French Collection #206[FRENCH] Cette semaine, nous abordons notre dernière chronique de la série consacrée aux traductions françaises des personnages originaux de l’éditeur Charlton. L’histoire de publication du personnage que nous allons étudier est très atypique, comme celle de son créateur d’ailleurs.

French Collection #206En janvier 1966 (date de couverture) paraît le fascicule Thunderbolt #1 (1966 Series) chez l’éditeur Charlton. Il s’agit d’une nouvelle tentative de l’Editor Dick Giordano pour ajouter un personnage à sa ligne d’Action Heroes. Les lecteurs découvrent sous la signature de l’artiste P.A.M. l’origine du jeune Peter Cannon surnommé The Thunderbolt (l’éclair). Peter est le fils d’un couple de médecin américain qui combattirent la peste noire en Himalaya jusqu’à sacrifié leur vie. Les maîtres d’une lamaserie située dans une vallée cachée du monde extérieur recueillent leur bébé et l’élevèrent au sein de leur communauté en hommage à leur sacrifice. Pour lui tenir compagnie, les lamas firent venir un autre jeune orphelin nommé Tabu.

Au fils des ans, Peter bénéficia d’un entrainement lui permettant d’atteindre le plus haut degré d’élévation à la fois physique et spirituel possible. Il porte alors un costume d’entrainement rouge et bleu. Les maîtres de la lamaserie le jugèrent ainsi digne d’étudier les anciens parchemins écrits par les lamas les plus sages des temps anciens et placés sous leur garde et ceci malgré l’opposition de The Hooded One, l’un d’entre eux.

Peter développa une concentration extraordinaire lui permettant de faire appel à des zones du cerveau inexploité chez l’homme. A la fin de cet enseignement il affronte l’épreuve de l’arène des trois portes. Chacune d’entre elles représentant une épreuve desquelles Peter triomphera sans problème des deux premières. Le chef des lamas, le High Abbot, lui assigne alors la plus dure des épreuves : retourner aux Etats-Unis afin qu’il se confronte à la civilisation de ses parents.

Pour Peter, la civilisation ne signifie que guerre, barbarie et haine mais il se doit d’obéir au High Abbot qui lui confie des diamants afin d’assurer ses besoins matériels ainsi que le jeune Tabu comme compagnon. Alors qu’ils partent tous les deux, The Hooded One décide de faire payer à Peter Cannon l’affront qu’il a l’affront qu’il a subi de voir les parchemins étudiés par un étranger plutôt que par lui.

French Collection #206

Tout au long de la série, le visage de The Hooded One nous sera dissimulé. En effet, il a été gravement défiguré dans un acte d’héroïsme qui a permis de sauver le monastère. Il combattra Peter Cannon The Thunderbolt en utilisant des monstres et créatures antédiluviennes qu’il se procure dans une grotte près de la lamaserie qui mène à une autre vallée perdue ou on survécut notamment des dinosaures.

Il est maintenant intéressant de nous arrêter sur les inspirations du personnage. Son créateur ne s’est d’ailleurs jamais beaucoup caché de ses influences. Peter Cannon The Thunderbolt est inspiré majoritairement de deux personnages. Au niveau de son origine et de ses pouvoirs, il s’agit quasiment d’une copie d’Amazing-Man de l’artiste Bill Everett (cf. French Collection #8). Il convient également de noter une parenté des thèmes développés dans Peter Cannon The Thunderbolt avec le personnage d’Iron Fist [Daniel Rand] de l’éditeur Marvel Comics. Ceci est tout à fait logique puisque Roy Thomas & Gil Kane, l’équipe créatrice d’Iron Fist [Daniel Rand], s’est également inspirée du personnage d’Amazing-Man de Bill Everett.

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The Hooded One, l’adversaire principal de Peter Cannon The Thunderbolt, est lui aussi une copie de The Great Question, le pire ennemi d’Amazing-Man. Mais l’univers d’Amazing-Man n’est pas le seul à avoir fortement influencé Peter Cannon The Thunderbolt. En effet, le costume de ce dernier est une copie quasiment conforme de celui du Daredevil originel de l’éditeur Lev Gleason.

Scan 0004Il faut dire que le créateur de Peter Cannon The Thunderbolt est un des pionniers de l’industrie du comic. Il commence sa carrière en 1948 avant d’être appelé sous les drapeaux. Malgré cela il continue de travailler pour plusieurs éditeurs car il est basé dans une base du Colorado. Après sa libération du service il reprend pleinement son activité d’artiste et travaille pour beaucoup d’éditeurs dont Lev Gleason Publications, Timely & Atlas.

Mais l’industrie du comic connaît une crise sans précédent en 1954 avec la parution du livre Seduction of the Innocent du docteur Fredric Wertham et le comité d’enquête sénatorial qui en découlera. Peter A. Morisi, car c’est bien de lui dont nous parlons, décide alors de réaliser un de ses rêves d’enfant et de rejoindre les forces du New-York Police Department (NYPD). Mais affecté au département des communications, il passera les vingt ans de son service actif au dispatche des agents.

Malgré le fait que son contrat avec le NYPD ne lui autorisait aucune autre activité, Peter A. Morisi continua son activité artistique en adoptant le pseudonyme de P.A.M.. Mais son style étant très reconnaissable beaucoup de lecteur reconnurent le dessinateur qui avait travaillé notamment pour Lev Gleason Publications, Timely & Atlas. Concernant la connexion avec le Daredevil originel il est amusant de savoir que Pete Morisi proposa à au début des années soixante à Lev Gleason de racheter les droits du personnage. La transaction était sur le point d’aboutir mais Charles Biro qui était le principal contributeur du personnage demanda un pourcentage des gains futurs dans le cadre de la transaction, ce qui fit capoter l’acquisition.

Toujours au niveau des inspirations, il faut remarquer que The Hooded One est défiguré comme le Dr Doom & que la vallée cachée ou l’adversaire de Peter Cannon The Thunderbolt se fournit n’est pas sans rappeler le Savage Land de Ka-Zar [Kevin Plunder]. Visiblement Morisi gardait un œil sur la production de ses anciens employeurs. Après le fascicule unique Thunderbolt #1 (1966 Series), le personnage revient en évinçant Son of Vulcan de son magazine qui sera rebaptisé Thunderbolt (1966 Series) à partir du #51 et ce jusqu’au #60.

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Au-delà des différentes inspirations très transparentes du personnage il est également intéressant de voir ces qualités propres. La principale est la psychologie du personnage. En effet, Peter Cannon est réticent à utiliser ses pouvoirs. Elevé dans une philosophie orientale, il déteste la violence et considère comme un échec les fois où il doit y recourir. Il précède en cela toute une série de personnage dont le plus célèbre est sans doute Kwai Chang Caine de la série télévisée Kung-Fu interprété par David Carradine.

Malgré cela, la série est assez répétitive. Le fait que Morisi en soit quasiment le seul auteur (dessin & scénario) n’y est sans doute pas étranger (même si Pat Boyette dessine trois épisode avec Denis O’Neil au scénario pour l’un d’entre eux). Malheureusement, le personnage disparaîtra avec la fin de la ligne des Action Heroes et le départ de Dick Giordano chez DC Comics.

Mais comme nous l’avons déjà indiqué dans d’autres chroniques Paul Levitz, alors Vice President de DC Comics, rachètera les droits des personnages à l’éditeur Charlton alors en faillite pour faire plaisir à Dick Giordano. Assez bizarrement, la reprise du personnage de Peter Cannon The The Thunderbolt sera assez complexe. Ainsi bien que possédant l’intégralité des originaux du premier épisode du personnage, DC Comics refusera toujours de le rééditer. De la même manière, lorsqu’il fut décidé de relancer le personnage, l’éditeur pris le soin de demander son autorisation à Pete Morisi.

 French Collection #206Il faut dire que pour des raisons d’économie, Charlton ne déposait jamais le copyright de ses publications. Le personnage de Peter Cannon The Thunderbolt ayant été complétement inventé par Pete Morisi il y avait un risque de contestation de la propriété du personnage. DC Comics préféra donc signer une transaction avec Morisi pour la publication d’une nouvelle version en parallèle de la mini-série Crisis on Infinite Earths. Malgré l’insistance de Dick Giordano la série ne fut pas confiée à Pete Morisi et fut un échec commercial (même si rien ne permet d’affirmer qu’une nouvelle série par son créateur original aurait été un succès). Pete Morisi fut d’ailleurs très mécontent de cet échec. Mais, à tout malheur est bon puisque le contrat signé entre Pete Morisi & DC Comics prévoyait la rétrocession de la propriété du personnage à son créateur en cas d’arrêt de publication de la série. Il s’agissait d’un modèle de contrat que DC Comics proposait à cette époque aux artistes afin de leurs conférer de nouveaux droits.

Mais tous n’eurent pas la « chance » de Pete Morisi. En effet, Alan Moore signa un contrat équivalent lors de la création de la mini-série Watchmen. Malheureusement pour lui, le succès fut tel que DC Comics ne cessa jamais la publication du comics, empêchant ainsi la propriété des personnages de lui revenir. L’ironie veut qu’Alan Moore avait initialement prévu d’utiliser les personnages tout juste racheté à Charlton pour créer son équipe. Et que le modèle d’Ozymandias est bien entendu Peter Cannon The Thunderbolt.

Le personnage original appartient donc aux héritiers de Pete Morisi qui est décédé en 2003. Il est apparu récemment dans un revival du personnage très proche de l’original dans la série Peter Cannon: The Thunderbolt (2012 Series) chez l’éditeur Dynamite Entertainment comme série dérivée de l’univers Project Superpowers. En France, le personnage est apparu très fugitivement une seule fois dans Sidéral 2ème série n° 8 chez l’éditeur nordiste Artima – Arédit. Il s’agit de la traduction de la dernière aventure du personnage publiée chez Charlton. Le personnage a refait surface très récemment dans la traduction française de Peter Cannon: The Thunderbolt (2012 Series) chez Panini.

[Jean-Michel Ferragatti]

PS : A ma connaissance aucun autre personnage de l’éditeur Charlton de la période originale n’a été publié en français. Néanmoins, si certains lecteurs ont connaissance d’une publication des aventures de Blue Beetle [Ted Kord], Sarge Steel, Judo Master [Rip Jagger] ou Son of Vulcan [Johnny Mann] je les remercie de me laisser un commentaire avec les références de publication en français.