C’est au tour de Blue Beetle de passer à la moulinette de Rebirth. Mais quel Blue Beetle au juste ? Jamie, le héros moderne, fait désormais équipe avec Ted Kord (qui, dans une autre continuité, était Blue Beetle). Tout cela irait assez dans le sens de Rebirth, renouer des liens entre l’ancien et le nouveau… si ce n’est que ce numéro spécial a l’odeur d’une opportunité manquée, sans parler d’une cohérence interne assez aléatoire.

Blue Beetle: Rebirth #1Blue Beetle: Rebirth #1 [DC Comics]
Scénario de Keith Giffen
Dessins de Scott Kolins
Parution aux USA le mercredi 24 août 2016

L’autre jour, dans une chronique consacrée aux Titans, j’évoquais un curieux effet dans certains comics de DC, l’impression d’avoir loupé au moins un épisode que l’on nous aurait « planqué ». Ne cherchez pas plus loin, le champion en la matière cette semaine, c’est Blue Beetle Rebirth. Au point que j’ai refermé le numéro en pleine lecture et suis parti sur Google pour essayer d’y trouver un sens. C’est vous dire. Mais non… Cet épisode était annoncé par DC comme voyant Jamie revenir d’une longue absence, devenu amnésique et retrouvant sa ville natale déserte… Ça, c’était le résumé des previews. A croire que personne chez l’éditeur n’avait la moindre idée du contenu et a brodé car l’histoire est tout sauf ça : Jaimie va très bien, n’a pas d’amnésie ou n’a pas été absent… et ses proches n’ont pas disparus. Par contre il fait équipe depuis au moins un peu de temps avec Ted Kord dans l’espoir que ce dernier l’aide à se débarrassé de son « scarabée » symbiote. Kord, lui, semble plus intéressé par jouer au super-héros par procuration. Alors bien sûr vous allez me dire (et vous aurez raison) qu’un comic-book se juge par son contenu, pas par son résumé d’une preview. Tout à fait, sauf que la chose ne s’arrête pas à un jeu de différence entre ce qui était annoncé et ce qui est publié. A l’intérieur de l’histoire aussi, on dirait que la main droite ne sait pas ce que fait la gauche… Comme le chapitre introductif qui nous explique que désormais Jaimie et Ted sont tous les deux, conjointement, Blue Beetle. Or, l’épisode nous montrera bien qu’il n’en est rien. Kord est une sorte de personnage façon Oracle, donnant un soutien logistique maladroit au seul Blue Beetle. Et de manière assez désinvolte en ce qui concerne la mise en danger de son compagnon. Keith Giffen a fait des merveilles, jadis, avec un Ted Kord/Blue Beetle plutôt bouffon mais celui-ci frappe par le peu d’attention qu’il prête à la sécurité d’autrui. Et pour ce qui est de savoir comment les deux personnages se sont rencontrés, pourquoi et comment ils travaillent ensemble ? Rien. Circulez, il n’y a rien à voir. Le récit est aussi instable qu’un château de sable et perd du temps à remettre en place les amis de Reyes ou une menace comme la tante gangster de sa meilleure ami, adversaire que Reyes se coltine depuis au moins trois volumes. Traduisez : la dangerosité de tatie mafia s’est depuis longtemps émoussée.

« Shouldn’t you get down there ? Find out what this is all about ? »

Blue Beetle: Rebirth #1 sonne comme un pétard mouillé, une occasion manquée. Pendant Forever Evil, Geoff Johns avait mis en place le retour de Ted (ainsi que de multiples héros secondaires), prêt à être utilisé pour peu qu’on s’en donne la peine. Mais qui est-il ? Pourquoi est-il fasciné par les pouvoirs du Blue Beetle plutôt que par… mettons l’éclair de Shazam ? On ne se donne pas la peine de l’expliquer au lecteur et au final, Kord a des airs d’un « ami » super craignos, le genre de type qui joue avec le volant de la voiture tandis que quelqu’un d’autre est au volant. Niveau mise en place ? C’est le niveau zéro. Un des seuls éléments intéressants est hérité de la scène publiée dans DC Universe Rebirth Special, c’est à dire que Doctor Fate lui-même se pointe pour avertir que la nature du Blue Beetle n’est pas du tout ce que l’on croyait dans l’ère moderne (en fait depuis Infinite Crisis), ce qui laisse entendre une redistribution des cartes et un certain droit d’inventaire. Mais là encore, c’est cliché sur cliché. Pourquoi Doctor Fate ne s’adresse pas au principal intéressé ? Et pourquoi un avertissement cryptique qui parle d’ennemis sans les identifier ? C’est Doctor Fate ou le Watcher ? Il est clair que c’est dans ce secret, dans ces révélations, que Giffen a un potentiel pour rebondir. Mais l’épisode est investi d’une écriture laborieuse qui fait que l’on est pas spécialement pris par une impatience de lire la suite. Seuls les dessins de Scott Kolins, plutôt bien servi par la colorisation, sauvent la mise. Mais Rebirth, pour ce que l’on a vu jusqu’ici, devrait être l’occasion de rétablir une complicité entre les personnages et avec le public. Pour ce qui est de Blue Beetle, on en est loin. Sans doute que les auteurs ont prévu de travailler cela dans les numéros à venir. Mais clairement cela ne fait pas le poids face à d’autres titres Rebirth comme Wonder Woman, qui ont su faire le ménage dès les premières scènes. Voilà un épisode « pilote » qui ne donne pas envie d’investir dans la série régulière. Dommage.

[Xavier Fournier]