici prisonnier d’un personnage extrêmement limité. Krem manque cruellement de profondeur et se résume souvent à une simple figure de méchant cruel dont les motivations restent superficielles. Le problème ne vient pas de l’interprétation, mais bien de l’écriture. Il est difficile de créer une véritable menace mémorable lorsque le scénario refuse d’explorer davantage son antagoniste. De plus, même si son apparence à l’écran n’est pas inintéressante, le choix d’un acteur ressemblant déjà énormément à la version dessinée du personnage donne parfois l’impression d’une adaptation un peu trop littérale.

Du papier à l’écran

L’un des principaux défis du film concernait évidemment sa direction artistique. Le comics original de Tom King, Bilquis Evely et Matheus Lopes proposait un univers visuellement époustouflant. Chaque planète possédait sa propre identité graphique. Les couleurs éclatantes, les paysages extraterrestres et le travail sur la lumière donnaient au récit une dimension presque féerique. Le film peine malheureusement à retrouver cette singularité. Plutôt que d’embrasser totalement cette approche, la mise en scène opte souvent pour une esthétique plus familière qui évoque immédiatement Les Gardiens de la Galaxie. Plusieurs planètes visitées rappellent notamment Knowhere, avec leurs marchés interstellaires, leurs bars bondés et leurs populations bigarrées. Certaines influences de Mad Max: Fury Road apparaissent également dans le design des brigands, de leurs véhicules et de certains environnements désertiques. Ces références fonctionnent ponctuellement mais contribuent aussi à donner au film une impression de déjà-vu. Tout n’est cependant pas à jeter. Il faut reconnaître le travail important effectué sur les effets pratiques. De nombreux décors, costumes et accessoires ont été réalisés physiquement, apportant une texture et un réalisme souvent absents des grosses productions contemporaines. Cette approche permet à plusieurs séquences de gagner en crédibilité et en immersion. On sent que l’équipe artistique a cherché à construire un univers tangible plutôt qu’un simple décor numérique. Cette atmosphère visuelle, et d’ambiance, masque presque le travail du réalisateur Craig Gillespie (Cruella,Moi Tonya) pour en faire un film de James Gunn.

Action brouillon

Paradoxalement, c’est dans les séquences où le budget est le plus visible que le film montre ses limites. Les scènes d’action souffrent régulièrement d’un recours excessif aux effets numériques. Si certains plans impressionnent par leur ampleur, le découpage devient souvent difficile à suivre. Les mouvements de caméra incessants, associés à un montage très rapide, empêchent parfois de comprendre clairement ce qui se déroule à l’écran. Cette confusion nuit à l’impact émotionnel des affrontements et réduit la sensation de danger. Plusieurs combats pourtant importants semblent ainsi manquer de poids dramatique. À l’inverse, le film se montre beaucoup plus convaincant lorsqu’il ralentit son rythme et privilégie la narration. Les flashbacks consacrés à Krypton et à Argo figurent parmi les moments les plus réussis de l’ensemble. Ces séquences permettent de mieux comprendre le traumatisme qui hante Kara depuis l’enfance. Les scènes partagées avec son père Zor-El, incarné par David Krumholtz, apportent une émotion sincère et enrichissent considérablement le personnage. Elles rappellent que Supergirl est avant tout une survivante confrontée à une perte impossible à surmonter. Les échanges entre Kara et Ruthye fonctionnent également très bien. Leur relation constitue le véritable cœur émotionnel du film et donne du sens à cette longue traversée galactique.

Lobo : simple plaisir coupable ?

L’autre grande curiosité du film concernait évidemment l’arrivée de Lobo. Le célèbre mercenaire intergalactique n’apparaît pourtant pas dans le comics original de Tom King. Son intégration au récit pouvait donc sembler surprenante, voire artificielle. Au final, il faut reconnaître que le personnage n’était pas véritablement nécessaire au déroulement de l’histoire. Son rôle reste relativement secondaire et plusieurs de ses scènes auraient pu être supprimées sans modifier profondément la trame principale. Cependant, difficile de nier le plaisir procuré par la prestation de Jason Momoa. L’acteur semble prendre un plaisir évident à incarner le personnage. Son énergie débordante, son humour provocateur et son attitude totalement excessive correspondent parfaitement à l’esprit de Lobo. Chaque apparition apporte une dose bienvenue de chaos et de fun. On peut simplement regretter un physique légèrement moins imposant que celui du personnage dans les comics. Lobo a toujours été représenté comme une montagne de muscles quasiment monstrueuse. Cette dimension est ici un peu atténuée. Malgré cela, Momoa réussit à capturer l’essence du personnage et laisse espérer un avenir intéressant pour lui dans les prochains projets de DC Studios.

Supergirl n’est probablement pas l’adaptation définitive de Woman of Tomorrow que certains lecteurs espéraient. Le film abandonne une partie de la poésie visuelle et de l’ambition artistique du comics au profit d’une formule plus accessible et plus proche des standards actuels du blockbuster. Pour autant, il serait injuste de le considérer comme une déception. Porté par une excellente Milly Alcock, bénéficiant d’un duo central attachant et proposant plusieurs moments émotionnellement réussis, le long métrage remplit largement sa mission de divertissement. Sa durée relativement courte, inférieure à deux heures, constitue également un véritable atout. Le récit avance constamment et évite les longueurs qui plombent souvent les productions du genre. Certes, les scènes d’action manquent parfois de lisibilité, certains personnages secondaires auraient mérité davantage de développement et l’esthétique peine à rivaliser avec celle du matériau d’origine. Mais le film compense ces défauts par son énergie, son humanité et son attachement sincère à son héroïne. Sans atteindre les sommets de son inspiration papier, Supergirl demeure ainsi un bon blockbuster estival, capable de divertir tout en offrant un portrait touchant d’une héroïne en quête de rédemption. Une étape encourageante pour la construction du nouvel univers DC.

[Pierre Bisson]