Paris Comic Con 2015 : Où sont les comics ?[FRENCH] C’est ce matin que Reed Exposition présentait les premières grandes lignes du Paris Comic Con, manifestation qui sera lancée fin 2015, à la Grande Halle de la Vilette, sur les cendres de l’ancien Comic Con organisé jusqu’en 2013 en parallèle de Japan Expo. Avec ce nouvel acteur, les choses ont été revues à la hausse, bien qu’il reste à voir précisément la place réelle qu’occuperont les comics là-dedans.

Le Comic Con est mort, vive le Comic Con ?

Pendant une partie de la présentation, on a pu assister à un curieux discours bicéphale, qui ne parlait pas de la même chose. Les gens de Reed Expositions expliquaient clairement ouvrir un nouveau Comic Con (leur 23ème dans le monde) et s’allier pour cela à JTS, la maison-mère du Japan Expo, manifestion qu’ils admiraient. Pas un mot de la part de Reed sur l’existence antérieure du Comic Con France. Jusqu’à l’année dernière le Comic’ Con, c’était (en France) la manifestation sœur de Japan Expo, organisée à Villepinte par JTS Participations. 2013, l’année du 5° anniversaire avait été annoncée comme l’année du bilan… Sans qu’aucun chiffre précis n’ait été annoncé (les entrées ont toujours été confondues avec celles de Japan Expo), le fait que JTS décide de « passer son tour » en 2014 et se sépare des équipes en place, pour se « donner le temps de la réflexion », peut difficilement être interprété comme signe d’un bilan excellent. Pas un mot de la part de Reed, donc, mais Thomas Sirdey, co-fondateur de JTS et partenaire du nouveau Comic Con, revint plusieurs fois pour en parler comme d’une réussite qui était arrivée aux limites de ce que pouvait faire l’organisateur et nécessitant un « reboot ». Pour Reed, c’est la création d’un nouveau rendez-vous, pour JTS c’est un reboot et si cette question sémantique peut paraître mineure, elle révèle finalement des ambitions très différentes de la part du nouvel organisateur…

De l’ambition, mais des comics ?

35.000 fans. C’est le chiffre annoncé, espéré, par Antonio Morais, le nouveau directeur du Paris Comic Con, tout en plaisantant sur le fait qu’après tout il ne s’interdit pas d’atteindre une fréquentation double. Le chiffre peut faire rêver, aussi, l’amateur de comics qui n’a jamais connu, en France, une manifestation de cette ampleur. 35.000 fans, il y a de quoi mettre la barre haute et changer d’échelle. Mais cela implique des choses. Les premiers partenaires annoncés sont donc (entre autres) Canal +, France Télévision, Warner, Pathé-Gaumont, MTV, Game One… On ne peut pas dire que les éditeurs de BD soient omniprésents dans les références déjà connues (même si, n’en doutons pas, ils seront pour la plupart d’entre eux présents à terme, mais il reste à dire de quelle manière). Pour l’instant, l’argument tient plutôt de « puisque Warner et Disney aussi (de manière moins avancée pour ce dernier) sont de la partie, les comics suivront ». C’est un peu la même chose pour le comité de pilotage, surnommé les « chevaliers » du Comic Con: Philippe Goethals, Marcus, Fred Benudis et Patrice Girod qui tour à tour sont venus expliquer qu’ils étaient geeks avant que le mot soit courant. Mais le profil reste quand même plus orienté vers le cinéma et les jeux… Même si Fred Benudis a montré son exemplaire (jamais ouvert) de la mort de Superman. Lance Fensterman, vice-président de ReedPop, soulignait que les comics sont au cœur des événements de Reed, que tous les autres univers représentés dans la convention en découlent… Les 35.000 fans ne seront donc pas que des collectionneurs de vieux papiers. Le nouveau Comic Con laissera la part belle aux films, aux séries TV, à la musique même. Ce qui n’est pas déshonorant en soi. Et une artist alley est déjà formellement annoncée, même si par la force des choses on ignore encore qui s’y trouvera. Cependant, ceux qui s’attendraient à une manifestation 100% comics et qui pestaient de croiser des acteurs de séries dans les allées de Villepinte doivent se préparer à une célébration des cultures geeks dans laquelle les comics seront l’un pôle. Cela va mieux en le disant. L’audiovisuel, lui, en sera assurément un autre.

Dans une lointaine galaxie ?

D’ailleurs, un nom était répété des dizaines de fois ce matin pendant la présentation : Star Wars. Et Reed aurait tort de se gêner en la matière puisque non seulement il y a le calendrier (la sortie d’un nouveau film Star Wars fin 2015) mais que Lance Fensterman s’occupe par ailleurs de la Star Wars Celebration. C’est de bonne guerre donc… Qui plus est les supports sont poreux, Star Wars existant un peu sur toutes les formes. On reste cependant dubitatif devant une petite phrase de Patrice Girod, fan de Star Wars s’il en est, qui, se laissant emporter par son élan, fini par lâcher… qu’avant Star Wars les comics n’avaient aucune reconnaissance (?). C’était dit sans méchanceté et c’était clairement l’expression d’un uber-fan de Star Wars. Mais enfin c’est pour le moins exagéré. Si bien qu’à un moment, d’ailleurs, dans l’assistance, la question fusera : « Vous parlez beaucoup de Star Wars… Et Star Trek alors ? ». Après quelques rires, Lance Fensterman répondra ce qui s’impose : « Nous nous adressons à toutes les tribus, nous ne voulons laisser personne derrière ».

Un projet à préciser

Un an jour pour jour avant l’ouverture des portes, le programme est à son stade embryonnaire (ce qui n’a rien d’anormal). Il est donc normal qu’on ne sache pas tous les détails de la manifestation. Certains sont tout simplement en train de s’écrire. Qu’il y ait de « l’œcuménisme » et que la manifestation ne soit pas obsédée par les seuls comics, cela peut même avoir bon nombre d’avantages. Ce serait être sectaire de vouloir seulement 35.000 fans de comics et, dans l’idée, rameuter le grand public ou celui des films, c’est aussi s’adresser à des gens nouveaux que les éditeurs, s’ils décident de rejoindre la manifestation, pourront toucher. Néanmoins, ce matin, on ne pouvait constater qu’une chose : les noms des partenaires ciné/TV et leur participation sont déjà bien rodés. Sur l’aspect comics, Reed Expositions a un an pour remplir le programme et il y aura, forcément, d’autres rendez-vous pour évoquer tels auteurs ou tels éditeurs. Aujourd’hui, cependant, l’organisateur ouvre déjà les réservations pour les « Pass » sur trois jours (49 euros). Mais, concrètement et sans parler de réduire le monde aux seules BD, les fans de comics auront besoin d’en savoir un peu plus avant de s’engager à l’aveuglette pour un passe sur trois jours. On imagine mal comment les organisateurs pourraient faire l’économie d’un nouveau rendez-vous d’ici quelques mois pour préciser ce volet qui, s’il ne drainera pas à lui seul les 35.000 fans espérés, demeure important sur cette thématique…

[Xavier Fournier]