Avant-Première VO: Review Hellboy In Hell #10[FRENCH] La cloche a sonné, l’école est finie… Ah, pardon, on ne parle pas de la même cloche mais bien du glas qui sonne pour Hellboy, dans ce dernier numéro de la série et ce qui est présenté comme l’ultime apparition du personnage (sauf flashbacks). Après des années, Mike Mignola a en effet décidé d’arrêter l’histoire là, de peur de ne plus avoir de choses à dire. Et il le montre d’ailleurs au sens littéral.

Avant-Première VO: Review Hellboy In Hell #10Hellboy In Hell #10 [Dark Horse Comics] Scénario de Mike Mignola
Dessins de Mike Mignola
Parution aux USA le mercredi 9 mars 2016

Si la concurrence des « events » de Marvel et DC est rude ces jours-ci, il n’est pas dit qu’avec le recul ce qui restera à la longue des sorties de cette semaine n’est pas la « seconde mort » d’Hellboy (ou tout au moins ce qui est présenté comme étant sa fin ultime). Pour ceux qui auraient manqué quelques saisons, rappelons qu’Hellboy, le démon de Mike Mignola, est mort physiquement depuis un certain temps. C’est ce qui a occasionné cette série, Hellboy in Hell, où, bien que trépassée, l’âme du héros se retrouve à parcourir l’enfer, non sans évoquer, par endroits des scènes de la Divine Comédie, remixées par Mignola. Hellboy, même mort, restait donc opérationnel… Si ce n’est qu’à un moment Mignola lui-même en est venu à la conclusion qu’il fallait arrêter les choses-là. Et, disons-le tout de suite, on n’est pas chez Marvel ou DC, les choses ne se terminent pas par un happy-end dans lequel Hellboy surgirait dans la lumière, à nouveau bien vivant, prêt à repartir pour 20 rounds. Non, là où vont le personnage aussi bien que l’auteur, c’est dans l’accomplissement d’une destinée, vers un point final. Qui pourtant laissera sans doute quelques lecteurs sur leur faim…

« We drank together and you promised to bring me a soul to light my lamp. »

En effet, Mignola utilise son personnage en « creux », c’est à dire que la parole appartient surtout à des personnages secondaires qui décrivent les évènements, sur fond de citations littéraires remontant parfois à quatre siècles en arrière. A ce stade, c’est l’un des éléments qui a fait le charme de la série et on ne s’étonnera donc pas de retrouver la Mort ou quelques experts de l’occulte insérés là comme autant de commentateurs. Ce qui s’avérera frustrant pour une partie du public, c’est sans doute le manque d’interactions avec Hellboy, tant on sait peu ce qui se passe dans sa tête dans cette dernière bataille. Et c’est sûrement ce que Mignola veut nous montrer. Il ne se passe sans doute plus rien dans sa tête, sa créature n’a plus rien à dire, à mesure qu’elle approche de son destin. Il y a une guerre civile en Enfer, quelque chose qui tiendrait à la fois de Ragnarok ou de la bataille des « anciens dieux » en ouverture des New Gods de Kirby. Mais on la voit de loin, de façon crépusculaire, à travers le récit et les yeux des témoins. En dehors des dessins de Mignola qui restent égaux à eux-mêmes, le scénario porte un sentiment d’éloignement. L’auteur se distance de sa création, on voit Hellboy tout en gardant de la distance. L’exercice de style dépend alors de la manière que l’on a d’aborder cet épisode. Si vous aviez perdu Hellboy de vu et si vous revenez là, histoire de voir la dernière touche, la lecture sera frustrante car le numéro n’est pas fait pour être lu de manière autonome. Si on vous montre la dernière pierre d’une cathédrale et que vous ne regarderez que cette pierre, vous ne verrez qu’un caillou anodin. Si vous assistez la pose de cette dernière pierre, vous constaterez au contraire que la cathédrale est terminée, que le constructeur peut dire « je l’ai fait ». Un point final n’a pas de sens si l’on ne voit pas la phrase qu’il vient conclure. A travers la pénombre, les gravats, le sentiment poussiéreux, Hellboy qui est là tout en étant déjà absent, Mignola pose sa dernière pierre. On a quand même le sentiment qu’on aurait bien pris quelques épisodes moins contemplatifs, plus explicatifs, mais ce n’est pas là que l’auteur, en mode Charon, menait sa barque. C’est à respecter.

[Xavier Fournier]