[FRENCH] Tout le monde n’a pas eu la chance, comme Charles Xavier, d’être un mutant élevé dans le confort. D’autres ont souffert dès l’enfance, ont été torturés, pourchassés, que ce soit pour leurs pouvoirs ou leur physique. Certains sont passés du mauvais côté et s’apprêtent à détruire la race humaine. Nous sommes en 1962 et Charles Xavier doit faire face à l’apparition de mauvais mutants. Heureusement que le jeune Professeur X peut compte sur l’aide de son ami Erik Lehnsherr, alias Magneto…

En 2006, avec X-Men: The Last Stand, le réalisateur Brett Ratner a tout simplement démoli de l’intérieur le destin des mutants de Marvel. Non seulement l’histoire (disons plutôt la pantomime) était indigeste et grandiloquente mais elle s’achevait sur une fin qui n’en était pas une, avec un Magneto qui ne désespérait pas de retrouver ses pouvoirs et dans le même temps la majeure partie des rôles phares (Cyclops, Jean Grey, Charles Xavier) tombés au combat. Non seulement le résultat était insipide mais le film s’achevait sur l’idée qu’en cas de suite, à moins d’un reboot, il n’y aurait plus que « Wolverine et les seconds rôles ». Et encore, si le public était d’attaque pour laisser une nouvelle chance à la licence. « Wolverine et les seconds rôles » aurait pu tout aussi bien être le sous-titre du film solo consacré ensuite au mutant griffu. Après ces dérapages (peut-être pas sur le plan commercial mais au niveau créatif), la tâche de réaliser un nouveau film consacré aux X-Men était peu enviable. Celui qui passerait derrière Ratner devrait tout reconstruire et qui plus est redonner un semblant de crédibilité. Matthew Vaughn (Kick-Ass, Stardust), travaillant d’après une histoire co-écrite par Bryan Singer (réalisateur de X-Men 1 et 2) et Sheldon Turner, a pourtant trouvé un bon point d’appui : une préquelle qui s’intéresse à une période qui, même dans les comics, n’est pas si détaillée que ça : le moment où Charles Xavier en est venu à créer son école de mutants. Tout ça, vous le savez sans doute si vous vous intéressez un minimum aux X-Men et à leurs dérivés cinématographiques. Puisque la fin du mythe avait eut un enterrement charcuté par Ratner, mieux valait revenir à l’origine du mythe. Et franchement ce retour aux sources, en s’accompagnant d’un petit parfum rétro et d’un brin de politisation, tient la plupart de ses promesses !

Ce sèche-cheveux a vraiment été testé ?

Soulignons-le pour ceux qui se poseraient encore la question : X-Men: First Class (« X-Men: Le Commencement ») n’est pas un reboot. Dès les premières scènes et un retour à l’enfance de Magneto, on nous démontre bien (si besoin était) que la préquelle se déroule dans la même continuité que les trois premiers films X-Men mais quarante ans dans le passé. On n’aura d’ailleurs pas de cesse de nous le rappeler, qu’il s’agisse d’insinuer que certains des mutants vu dans ce film sont les parents (ou tout au moins les précurseurs) de ceux vus dans les autres longs-métrages ou même de cultiver certaines « cameos » aussi surprenantes (enfin je ne sais pas trop si tout ça ne sera pas spoilé avant la sortie du film) que bien senties. Disons que vous allez croiser quelques faces connues, aussi bien en termes de personnages que d’acteurs. Des clins d’oeils appuyés qui permettent de faire le lien… et fonctionnent visiblement auprès des spectateurs (la courte scène où Charles Xavier et Erik Lehnsherr essuient un refus sec est hilarante). Et puis il y a aussi ceux dont les visages sont neufs dans la licence mais qui portent sur leurs épaules la pression d’incarner les héros (et les anti-héros) jeunes. A ce petit jeu, Michael Fassbender en Erik Lehnsherr/Magneto s’en donne à coeur joie, en particulier dans la période précédant sa rencontre avec Charles Xavier, quand il est encore seulement un chasseur de nazis. Le « jeune » Erik a, en un sens, tout d’un Wolverine. Fassbender l’incarne en lui donnant une sourde colère qui transparaît aussi bien dans le passage « suisse » que dans un bar argentin. On repense alors au projet évoqué un temps, qui parlait de consacrer un long-métrage entier à l’origine de Magneto. Un film sur ce Magnéto là ? Cela l’aurait fait. Dans l’état, cependant, la doublette qu’il forme avec Charles Xavier (James McAvoy) donne une bonne dynamique au groupe et au film.

Erik/Magneto, assurément la star du film…

X-Men: First Class n’est pas un film parfait puisqu’il lui faut forcément composer avec certains poncifs du genre (introduction en rafale d’une dizaine de personnages, avec une description basique de leurs pouvoirs, voir de leur origines) et qu’on note également par endroits certaines lourdeurs de scénario. Quelles sont, par exemple, les statistiques qu’un mutant tombe « par hasard » sur un autre dans sa propre cuisine, alors qu’ils sont tous deux des raretés génétiques ? N’est-il pas paradoxal qu’on nous spécifie à un moment que les uniformes des X-Men sont à l’épreuve des balles… pour en voir un frappé justement un peu plus tard par une balle ? Et ne vous attachez guère à certains des personnages tant on nous donnera peu de détails sur eux (les hommes de main de Sebastian Shaw doivent tout au plus articuler trois phrases dans tout le film). Même dans les rangs des X-Men, certains se limitent à déclamer leur identité et, sommairement, leurs pouvoirs. Mais c’est un problème inhérent au fait de devoir injecter autant de personnages sur un temps si court. A l’inverse le personnage de Sebastian Shaw est rehaussé, comme si on lui avait injecté certains aspects de Mister Sinister (et j’aime bien, pour ma part, la visualisation de ses pouvoirs, plus explicite que dans les comics). X-Men: First Class n’est pas un film parfait, non, mais le résultat reste très sympathique car Matthew Vaughn donne au tout de l’énergie et de l’humour.

« you mean « sex », right ? – No, Schweppes. What did you expect ? »

Dans le genre, le changement d’époque est incontestablement un plus qui fait avaler certaines des lourdeurs et les passages un peu caricaturaux. Quand la bande son s’enflamme parce qu’un des X-Men vient de faire usage de ses pouvoirs ou parce que le Blackbird vient de surgir dans le ciel pour empêcher la troisième guerre mondiale, on se croirait presque dans un épisode des Sentinelles de l’Air. Tout comme quand Emma Frost (January Jones, finalement moins importante que je l’aurais cru dans le film) apparaît en U.R.S.S. dans son petit costume « kinky » et une toge blanche qui lui donne de faux airs de Lady Pénélope. Si parfois on serait tenté de douter, certaines scènes affirment cependant tout à fait ce parti pris. Que ce soit, à un moment du film, la division de l’image (allusion aussi bien aux cases de BD qu’aux enchaînements dans les séries TV des années 60 et 70). Moira MacTaggert (Rose Byrne), qui n’est pas vraiment doctoresse dans cette version des événements, a également plusieurs fois un furieux air d’Emma Peel (en particulier quand elle s’introduit en petite tenue dans le Club des Damnés). Autre élément qui m’évoque également certaines choses (bien que je serais incapable de dire si c’est volontaire de la part des scénaristes): les relations entre Magnéto et l’assassin de ses parents font beaucoup penser au discours tenu par Thulsa Doom dans le film Conan The Barbarian (Tout le côté « Nous sommes identiques, c’est moi qui t’ai fait », récité dans les deux cas par le personnage qui a tué la mère du protagoniste ». Difficile aussi de ne pas faire un certain rapprochement entre la trajectoire d’Erik, que les événements poussent vers le rôle de Magneto, avec l’évolution d’Anakin dans Star Wars. Le glissement est également intéressant en ce qui concerne Mystique, sans pour autant être aussi manichéiste qu’on aurait pu le croire.

Voyage du côté obscur…

Ce côté « emprunts » doublé de l’aspect « film d’époque » (avec les antiques ordinateurs à bande magnétique) permet de prendre de la distance avec certains aspects… Tout en exploitant comme toile de fond les événements de la Crise de Cuba. Et puisque cette année-là le monde n’est vraiment pas passé loin d’une troisième guerre mondiale, on accepte beaucoup mieux ce côté « sauvons le monde ». En définitive, même si on ne ressort pas de la vision de X-Men First Class sans tiquer sur certains détails ou certains détours. Et il est vrai que certains mutants (comme Havok) ne sont là que pour remplir. Il n’empêche qu’on revient de loin (et même de très loin). Matthew Vaughn tient bien son contrat et livre un film chaleureux.

Les proto-X-Men, avec une Rose Byrne (au centre) qui lorgne sur Emma Peel, sixties obligent.

La meilleure preuve est qu’on en ressort en se disant que si, après tout, First Class s’avérait n’être que le début d’une trilogie avec deux autres chapitres à venir (et pourquoi pas basés là aussi sur d’autres événements historiques comme ici la Crise de Cuba) la nouvelle ne serait pas mauvaise. Et même plutôt bonne ! Je ne dirais que c’est une bonne surprise parce que les teasers sentaient bons déjà mais en tout cas c’est un retour en force des X-Men au cinéma…

[Xavier Fournier]