Apparue dans le quatrième épisode de la série Titans, la Doom Patrol débute ses aventures « solo ». Personnages torturés, vilain loufoque et ambiance décalée, un cocktail qui fait des étincelles dès dès les premières minutes.Retour sur un épisode haut en couleurs.

DOOM, DOOM, DOOM, DOOM

La Doom Patron n’est pas l’équipe de super-héros la plus connue des comics. Même s’ils remontent aux années 60, ils n’ont jamais connu l’engouement qu’ont pu avoir les Teen Titans ou la Justice League. Plusieurs membres se sont succédés au fil des années. Pour la série TV, le showrunner Jeremy Carver a choisi de réunir Robotman, Mister Negative, Rita Farr alias Elastigirl et Crazy Jane. Si cette dernière n’était pas présente dans l’épisode de Titans (où on nous présentait la Doom Patrol à travers les yeux de Beast Boy), elle n’est pas le personnage principal de cette semaine. Robotman est la star du show (pour le moment). On découvre qui sont ses camarades au fil de séquences, montrant plusieurs époques de la vie américaine. Cliff Steele lui-même (le vrai nom de Robotman) est une icône des années 80. Pilote de course vedette, Cliff (Brendan Fraser) subit un grave accident dont seul son cerveau réchappe. Déclaré mort, il est pris en charge par le Docteur Niles Caulder (Timothy Dalton). Ce dernier lui crée un corps de métal pour le réanimer. Dans la demeure du Docteur, un manoir qui n’est pas sans rappeler celui des X-Men (mais aussi de Smallville ou Arrow), il rencontre d’autres êtres aussi étonnants que lui. Rita Farr (April Bowlby), ex-star des années 50, a du mal à contrôler son corps. Mister Negative (Matt Bomer) est recouvert de bandage. Il a pour passion ses plantes. Mais cet ancien pilote de chasse cache au fond de lui une énergie incontrôlable. Enfin, Crazy Jane a plus de 64 personnalités. De quoi faire perdre la tête à son entourage. Tout ce petit monde va braver les interdits du « Doc » et amener une menace dans leur petite bourgade.

CACHEZ CE SEIN QUE JE NE SAURAIS VOIR

Si les fans avaient adoré voir la Doom Patrol débarquer dans Titans, le mauvais « buzz » autour de la série « mère » n’engendrait rien de bon pour son « spin-off ». Jeremy Carver a fait ses armes sur des séries comme Supernatural ou Being Human. Il y connaît un rayon en créatures étranges et science-fiction. Visuellement, la série arbore un style proche de Titans. On entend par-là une différence de qualité photographique avec les autres séries DC diffusées sur la CW. On sent une envie d’élever le genre pour se rapprocher des séries Netflix. Si Titans (et oui, encore elle) n’était pas pour un jeune public à cause d’une violence excessive, Doom Patrol est aussi « adulte » mais pour d’autres raisons. Par exemple, des femmes nues, des injures, des joints, de l’alcool. Car oui, les protagonistes sont des adultes et non des teenagers. Le public visé est donc nettement plus vieux. Néanmoins, l’ambiance décalée (avec des références musicaux années 80) et un humour omniprésent pourraient plaire aux ados. Une série qui vise donc large.

VIENS VOIR LE DOCTEUR, NON, N’AIE PAS PEUR…

La série est dotée d’un casting trois étoiles. À tel point que durant le générique, on voit apparaître des mentions comme « with… as… » ou « special appearance ». Le plus drôle étant que la plupart des acteurs vedettes sont masqués de la tête aux pieds. Prenez par exemple Brendan Fraser : il incarne Cliff Steele lors des séquences flashbacks mais ne fait que prêter sa voix la plupart du temps à un autre acteur, lui vêtu du costume de Robotman. Idem pour Matt Bomer dont le visage est constamment couvert de bandage. Heureusement que les flashbacks lui permettent de montrer ses traits de gravure de mode. Timothy Dalton est pour le moment utilisé avec parcimonie. Durant l’une des plus longues scènes de l’épisode, il s’absente pour un impératif professionnel. Cependant, sa présence à l’écran l’impose d’emblée comme le personnage le plus charismatique et complexe. Le showrunner a eu le nez fin de remplacer Bruno Bichir par Dalton suite à l’épisode de Titans. Le Chef, comme il est surnommé dans les comics, n’est pas si altruiste qu’il veut bien le faire croire. Et ses manipulations sont déjà mises en avant cette semaine. On comprend d’ailleurs qu’il a déjà tenté de rassembler d’autres êtres exceptionnels sans pour autant réussir à les garder près de lui. Le Chef fera sans aucun doute penser à Charles Xavier, le leader des X-Men. Les deux personnages ont été créés à quelques mois d’intervalle dans les comics. DC précédant Marvel sur ce point.

PET D’NÂNE

DC Universe, au contraire de Netflix, ne propose qu’un épisode par semaine. Du coup, même si la narration est décompressée, le système de permet pas d’enchaîner la saison complète. Mais là où les autres séries (notamment celles du Arrowverse) doivent fidéliser leur public semaine après semaine par la course à l’audience et des mini-intrigues avec des « vilains de la semaine » à chaque épisode, Doom Patrol peut se payer le luxe de ne pas trop charger ses épisodes. Et encore que comparé à Titans, ce pilote est remplie d’info à glaner ça et là. Par exemple, on se doute que l’homosexualité cachée de Larry/Negative Man dans les années 50 reviendra sur le tapis. Tout comme les problèmes familiaux de Cliff avant son accident. Le maléfique Morden (joué par le « fan favorite » Alan Tudyk) est un autre personnage complexe mais simplement effleuré pour l’instant. Il ne faut pas oublier qu’aux USA, la série est avant-toit destinée à un public fans de DC puisque le spectateur doit être abonné au service de streaming de l’éditeur pour y avoir accès. Les créateurs doivent donc parler à la fois aux néophytes susceptible de lire par la suite les comics, tout en n’oubliant pas de parler aux fans de la première heure. À travers cette première heure, Doom Patrol impose son style à la fois grave et délirant. Contrairement à Robin dans Titans, nos héros ne passent pas leur temps à se flageller. Tout n’est pas rose, et certains passages sortis tout droit de l’œuvre de Morrison, comme la plainte de Robotman sur l’absence de sensation ou Crazy Jane peignant sous la pluie, témoigne de cette noirceur. Mais dans le même temps, la scène avec l’âne dans les dernières minutes est du pur délire. Amusant d’ailleurs qu’une autre série « décalée » comme Umbrella Academy soit sortie le même jour. On s’étonnera cependant de la non continuité avec Titans. Aucune mention de Beast Boy ou de Celsius, la jeune fille recueillie par la Doom Patrol. On pourrait croire que c’est une ellipse ou que ces héros arriveront plus tard dans la « timeline ». Mais comme la série évolue des années 50 à nos jours, on se demande où s’intercale l’épisode avec Robin et sa clique. Ou faut-il simplement l’oublier ?

[Pierre Bisson]