Avant-Première VO: Review Supergod #1[FRENCH] Avec l’art et la manière de faire allusion à ses précédentes productions, Warren Ellis endort son lecteur dans les premières pages, lui donnant un faux air de sécurité, de familiarité. Planetary par-ci, Ministry of Space par-là… Mais rapidement Supergod prend des allures de démonstration, se nourrissant non seulement du Surhomme de Friedrich Nietzsche mais aussi du besoin universel de croire en quelqu’un d’autre. Quand vous mélangez tout ça et que vous donnez à un iconoclaste comme Warren Ellis comme thème de départ la religion, vous obtenez forcément quelque chose de corsé. Ellis revient et il est en forme !

Supergod [Avatar] Scénario de Warren Ellis
Dessin de Garrie Gastonny
Publié aux USA le mercredi 11 novembre 2009.

Supergod #1Les fondements de l’univers d’Ellis sont connus: l’Angleterre l’aurait toujours mis profond à l’Amérique en termes de technologie et aurait eu une sorte de discrétion polie pour ne pas révéler cet avantage aussi bien à l’Est qu’à l’Ouest pendant la guerre froide et, plus largement, pendant le XX° siècle. A partir de là se dégage la ligne directrice d’une sorte d’histoire secrète de l’humanité, où des astronautes secrets s’en vont dans l’espace dans les années 50 et où leurs révélations sont tues pendant des décennies. Dans les premières pages on se dit déjà qu’on est dans du bon Ellis mais du Ellis dont les codes nous sont ultra-connus, avec son petit coté provo qui mélange à 300 km/heure des termes comme « divinité » et « masturbation ». Non, le sujet du jour Ellis ne nous le révélé que par couche successive. Supergod n’est pas l’histoire d’un super-héros élevé au rang de dieu (quelque chose qui serait à mi-chemin entre Apollo et le Ultimate Thor) mais bien au contraire l’histoire de dieux construits par les différentes nations. Et dès qu’un pays à son dieu, le voisin veut le sien. A partir de là, deux possibilités. Soit la contrée qui construit son surhomme échoue (et elle s’expose à quelques problèmes avec la créature imparfaite), soit elle réussit et dans ce cas c’est sans doute encore pire. Car qui dit que les décisions d’un dieu suivraient la logique des simples mortels ?

Dans un ton assez particulier (le principale personnage qui parle se lance dans une sorte de monologue, de démonstration qui dure tout au long de l’épisode). A intervalless réguliers Ellis se garde quelques effets, aussi bien des scènes assénées pour leur « shock value » que desréflexionss qui, sous le vernis de la BD, vont plus loin que des histoires de super-pouvoirs. Ce premier épisode donne un peu l’impression de lire un comic-book tel que Nietzsche aurait pu en écrire si l’occasion lui en avait été donné. Ou plus précisément un sorte de « Supreme Power » écrit par Nietzsche. La morale de ce premier numéro est simple : si vos dieux n’existent pas, alors créez-les. Mais ne venez pas vous plaindre ensuite. L’impression donnée est que le contexte est posée tandis que le personnage rencontré dans les dernières cases devrait bien nous occuper dans les numéros à venir. En tout cas Supergod commence… diablement bien !

[Xavier Fournier]