[FRENCH] Nous allons de nouveau pour cette chronique étudier un numéro de Showcase, la revue que DC Comics utilisait comme laboratoire d’idée au début du silver age. Après Flash et Green Lantern il était assez logique que les anciens membres de la Justice Society of America reviennent rapidement. Le choix se porta alors de manière assez surprenante sur le personnage d’Atom.

En effet, pendant le golden age Atom [Al Pratt] n’était qu’un mystery men sans pouvoir et dont seul les aptitudes au combat le distinguait de monsieur tout le monde. Il ne devait d’ailleurs son nom qu’à sa petite taille et non à un quelconque pouvoir atomique (vers la fin de sa carrière il gagnera cependant un pouvoir de cette sorte).

Atom [Al Pratt] n’avait jamais été un personnage très populaire, même s’il était un des fondateurs de la Justice Society of America et dont il n’est jamais parti. Il faut dire que la Justice Society of America regroupait tous les personnages d’All American Comics (un éditeur lié à DC Comics par un actionnaire commun) qui ne possédait pas de titre propre. Et Atom [Al Pratt] ne bénéficia jamais de son propre titre.

Il est donc assez difficile de comprendre pourquoi DC Comics choisi ce personnage pour produire son troisième relaunch. Et là deux pistes sont évoquées qui convergent vers le renouveau de ce personnage. Premièrement, Jerry Bails & Roy Thomas (les deux rédacteurs d’Alter Ego qui est considéré comme le premier fanzine de comics) rapportent avoir envoyé un projet de personnage à Julius Schwartz. Ce projet présentait un nouveau Atom qui bien que portant le costume traditionnel d’Atom [Al Pratt] disposait du pouvoir de se réduire à une taille de six pouces. Deuxièmement, dans un panel donné à une des premières conventions de comics de l’histoire, Gil Kane (qui dessina le premier Atom [Ray Palmer]) expliqua qu’il avait apporté à Julius Schwartz le concept graphique du personnage qui deviendra Atom [Ray Palmer]. La concomitance des projets a toujours laissé un doute sur l’apport de chacun au nouveau personnage. Quoi qu’il en soit, les deux projets se rejoignaient sur deux aspects.

Tout d’abord le nom et la référence au Atom [Al Pratt] originel. La Justice Society of America étant le comic préféré de Jerry Bails & Roy Thomas il était évident qu’ils souhaitaient voir revenir leur personnage favori (il y eu d’ailleurs ultérieurement une campagne de soutien pour le retour d’Hawkman). Pour Gil Kane & Julius Schwartz, le nom étant déjà la propriété de DC Comics, il s’imposait au regard des pouvoirs du personnage.

Car la deuxième caractéristique commune des deux projets est la nature des pouvoirs du nouvel Atom. L’ancien ne présentant que peu d’intérêt, un pouvoir en rapport avec son nom a été privilégié. L’idée d’un personnage possédant le pouvoir de rapetisser s’imposait. D’autant plus que le personnage le plus célèbre de cette catégorie n’était plus publié depuis quelques années. Il s’agit bien entendu de Doll Man (cf. French Collection #23).

Il faut cependant relativiser l’originalité du personnage même chez DC Comics. En effet, un précurseur d’Atom est apparu dans House of Mystery #68. The microscopic man a d’ailleurs été publié en France dans Big Boy n° 23. Quoi qu’il en soit, Ray Palmer est un jeune physicien fiancé à une brillante avocate (Jean Loring). Un jour, il assiste à l’atterrissage d’un aérolite qui se révèle être constitué de la matière des naines blanches. A partir de ce matériel, Ray va créer une lentille.

Lorsque les rayons de lumière se concentrent sur la lentille, ils provoquent la contraction de la matière et réduise la taille des objets. Malheureusement, au bout d’une heure, les objets explosent.

Lors d’une sortie avec un groupe de jeune que Jean & Ray encadrent, ils se retrouvent bloquer dans une grotte après un éboulement. Seul un minuscule trou laisse passer un peu de lumière. Ray décide de se sacrifier et s’expose au rayonnement de la lentille. Il rapetisse à une taille de six pieds et s’aidant du diamant de la bague de fiançailles qu’il comptait offrir à Jean il agrandit le trou. Mais à sa grande surprise, il n’explose pas et reprend sa taille initiale. Il décide alors de taire sa découverte et de l’utiliser pour combattre le crime. Il développe alors un costume dans une matière spécifique qui n’apparaît que quand il rapetisse (sorte de molécule instable de chez Marvel avant l’heure). Les contrôles de taille se trouvent dans ses gants et l’éclat de nain blanche dans sa boucle de ceinture. Atom [Ray Palmer] est capable de rapetisser jusqu’à une taille sub-atomique (il est également possible d’y voir l’anticipation du monde sub-atomique de Dr Doom). Néanmoins, quelque soit sa taille, il conserve une force identique à celle qu’il possède en temps normal. Cela en fait un adversaire redoutable capable de se propulser par bonds et de percuter à pleine force un adversaire. Or, plus le projectile est petit plus la force d’impact est grande. Un coup de poing d’Atom [Ray Palmer] est donc bien plus redoutable que le même coup porté lorsqu’il est à sa taille normal.

Il est également capable de réduire à volonté son poids, lui permettant ainsi de flotter sur des courants d’air ou de devenir tellement léger et petit qu’il peut chevauché un électron. L’une de ses méthodes de déplacement préféré étant d’ailleurs d’utiliser les lignes téléphoniques pour jaillir du combiné de son correspondant.

Les aventures d’Atom [Ray Palmer] vont s’orienter vers plusieurs directions. Premièrement, il combattra toute une galerie de super vilains parmi lesquels nous trouvons entre autres Chronos, Bug-Eyed Bandit et Floronic Man. Deuxièmement, il affrontera des menaces à sa « taille ». Il découvrira ainsi plusieurs races ou peuples de petite taille avec qui il vivra de nombreuses aventures (notamment un peuple chevaleresque qui se sert de chauves-souris comme monture). Troisièmement, il aidera incognito sa fiancée dans sa carrière d’avocate. En effet dans le couple Jean & Ray c’est ce dernier qui joue le rôle de timide et de suiveur alors que Jean est clairement la working girl qui souhaite faire carrière. Mais en secret, Atom [Ray Palmer] interviendra plusieurs fois pour démêler certaines de ses affaires. Enfin, Atom [Ray Palmer] voyage également régulièrement dans les époques grâce à une invention du professeur Alpheus V. Hyatt. Ce dernier à développer un « hameçon » temporel. En créant une petite perturbation il est capable de laisser passer un aimant au travers et essaye de repêcher des objets passé. En rapetissant, Atom [Ray Palmer] est capable de voyager dans le temps et d’intervenir dans nombre de situations historiques. Par ailleurs, Atom [Ray Palmer] est membre assez rapidement de la Justice League of America. Il continuera d’apparaître dans l’équipe alors même que son propre magazine s’arrêtera pour manque de succès. Il connaîtra quelques aventures en back-up stories d’Action Comics et sa vie personnelle sera marquée par son divorce d’avec Jean Loring.

Sa prochaine apparition récurrente se fera dans la mini-série Sword of the Atom où il devient le protecteur des Morlaidhans, une race humanoïde de petite taille qui vit en Amérique du sud. Cette période marque un tournant très chevaleresque qui n’est pas cette fois-ci sans rappeler les aventures de The Incredible Hulk dans le monde sub-atomique de Jarella créé par Harlan Elisson. Atom [Ray Palmer] y arbore un nouveau costume et, comme le nom de la mini-série le laisse entendre, lutte l’épée à la main.

Enfin, durant la mini-série Zero Hour, Atom [Ray Palmer] subira un rajeunissement forcé qui le ramènera à un statut d’adolescent. Le personnage fera alors l’objet d’une tentative de relance en prenant la tête des Teen Titans. En France, le personnage aura une carrière beaucoup plus linéaire. Il commence discrètement dans Big Boss 1ère série n° 67 (dont il aura l’honneur de faire la couverture avec une réinterprétation assez ratée de la splash page de l’épisode) sous le nom de « L’Atome » avec l’épisode de Showcase #34 qui raconte ses origines. Mais après cet épisode, il disparaît des publications françaises avant de revenir de manière régulière dans Etranges Aventures puis d’obtenir son propre titre dans la collection Pop Magazine (dans le même temps il sera également sporadiquement publié chez Sagédition).

Mais comme aux Etats-Unis la série n’aura pas grand succès et ne sera pas continué dans la collection Comic Pocket. Atom [Ray Palmer] ne sera toutefois pas complètement oublié et sera publié dans diverses anthologies et album. Il disparaitra ensuite, comme la quasi-totalité des personnages DC Comics, du paysage de l’édition française des comics pendant près de deux décennies.

[Jean-Michel Ferragatti]