[FRENCH] Editeur français indépendant et association créée en 1994, Images Innées a récemment eu la bonne idée d’enrichir encore son catalogue (« Tarzan », « Capitaine Corcoran ») par la publication des aventures du « Fantôme du Bengale » version… Jean-Yves Mitton ! Méconnus en France car réalisés pour la Suède à la demande des éditions Egmont Press (1988-1993), ces 8 épisodes sont aujourd’hui disponibles dans la langue de Moebius pour les fanas hexagonaux de « Mikros ». Taïaut !

Pour rappel – on pense notamment aux plus jeunes d’entre nous –, Jean-Yves Mitton fut avec feu Marcel Navarro le co-créateur de « Mikros », série qui devait marquer un tournant des super-héros « à la française » chez l’éditeur lyonnais Lug. Le nom de Mitton est donc mythique pour bien des lecteurs de « Mustang », « Titans » ou « Blek le roc ». Une icône au trait classique et qui se rapproche de celui d’un maître tel que John Buscema – dont l’influence a longtemps été nette sur la production de Mitton. Quoi de plus naturel donc que de voir associer le nom du meilleur dessinateur des Ateliers Lug à celui du « super »-héros imaginé en 1936 par Lee Falk (également père de Mandrake) ! Entre Morristown et la jungle de Bangalla, une ombre insaisissable et éternelle veille… ce justicier, c’est le Phantom.

Quand le Phantom s’élance, la foudre se fige

Il en va ainsi depuis le seizième siècle et le premier héros de la lignée Walker. Lorsqu’un nouveau Fantôme prend la relève de son père mourant, il doit prêter serment sur un crâne : « Je prête serment de consacrer ma vie à la destruction de la piraterie, l’avidité, la cruauté, et l’injustice, sous toutes leurs formes. Mes fils et leurs fils devront en faire de même. » En tout point du globe, la légende de « l’Ombre qui marche » ne laisse aucune chance aux crapules qui s’écartent du droit chemin… Au menu des réjouissances, « La mort jaune » et « Les enfants de la forêt »… Un village Massagni est en proie à un étrange brouillard vermillon qui a décimé ses habitants. Les trafiquants d’armes chimiques peuvent trembler ! Et les responsables d’une déforestation massive et illégale devront rendre des comptes…

Des retrouvailles à la hauteur

Dans ce volume intégralement présenté en noir et blanc, le trait de John Milton est aérien. Comme dans les meilleures BD, l’action s’enchaine avec fluidité, sans fioriture. Les décors sont riches et maîtrisés, exactement ce qu’il fallait pour nous plonger dans une jungle aussi mystérieuse que son veilleur de nuit. Le découpage des planches, très académique et très européen, renforce le sentiment de retour aux sources, plus de vingt ans après leur production. L’album tient haut la main ses promesses et nous rappelle combien le neuvième art hexagonal aurait besoin que des figures telles que Jean-Yves Mitton soient rappelées au bon souvenir des commissaires d’expositions. Les scénarios de Scott Goodall (auteur de « Fishboy » avec John Stokes), quant à eux, sont délibérément simples mais ils n’en restent pas moins pertinents. A l’évidence, leur naïveté raisonnable renforce encore la fraîcheur et le cachet qui se dégagent de ces épisodes.

Phantom… of the Paradise ?

Ce premier album marque le centenaire de Lee Falk de la plus belle des manières. Le « Phantom » version Egmont est sans conteste une excellente entrée en matière pour ceux qui méconnaitraient encore l’œuvre du plus français des auteurs de comics… Et pour ceux, aussi, qui souhaiteraient redécouvrir l’aventureuse et exotique ambiance qui entoure le Phantom dans toutes ses (bonnes) apparitions. En revanche, côté distribution, il vous faudra passer directement par le site de l’éditeur (www.saintrapt.com/imaginer) pour vous en procurer les copies espérées. Bonne nouvelle en ce début du mois de septembre : le deuxième tome vient de paraître pour une série qui en comptera quatre, un carré d’albums qui, lorsqu’ils seront tous publiés, vous donneront probablement encore de dévorer l’œuvre la plus récente (2011) de Jean-Yves Mitton, le très émoustillant « Kzara ou les nuits barbares »…

[Nicolas Lambret]

« The Phantom T1 », par Scott Goodall (scénario) et Jean-Yves Mitton (dessin), Editions Images Innées, mai 2011, 68 p.