Seattle, la ville de Green Arrow, fonctionne désormais selon une démocratie directe bien particulière. Une forme de populisme, même : le mystérieux Citizen propose aux internautes de voter pour savoir qui il doit tuer ou épargner. Il n’a aucune pitié, aucun passe-droit. Tous les pourris, tous les corrompus doivent disparaitre si la foule lui en donne l’ordre. Et quand Citizen glisse comme prochaine victime potentielle le nom d’Oliver Queen, l’archer vert a une nouvelle raison d’être en désaccord. Pourtant, Citizen a des accusations valides…

Green Arrow #44Green Arrow #44 [DC Comics]
Scénario de Julie & Shawna Benson
Dessins de Javier Fernandez
Parution aux USA le mercredi 5 septembre 2018

On connait Green Arrow pour représenter, depuis la fin des années 60, une certaine conscience sociale de DC Comics. C’est lui qui a passé de mémorables engueulades à Green Lantern ou à la Justice League of America quand ses collègues perdaient de vue le peuple et les réalités du quotidien. Green Arrow, c’est essentiellement un activiste masqué (bien qu’il ne soit pas pour autant sans défaut lui-même). Aussi la saga en cours dans sa propre série a quelque chose de l’arroseur arrosé, avec un personnage qui le prend un peu à son propre jeu, en étant encore plus « social warrior » que lui. La chose parlera sans doute aussi au public de la série Arrow, tant la situation résonne aussi avec ce qui s’est passé dans le petit écran, quand Vigilante est intervenu parce qu’il trouvait que l’alter-ego d’Oliver Queen n’allait pas assez loin. Citizen, c’est exactement la même chose : un personnage masqué qui veut pousser la chose au-delà de ce qu’a Fait Green Arrow, qui trouve qu’il n’a pas « fait le job ». Il y aurait risque de redite avec le Vigilante télévisuel s’il n’y avait pas cette utilisation des réseaux sociaux et la mise en cause des effets de meute, quand tel ou tel abruti lance un appel au meurtre ou viol contre une personne qui ne partage pas son avis ou son choix de vie. Bon, mettons qu’Oliver Queen soit cordialement détesté par une partie de la population de Seattle, OK. Mais quand même pas assez pour voter pour sa mort, si ? Détrompez-vous car Citizen sort les vieux dossiers et nous présente Oliver sous un jour bien moins positif que l’on pouvait croire. Le héros lui-même est surpris d’apprendre certaines choses. En un sens on se demande même jusqu’où les scénaristes peuvent pousser le bouchon sur ce terrain-là. S’il s’agit de fausses informations, on aura l’impression que les autrices font marche arrière. Si la chose est confirmée, entérinée, il y a là une forme de culpabilité dont on voit mal comment Oliver, dans l’ère où l’on vit, pourra se défaire de sitôt. De plus, il faut quand même se souvenir qu’à travers les continuités, à travers les reboots, Oliver/Arrow a déjà son lot de casseroles derrière lui, même des gens qu’il a tué plus ou moins volontairement selon les cas. Charger encore la barque, c’est prendre le risque de faire basculer le héros vers un côté dark. On verra ce que Julie & Shawna Benson ont en tête à ce sujet-là mais, clairement, elles n’ont pas peur de mettre le personnage dans une position délicate. A moins que tout cela soit mis en place pour le futur Heroes In Crisis de DC Comics ?

« I can prove Queen is still a murderer… »

Javier Fernandez dessine cette histoire de façon énergique, en démarrant avec un hommage au film Bullit. Son cadrage et les attitudes de ses personnages installent de manière efficace l’impression d’un Ollie sur les nerfs, tendu. Cependant, Fernandez s’encre lui-même et pour le coup c’est loin d’être judicieux, sans doute en raison des épaisseurs de « brosses » utilisées. La plupart des traits des décors ont une épaisseur voisine ou identique. Ce qui fait l’impression de relief de certains objets, certains véhicules, est totalement gommée. Le même comic-book avec un encreur au style fort, massif (disons un Klaus Janson, par exemple), aurait donné un punch bien supérieur aux dessins. Parfois l’artiste semble hésiter entre plusieurs « écoles », travaille plus par masses que par hachures (ou éventuellement le contraire) dans un seul et même dessin, sur une même ombre. Dans l’état, le dessin de Fernandez véhicule cependant la tension nécessaire, à défaut de donner totalement le meilleur de lui-même. Cette histoire de Green Arrow face à son équivalent d’Anarky (ou de « V » ?) est prenant et on se demande non seulement quelle sera la réaction d’Ollie mais aussi de ses collègues, comme par exemple celui que l’on aperçoit sur la fin. L’histoire, à sa manière, nous prévient aussi du danger des gens qui se mobilisent ou « jugent » sans avoir les tenants et les aboutissants. Green Arrow peut-il survivre au vote du « Tribunal du web » ? La réponse la prochaine fois…

[Xavier Fournier]