Captain Marvel se retrouve projetée dans une « bulle » érigée par Mahkizmo l’homme-nucléaire pour y fonder son royaume. Toute une partie de la ville est prisonnière de cette bulle, avec les Avengers coincés à l’extérieur. Heureusement Carol tombe directement sur des résistantes qu’elle connait : Hazmat, Spider-Woman et Echo.

Captain Marvel #2Captain Marvel #2 [Marvel Comics]
Scénario de Kelly Thompson
Dessins de Carmen Carnero
Parution aux USA le mercredi 13 février 2019

La série Captain Marvel telle que relancée ces temps-ci en a terminé avec l’ère « station Alpha Flight ». Dans la continuité logique de « Life of Captain Marvel », elle cultive la présence terrestre de l’héroïne et c’est une bonne chose, à plus forte raison puisqu’il s’agit désormais de cultiver l’idée qu’elle est mi-humaine, mi-kree. Mais il y a encore des choses qui se cherchent dans ce titre, là où sur d’autres séries Kelly Thompson a immédiatement trouvé un sens du fun. Ramener un Mahkizmo relooké (ancien adversaire de Thundra et des Fantastic Four) n’est pas non plus une mauvaise idée, même si une partie du lectorat le trouvera sans doute un brin caricatural : cela fait partie de l’essence même du personnage, créé au début des 70’s pour incarner la contre-réaction à la « libération de la femme ». Confronter Mahkizmo à Captain Marvel alors que celle-ci est sur le point de toucher tout un nouveau public grâce au cinéma et de devenir, essentiellement, la principale héroïne Marvel, ce n’est pas idiot. C’est même visionnaire à l’heure où, forcément, elle (en tout cas sa version ciné) est prise pour cible par les garants du machisme (déjà à l’œuvre pour la pourrir sur Rotten Tomatoes alors que le film n’est pas sorti). C’est donc presque « méta ». C’est aussi à prendre dans le même contexte que la résurgence de Vartox dans les aventures de Power Girl. Pour autant, il y a des choses laborieuses ou disons plutôt assez peu fines dans cette saga qui démarre. Rien qu’en lisant le résumé diffusé par Marvel dans les listings de commande il y a deux ou trois mois en arrière, il ne fallait pas se prénommer Sherlock pour deviner qui était le mystérieux « SOM », seul rescapé masculin de la résistance. Vous nous direz que tout le monde ne lit pas les listings, et c’est vrai. Mais il n’empêche que cela en dit long sur la prévisibilité de cet élément de l’histoire. Elle est aussi très chanceuse, Carol, de tomber sur une résistance formée, ô surprise, par l’une de ses meilleures amies et par une gamine qu’elle vient justement de rencontrer. Pour ce qui est de la troisième, ce n’est pas joué d’avance mais à l’heure où les Skrulls sont à nouveau sur le point de faire parler d’eux, cette femme supposée morte qui revient d’un coup sans explication déclenche tous les signaux d’usage. Et dans le même temps, Kelly Thompson, sur d’autres scènes, fait preuve d’une toute autre maitrise scénaristique : par exemple les réactions de Carol, obligée de se faire à l’idée qu’elle a désormais une coéquipière sourde alors que ses autres alliées s’y sont déjà habituées. Il y a une manière de « débanaliser » Echo et de prendre en compte ses spécificités pour « muscler » la narration. Hélàs, c’est un peu comme si l’épisode était bicéphale, entre ces moments inspirés et des scènes plus téléphonées.

« I’d say pick someone your own size, but that’s just absurd in your case. »

Niveau dessin, Carmen Carnero livre des pages intéressantes mais aurait bien besoin d’un encreur pour les finitions, tant parfois des détails ou des traits mal soulignés deviennent contre-productifs. On peut s’en rendre compte, par exemple, sur la quatrième page, au moment où les bras de Carol et de l’homme-nucléaire se heurtent. Le raccourci du bras de Mahkizmo est défectueux, faisant littéralement « petit bras ». Carmen Carnero avec un encrage cohérent donnerait carrément un résultat bien meilleur. Plus globalement, ce qui manque (pour l’instant) à cette série c’est de proprement choisir son camp ou son ton. Non pas en fait de la « faute » de Thompson ou de la « faute » de Carnero mais par un tâtonnement dans leur cohabitation créative. Dans Mr & Mrs. X, Kelly Thompson véhicule un sens certain du fun avec deux personnages qui ont peu de lien avec le réel (Gambit et Rogue, depuis des décennies qu’ils existent, font assez rarement référence à notre quotidien). Pour West Coast Avengers il y a un sens caricatural assumé, rien que le casting de la série est en partie improbable. Le script de Captain Marvel, s’il était mis en image par, mettons, un Alan Davis, s’inscrirait dans une tonalité proche des Annuals X-Men ou New Mutants de la grande époque (période 80’s). Une Amanda Conner lui donnerait un côté « what the fuck » qui ferait que les raccourcis du scénario ressortiraient comme un parti près. Mis en image par Carnero, on passe dans quelque chose de plus premier degré. Et là du coup les scènes les plus caricaturales ressortent par contraste Qui plus est Captain Marvel, aussi bien le perso que la série, doit ou devrait s’intéresser de façon plus soutenue à certaines problématiques. Il y a des choses qu’on attend d’une Carol Danvers qu’on n’attend pas d’une Rogue. Parce que Carol est devenue un étendard plus marqué de la place de la femme dans l’univers Marvel (d’où les réactions crispées des émules de Mahkizmo qui s’imaginent gagner une bataille s’ils critiquent le film trois semaines avant l’avoir vu), parce que Carol, militaire, renvoie aussi d’une certaine manière à la politique, à l’heure où c’est devenu quelque chose de plus clivant aux USA (et pas qu’aux USA). Il y a donc un vrai travail à faire sur le positionnement du titre (d’un autre côté ce n’est « que » le 2ème épisode et peut-être que la fin de l’arc débouchera sur quelque chose de cet ordre). Pour l’instant c’est intéressant, avec une vraie prise en compte des caractéristiques de certains persos (la maternité de Jessica, la surdité d’Echo) mais vraiment inégal.

[Xavier Fournier]